Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 12:24

Nous allons maintenant aborder un sujet de plus en plus miné : la modélisation du climat et ses prédictions associées. Tout le monde connait les controverses passionnées sur le sujet, qui ont mis en scène des scientifiques très médiatiques . J'avoue avoir eu beaucoup de mal à choisir le ton exact de mes posts, mon souci étant de rester aussi près que possible de la démarche scientifique. Or mon expérience est que c'est quasiment impossible sur le sujet : chaque expression d'une position est invariablement "interprétée" dans le cadre d'un rattachement à telle ou telle position idéologique. J'essayerai d'être donc aussi objectif que possible, en présentant ce que je pense justifié, mais également mes doutes sur la façon dont des résultats souvent partiels et incertains sont immédiatement "recyclés" en certitudes quand ils diffusent dans le public. Car en réalité, pour moi, le problème n'est pas tant dans la science climatique elle même, qui est une science "normale" dans les critères communs aux autres ("normale" ne signifiant absolument pas, tout comme pour les individus, "idéale et sans reproche"). Il est dans la façon dont une démarche scientifique est "recyclée", métabolisé dans la société par un discours essentiellement politique et idéologique, qui ne peut supporter des incertitudes.

 

De quoi s'occupe donc la climatologie ? essentiellement, de comprendre comment fonctionne le climat terrestre, c'est à dire pourquoi fait-il plus ou moins chaud ou froid ici où là, pourquoi pleut-il ou a-t-on des déserts ici ou là, pourquoi y a-t-il de la glace ou non...

Inutile de dire que c'est un problème extrêmement complexe, devant en prendre en compte une multitude de facteurs physiques, chimiques, et même biologiques. Disons le tout de suite : malgré l'immensité de nos connaissances, nous sommes très loin de pouvoir modéliser de façon assez exacte un système comme la Terre pour prédire avec certitude tout ce qui se passe et va s'y passer à la surface. J'insiste sur ce point parce qu'il m'apparait, au cours des discussions que j'ai autour de moi, qu'il y a en général une perception approximative dans le grand public de ce que sait et ne sait pas faire la Science, et de ce que nous savons ou ne savons pas. Je peux d'ailleurs moi-même me tromper sur certains points, je préfère le dire tout de suite ! Je ne suis pas climatologue, je ne présenterai que l'état présent de ce que j'en ai compris. Il y aura sans doute des lecteurs plus compétents pour me corriger à l'occasion, et je les en remercie. J'insiste encore, ce blog n'est PAS destiné à défendre un camp plutot qu'un autre, il est l'occasion d'exprimer l'avis d'un scientifique sur des domaines qui ne sont pas les siens, mais qui le concerne en tant que citoyen.

Donc que sait-on faire ou pas, en climatologie ?

On sait décrire les grands mouvements d'énergie et de matière, les blians globaux entre l'atmosphère et l'océan. Mais nous n'avons pas une explication très précise des détails, à la précision où nous savons les mesurer. Par exemple, les instruments mesurent la température moyenne de la Terre à quelques dixièmes de degré près (c'est l'ordre de grandeur des variations d'une estimation à l'autre). Mais les modèles sont bien incapables d'expliquer cette valeur avec cette précision, c'est à dire de faire un gros calcul par ordinateur qui nous redonne le bon résultat, à quelques dixièmes de degré près. L'incertitude est plutot de plusieurs degrés. Nous avons une explication qualitative des mouvements à grande échelle de la circulation océanique, mais nous sommes très loin de savoir la décrire dans le détail, et ses possibles variations à grande échelle dans le passé. Nous savons expliquer pourquoi il y a des zones équatoriales humides, des zones tropicales sèches, des zones tempérées humides, des zones polaires froides, mais nous sommes bien incapables de prévoir année après année où il va pleuvoir et où il y aura des sécheresses. 

A l'inverse, sur des courtes périodes de temps, nous avons un certain pouvoir prédictif assez précis , mais limité à des périodes assez brèves. C'est la base des prédictions météo. La mesure précise de l'état de l'atmosphère par toute une panoplie d'instruments au sol et de satellites permet de calculer avec une précision raisonnable son évolution sur quelques jours, quelques semaines au mieux pour les grandes masses. Mais le caractère chaotique des mouvements atmosphériques empêche d'avoir un pouvoir prédictif au-delà de cette période.

 

Au total donc, comme toute science, nous avons un noyau de choses bien comprises , une frontière grise de choses approximatives, et des territoires inconnus où nous ne savons pas dire grand chose. Bref, comme je disais , une science normale ....

 

Mais une science dont les résultats ont pris une importance énorme dans la société, et c'est là que le bât blesse. Parce que les décideurs ne peuvent se satisfaire des incertitudes, ils ont besoin de décider.  La question centrale est donc : les résultats des modèles climatiques sont-ils assez précis pour que nous puissions en déduire réellement ce qu'il faut faire ? 

le discours dominant chez les climatologues et dans la société parait répondre : oui. J'essayerai d'argumenter que selon moi, la réponse est : non. Ce qui ne signifie naturellement pas que les climatologues ne sont pas sérieux et qu'ils ne connaissent pas la physique (angle d'attaque de nombreux "sceptiques", à mon avis non justifié), mais que la réalité est bien trop complexe pour que les prédictions puissent nous permettre de déterminer une "meilleure" attitude à suivre. 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by climatenergie - dans Climat
commenter cet article

commentaires

Ricquet 02/07/2011 22:07


Mais c'est le Gilles de FS !! Celui qui a réussi à faire interdire les discussions sur le climat ... :-)

"J'avoue avoir eu beaucoup de mal à choisir le ton ...".
Bin, il est très posé le ton. On t'a connu plus "mordant".

Oserais-je un conseil ? Les posts sur le climat, ça n'intéressera plus grand monde. Le GIEC n'y arrive pas. Autour de moi, c'est très clair : les inquiétudes sur le temps qu'il fera dans un siècle
ont été balayées par la crise économique et les premiers signes de faiblesse dans la production de pétrole. Les posts sur ces sujets attireront plus de monde.

Bonne continuation.


phi 30/06/2011 21:59


Gilles,

Votre position (tout comme celle de skept) est de dire que la science climatique avance comme toutes les sciences, avec toutes les imperfections humaines, mais ni mieux ni plus mal, qu'elle ne se
distingue au fond que par les enjeux. Je vous trouve bien optimiste, je vois surtout une doctrine rigide et des prêtres qui font de la climatologie comme les théologiens (de l'ancienne école) font
de l’exégète. Ils ont prononcés, acceptés, assimilés la profession de foi du giec et interprètent les observations comme on interprète une parole divine. Une parole obscure que seuls les initiés
ont la puissance de comprendre et d'enseigner. Il y a une sorte de régression, un mouvement inverse à celui qui a vu l'astronomie s'émanciper de l'astrologie. La climatologie abandonne la recherche
des causes et des mécanismes car ils lui sont donnés maintenant par avance et retourne à une simple divination des signes. Ce n'est même plus une pseudo-science mais une pseudo-religion. Une
science cherche à comprendre, la climatologie ne cherche qu'à enluminer ce qu'elle sait déjà. Ce qui me paraît le plus préoccupant dans cette affaire, c'est que les mécanismes qui ont conduits la
climatologie où elle est pourraient s'exercer dans d'autres domaines or nous constatons que notre culture post-moderne est bien démunie pour contrer ce genre de dérive. Que vingt mois après le
climategate le giec existe encore et que l'on parvienne toujours à parler de réchauffement climatique anthropique sans étouffer dans le fou rire est consternant.


phi 30/06/2011 16:39


Pardonnez-moi d'encombrer mais il me semble que ce point est important pour comprendre l'esprit régnant en climatologie. L'extrait de mon précédent message était un copier/coller d'un post chez
Curry, le corps du texte est la répétition du mail de Wigley à Jones. Voilà le message d'origine complet repris à la source :
______________________________
From: Tom Wigley
To: Phil Jones
Subject: 1940s
Date: Sun, 27 Sep 2009 23:25:38 -0600
Cc: Ben Santer

Phil,

Here are some speculations on correcting SSTs to partly
explain the 1940s warming blip.

If you look at the attached plot you will see that the
land also shows the 1940s blip (as I'm sure you know).

So, if we could reduce the ocean blip by, say, 0.15 degC,
then this would be significant for the global mean -- but
we'd still have to explain the land blip.

I've chosen 0.15 here deliberately. This still leaves an
ocean blip, and i think one needs to have some form of
ocean blip to explain the land blip (via either some common
forcing, or ocean forcing land, or vice versa, or all of
these). When you look at other blips, the land blips are
1.5 to 2 times (roughly) the ocean blips -- higher sensitivity
plus thermal inertia effects. My 0.15 adjustment leaves things
consistent with this, so you can see where I am coming from.

Removing ENSO does not affect this.

It would be good to remove at least part of the 1940s blip,
but we are still left with "why the blip".

Let me go further. If you look at NH vs SH and the aerosol
effect (qualitatively or with MAGICC) then with a reduced
ocean blip we get continuous warming in the SH, and a cooling
in the NH -- just as one would expect with mainly NH aerosols.

The other interesting thing is (as Foukal et al. note -- from
MAGICC) that the 1910-40 warming cannot be solar. The Sun can
get at most 10% of this with Wang et al solar, less with Foukal
solar. So this may well be NADW, as Sarah and I noted in 1987
(and also Schlesinger later). A reduced SST blip in the 1940s
makes the 1910-40 warming larger than the SH (which it
currently is not) -- but not really enough.

So ... why was the SH so cold around 1910? Another SST problem?
(SH/NH data also attached.)

This stuff is in a report I am writing for EPRI, so I'd
appreciate any comments you (and Ben) might have.

Tom.


Attachment Converted: "c:eudoraattachTTHEMIS.xls"

Attachment Converted: "c:eudoraattachTTLVSO.XLS"

_________________________

Cette attitude vis à vis des données d'observations est très générale, elle se retrouve en particulier dans le traitement des données de températures des stations. La conviction de connaître dans
les grandes lignes l'évolution que devraient suivre certains paramètres influe sur les corrections apportées. L'existence bien réelle de très nombreux biais de mesures est un puissant levier
permettant de façonner les données dans le sens consciemment ou inconsciemment souhaité.


climatenergie 30/06/2011 19:40



Bonsoir Phi


j'aurais l'occasion de revenir sur les mails du "climategate", qui révèlent effectivement des choses très intéressantes sur les problèmes que se posent eux-mêmes les climatologues , en privé
;). 


Je précise que quand je dis une science "normale", ça inclut aussi la possibilité d'erreurs et de mauvaise foi. Une partie du malentendu climatique est la mise en confrontation d'un idéal
scientifique dans le grand public, et de la réalité quotidienne des chercheurs. Les chercheurs sont des humains qui explorent des domaines difficiles, ils n'évitent absolument pas les effets
d'école, les arguments d'autorité, la défense de leurs modèles avec plus ou moins de bonne foi; c'est quotidiennement vécu dans tous les colloques ! le problème est qu'en général ça n'a aucun
impact dans le grand public, et que la connaissance avance quand même cahin-caha, avec souvent des révisions et mises en causes. C'est ce qu'on ne peut plus faire en climatologie ... ou du moins
pas ouvertement. On se retrouve piégé par un étiquetage politique, dans un sens ou dans l'autre. Il est évident que ça ne va pas dans le sens d'une étude scientifique sereine ....



phi 30/06/2011 15:48


Petite illustration amusante de mon précédent message :
_________________________

From: Phil Jones
To: Tom Wigley
Subject: Re: 1940s
Date: Mon Sep 28 10:20:14 2009
Cc: Ben Santer
“Phil,
Here are some speculations on correcting SSTs to partly
explain the 1940s warming blip.
If you look at the attached plot you will see that the
land also shows the 1940s blip (as I’m sure you know).
So, if we could reduce the ocean blip by, say, 0.15 degC,
then this would be significant for the global mean — but
we’d still have to explain the land blip.
I’ve chosen 0.15 here deliberately. This still leaves an
ocean blip, and i think one needs to have some form of
ocean blip to explain the land blip (via either some common
forcing, or ocean forcing land, or vice versa, or all of
these). When you look at other blips, the land blips are
1.5 to 2 times (roughly) the ocean blips — higher sensitivity
plus thermal inertia effects. My 0.15 adjustment leaves things
consistent with this, so you can see where I am coming from.
Removing ENSO does not affect this.
It would be good to remove at least part of the 1940s blip,
but we are still left with “why the blip”.


phi 30/06/2011 12:11


"Au total donc, comme toute science, nous avons un noyau de choses bien comprises , une frontière grise de choses approximatives, et des territoires inconnus où nous ne savons pas dire grand chose.
Bref, comme je disais , une science normale ...."

Si la climatologie devait être considérée comme une science normale, il y aurait du souci à se faire pour les autres sciences. C'est comme toujours une question de plus ou de moins, de proportions,
c'est vrai mais certaines grandes lignes se dégagent malgré tout. La climatologie est obnubilée par le réchauffement anthropique et s'est organisée autour d'une thèse unique. Il est absolument
évident que les efforts pour confirmer le RCA polluent la grande majorité des travaux. Et cet effet devient rapidement dramatique dans une science qui dépend d'observations particulièrement
sujettes aux biais. La frontière grise s'est étendue non seulement du côté de l'inconnu minimisé mais aussi ronge l'espace de ce qui est bien compris en altérant des connaissances relativement
solides mais peu compatibles avec l'obsession du réchauffement.