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Réflexions sur l'énergie, le climat, et l'avenir de l'humanité ....

Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 07:19

Une semaine avant le scrutin qui doit décider du prochain Président de la République Française, scrutin qui paraît sans grand suspense, (mais qui sait ...), il est intéressant de regarder l'attitude des candidats par rapport aux problèmes qui nous occupent sur ce blog. 

Evidemment, les problèmes économiques sont au coeur de la campagne. La conjoncture morose qui s'est installée depuis des années, les mauvaises nouvelles économiques, les craintes d'une nouvelle récession européenne (la Grande Bretagne et l'Espagne viennent d'être déclarées officiellement à nouveau en récession), tout cela est évidemment au centre des débats politiques; à l'inverse, à la grande désolation des écologistes, les problèmes écologiques et climatiques semblent passer au second plan. Sur un blog "normal" consacré à ces problèmes, je serais sans doute censé me joindre au choeur des lamentations sur le fait qu'on oublie de parler des problèmes climatiques, censés être bien plus graves pour l'avenir, et qu'on ne parle plus que de problèmes triviaux de dettes, de croissance, de crise économique.

Mais en fait, comme des lecteurs assidus s'en douteront peut être, ma réflexion sera exactement à l'opposé. La situation actuelle me semble au contraire clairement montrer que les VRAIS problèmes, pour les gens, sont justement les problèmes économiques. Dans quelques décennies, on s'interrogera peut être sur la question de savoir comment une communauté d'esprits brillants a pu élaborer l'idée que l'humanité était bien plus sensible à quelques degrés de différence dans la température moyenne du globe terrestre qu'à son niveau général de vie, ou plutôt, comment elle a pu imaginer que maintenir ce niveau de vie pendant 100 ans ne posait aucun problème de principe, et que les seuls dangers réels étaient ceux posés par les conséquences secondaires de cette croissance. Comme nous l'avons vu dans le billet précédent, les scénarios climatiques n'ont jamais imaginé que l'économie pouvait faire autre chose que continuer sa croissance. Il n'ont jamais imaginé que l'épuisement des réserves conventionnelles pourrait impacter la société bien plus gravement qu'une augmentation moyenne de 0,2 °C tous les 10 ans . Pour réaliser la bizarrerie de cette conception, rappelons nous qu'au cours du XXe siecle, la température moyenne a déjà augmenté de 0,7 °C , et la consommation d'énergie a été multipliée par 100. Si la température était réellement plus importante pour l'humanité que sa consommation d'énergie, alors logiquement notre niveau de vie aurait du décroître ! mais bien évidemment , il a été bien plus amélioré par l'emploi des énergies fossiles (qui sont, rappelons, corrélées POSITIVEMENT à tous les indicateurs de bien être que vous pouvez imaginer, et pas seulement le PIB), qu'il n'a été dégradé par les températures.

Evidemment, on peut imaginer que les conséquences climatiques deviennent un jour bien plus graves que ce qu'elles sont maintenant. Mais pour arriver à ce résultat, il faut supposer des extrapolations de croissance et des réserves de fossiles qui sont aussi bien plus grandes que celles qui seront vraisemblablement exploitées à grande échelle. Très peu de gens font le lien entre la crise actuelle et la fin du pétrole bon marché. Il est étonnant de voir qu'un baril durablement au-dessus de 100 $ ne parait plus être un gros problème, alors qu'il y a seulement quelques années, dépasser les 80 $ était considéré comme une menace sur la croissance mondiale. Mais on constate evidemment que l'énergie chère impacte toutes les consommations et ralentit l'économie. 

La place prise par les problèmes économiques est donc en réalité tout à fait normale. Que penser des "solutions" envisagées? hélas, sur ce plan, on ne peut être que pessimiste sur les capacités des milieux politiques et économiques , de tous les bords, à réaliser la vraie nature du problème. La seule "solution" envisagée, à tous les niveaux, et dans tous les bords, c'est ... relancer la croissance. La relancer par une cure d'austérité comme le propose la droite, ou par une relance keynesienne du pouvoir d'achat comme le réclame la gauche, par une politique protectionniste comme le demande la gauche radicale et l'extrême droite, ou par la croissance "verte" à base d'énergies renouvelables comme le proposent les écologistes, les médecins ne manquent pas au chevet du malade, et ils ont tous un diagnostic différent. Mais le but final est le même : sortir de ce cercle infernal, guérir le malade, lui faire retrouver sa bonne santé économique, enrichir les pauvres sans (trop) affaiblir les riches. Même les partis qui dénoncent la course au "productivisme" finissent toujours par promettre une revalorisation des bas salaires, une réduction des inégalités au niveau mondial, en fantasmant sur un monde étrange où tout le monde serait moins pauvre,  mais sans consommer plus ... 

Hélas, l'idée que le malade pourrait être réellement incurable a du mal à se faire entendre. Si, je le pense, la raison fondamentale des difficultés économiques est le fait que le monde commence à buter sur les limites des ressources naturelles, à commencer avec celles du pétrole, aucune politique économique ne réglera fondamentalement ce problème. Les politiques économiques pourront, au mieux, tenter de gérer la répartition des efforts et l'inégalité des revenus. Ce qui n'est d'ailleurs pas du tout négligeable, et permet tout de même de choisir entre des candidats différents, qui , à défaut d'arriver à résoudre le problème de la croissance, auront peut être une attitude différente pour tenter de le mitiger.

Ne nous faisons pas d'illusion : les graves crises économiques risquent de se multiplier à l'avenir. La dette de la Grèce n'a pas été du tout réglée, elle a même augmenté sur le long terme. Les scénarios de "guérison" reposent tous sur l'idée que les mesures d'austérité qu'on lui a imposées pourrait lui permettre à l'avenir de retrouver la croissance, et de payer enfin pour les nouveaux prêts qu'on lui accorde. Evidemment, la perspective inverse est tout autant, et même plus probable. Derrière se profile l'Espagne, qui a un poids autrement plus important dans l'UE (9 % du PIB total de l'UE, au 4e rang, contre 2% pour la Grèce). La Grande Bretagne est en piteux état, et la France n'est pas bien mieux. Et les dangers des crises sont bien connues : augmentation de la précarité, endettement des ménages, réflexes de protection nationalistes et xénophobes.... tout ce qu'on nous promettait pour dans 50 ans comme étant dues à d'hypothétiques conséquences climatiques d'une croissance continue des fossiles,  risque fort d'arriver immédiatement , dans la décennie qui vient, pour la raison exactement inverse : la pénurie d'abord du pétrole, puis, dans quelques décennies, du gaz et du charbon. Combien de temps mettrons nous pour le réaliser vraiment ? 

Par climatenergie - Publié dans : Société
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