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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 11:15

Le gouvernement a fait des annonces fortes à la conférence environnementale du 14 septembre. Pour préparer la « transition énergétique » , il décide de fermer la centrale de Fessenheim, et annonce le refus de nombreux permis d'exploitation des gaz de schistes.
Au-delà du caractère un peu surprenant d’annoncer dès le début d’une concertation des mesures qui , logiquement, auraient dû être décidées d’après les résultats de cette concertation, qu’en est-il de la réalité de cette « transition », et vers quoi allons nous « transiter » ?

Un minimum de jugeotte suffit pour s’apercevoir rapidement qu’on ne va transiter vers pas grand chose d’autre que maintenant…

La centrale de Fessenheim, la plus ancienne en service, est un enjeu plus symbolique que réel. Elle ne comprend que deux réacteurs sur les 58 qui fonctionnent en France, et aucune autre fermeture n’est annoncée dans l'immédiat (le problème, très réel, du remplacement des centrales existantes ne se posera pas avant 15 ou 20 ans). On l’a critiquée pour des faiblesses de construction, dont la finesse du ‘radier » en béton qui soutient le réacteur, et pour le risque sismique, étant située à proximité d’une faille. Ironiquement, l’ ASN (autorité de sureté nucléaire) avait demandé à EDF, après l’enquête menée après Fukushima, de réaliser des travaux d’urgence de mise à niveau de la sécurité, travaux devant être réalisés en juin 2013 sous peine de fermeture immédiate, alors que la fermeture devrait avoir lieu en 2016. Bref, on se prépare à engager des sommes importantes pour des travaux dont l’interêt ne court que sur quelques années.Celà avait donné lieu à la rumeur, démentie depuis, qu'EDF allait réclamer 2 milliards d'indemnité au gouvernement. 

L’auteur de ces lignes n’est pas un fan du nucléaire, et il a déjà eu l’occasion de signaler que le nucléaire a peu de chances de constituer la solution miracle au problème énergétique au niveau mondial, pour des raisons de disponibilité limitée, de danger, de difficultés techniques et politiques. Néanmoins, l’histoire est ce qu’elle est, et la France produit massivement son électricité par le nucléaire. Après la fermeture de Fessenheim, elle produira toujours massivement son électricité par le nucléaire, et les gains en terme de probabilité d’éviter un accident ne sont que de quelques %. Par ailleurs les partisans du nucléaire ont beau jeu de rappeler que toutes centrale nucléaire fermée sera remplacée par une centrale à fossiles, avec quelques éoliennes pour faire joli, mais qui ne remplacent qu’une partie de l’électricité fossile. Globalement, les pays dont l’électricité est à base d’éolien + fossiles émettent bien plus de CO2, et consomment plus de réserves fossiles, que la France. Même si il faut prendre au sérieux la question du renouvellement du parc électronucléaire français, la décision hâtive de fermer une centrale dont rien n'indique qu'elle est significativement plus dangereuse que les autres, dans un contexte général de difficultés économiques, n'était pas de la première urgence.

L’interdiction des gaz de schistes relève de la même pensée symbolique. On peut tout à fait être contre leur exploitation pour des raisons d’atteinte à l’environnement, mais il faut en discuter sérieusement. Il n’est nullement évident à l’heure actuelle qu’une exploitation du gaz de schistes, faite dans de bonnes conditions de contrôle et de sécurité, présente vraiment des graves dangers pour la population. Là encore, ses partisans ont beau jeu de rappeler que si la France n’exploite pas son gaz, elle en importera de Russie .. qui le produira de plus en plus également sous forme de gaz de schistes ! Soyons un peu cynique : la décision du gouvernement pourrait quand même se justifier , mais pour toutes autres raisons qu’écologiques : en prévision du futur pic gazier qui pourrait survenir dans les années 2020 – 2030, garder des réserves « sous le coude » pourrait être une politique de sagesse , voire se révéler un véritable pactole dans le futur si les prix du gaz explosent comme ceux du pétrole.

Au niveau mondial, ces mesures ne changeront de toutes façons rien. On est peut être dans des problèmes de gestion des ressources et de l’environnement, dont on peut toujours (et qu’il faut) discuter, mais certainement pas dans une « transition énergétique » massive. La transition énergétique joue le rôle du « Prince Jean » du Moyen Age, souverain chrétien mythique,  censé apporter une aide décisive à l’Occident dans sa lutte contre l’Islam, en le prenant en tenaille, dès qu’on aurait réussi à le rejoindre par delà les terres connues. La constitution de tels mythes serait-elle le signe de sociétés en détresse ? Probablement, oui.

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 11:42

C'est le titre d'un article assez provocateur publié dans la revue "Europhysics News" de l'European Physical Society de mars-avril, dont une copie (en anglais) est disponible sur le site d'un des auteurs. Leur conclusion est lapidaire : "We propose to stop spending public money on large scale use of wind".

Les auteurs s'appuient sur un calcul de la quantité de fossiles nécessaire pour pallier l'intermittence de la production éolienne, un problème bien connu associé à cette énergie. On sait effectivement qu'à cause du caractère intermittent du vent et de la grande sensibilité de la production d'une éolienne à la vitesse du vent, la production typique d'un champ d'éoliennes est hautement variable.

http://www.clepair.net/fotos/EON2005.jpeg

Production éolienne d'une zone test étudiée par le fournisseur allemand d'énergie E.ON

Pour compenser ces fluctuations rapides , il est nécessaire d'avoir un système de production démarrable à la demande rapidement, qui ne peut en pratique être que de l'hydraulique ou des fossiles (surtout centrales à gaz). La puissance moyenne fournie par un champ d'éolienne n'est en pratique que de 25 à 30 % de la puissance maximale installée, ce qui fait que pour 1 kWh éolien produit, on a 2 à 3 kWh fossiles inévitables. Ceci explique que les pays qui ont le plus d'éolien (Danemark, Allemagne, Espagne) sont, en pratique, aussi parmi ceux qui produisent le plus de CO2 par kWh électrique ! 

L'argument est connu, mais les partisans de l'éolien répliquent qu'à tout prendre, ça vaut quand même mieux que de produire 100 % de fossiles, et que donc l'éolien permet quand même d'économiser au moins une partie des fossiles. C'est cet argument auquel s'attaquent les auteurs, en arguant que si on tient compte de la consommation de fossiles nécessaires pour construire les éoliennes (qui n'est pas nulle, il faut de l'acier, du béton, des pales en fibre de carbone, et transporter et assembler tout ça), et surtout de la perte de rendement induite par le fait que les centrales thermiques ne sont pas utilisées en régime optimal, le gain final n'est finalement pas si grand que ça, et peut être nul. 

A noter quand même que cet article n'est pas publié dans une revue "de rang A", et que les auteurs ne donnent pas d'affiliation officielle comme c'est l'habitude. Cependant le premier auteur, C. Kees Le Pair, est un physicien retraité ayant dirigé le "Dutch Technology Institute", donc probablement ayant au moins une certaine compétence technique sur ces questions. Il est par ailleurs déjà connu pour ses positions anti-éolien. Un débat avait eu lieu sur ses travaux sur le site du Guardian en janvier 2012, débat où l'on peut voir aussi les contre-arguments présentés par des "pro éoliens", qui accusent C. Le Pair de sous estimer les progrès faits dans l'éolien, les avantages de la mise en réseau de régions différentes, diminuant l'intermittence, ou l'interêt de diminuer les pics de demande par l'utilisation de "smart grids". Cependant, le débat est apparemment assez confus et mélange souvent le problème du coût avec celui de l'économie de fossiles (ce qui n'est pas la même chose).

Il est évidemment impossible de trancher définitivement pour une thèse ou une autre, et de plus la question de savoir si l'éolien pourrait finalement s'avérer avoir un bilan positif ou négatif pourrait dépendre des conditions précises dans lesquelles on l'utilise (régions plus ou moins ventées, pays ayant des pics de demande plus ou moins prononcés, présence ou non d'énergies alternatives non fossiles comme l'hydraulique, etc...). Ce qu'on peut conclure cependant, c'est que le bilan n'est probablement pas clairement très positif.

Un simple calcul d'ordre de grandeur montre que les fossiles sont utilisés à environ 25 % pour produire de l'électricité. Il est peu probable que la proportion d'électricité éolienne puisse dépasser 20 à 30 %, et en pratique, en moyenne sur tous les pays du monde et compte tenu des contraintes physiques, économiques, et politiques, il est à mon avis irréaliste de dépasser 10% d'électricité mondiale produite par l'éolien (par comparaison, le nucléaire et l'hydrauliqe en produisent environ chacun 15 %, et atteindre 10 % serait déjà un score extraordinaire pour l'éolien !) En tout état de cause , l'éolien ne peut espérer économiser que quelques % de la production de CO2 mondiale , peut être 3% au maximum, et le calcul proposé par C. Le Pair pourrait réduire cette économie à 2%, 1%... ou 0% (voire même dans le pire des cas aboutir à une augmentation nette de CO2). Et encore, ce calcul ne prend pas en compte un argument plusieurs fois présenté par votre serviteur : c'est que "remplacer les fossiles" n'a finalement aucun effet net à la fin si on n'assure pas que les fossiles économisés ne seront pas réutilisés ailleurs, ou simplement plus tard ! économiser quelques % de fossiles ne fait à tout prendre que faire gagner quelques années sur leur épuisement ... mais il n'y a aucune raison que ces années gagnées ne soient pas finalement utilisées à les prolonger un peu plus, justement, et finalement la quantité de fossiles brûlée sera exactement la même, et le CO2 qui va avec également.

Bref, encore une fois, on ne peut qu'être frappé par l'écart qu'il y a entre les représentations médiatiques et sociales de certaines énergies comme l'éolien ou le solaire, comme des moyens miraculeux de répondre au problème de l'épuisement des fossiles et du CO2, alors que l'examen un peu serré des chiffres et des réalités pointent au contraire vers un impact finalement dérisoire. Et de fait, ce n'est pas le développement de l'éolien en Espagne qui va la sauver de la crise, et ce n'est pas non plus celui de l'Allemagne qui est responsable de sa relative bonne santé economique. Il est peut être effectivement inutile de consacrer autant d'argent et d'énergie à une "solution" aussi anecdotique ...

 

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 18:49

Bonjour

me voilà de retour après une période un peu chargée professionnellement et personnellement (les loisirs prennent parfois du temps :) ). Je reprends les articles de ce blog en continuant, comme promis, l'examen des scénarios dépletionnistes et leur comparaison avec ceux du GIEC. J'écrirai aussi à propos des neutrinos superluminiques, puisqu'il y a eu quelques nouvelles depuis de la collaboration OPERA (un peu triste pour l'image des scientifiques, mais c'était hélas à craindre).

Pour en revenir aux scénarios, nous avons vu donc précédemment comment établir des courbes "moyennes" de production à partir d'estimations de réserves et d'hypothèses approximatives, mais simples, sur la forme des courbes de production, basées sur le modèle de Hubbert. Comme on l'a vu, ces courbes sont essentiellement une courbe en cloche avec une première phase de croissance (exponentielle) à taux constant, le passage par un maximum, puis une décroissance aussi exponentielle avec le même taux que le taux de croissance initial.

Pour faire ses prévisions climatiques, le GIEC a travaillé sur un ensemble de scénarios possibles de production de gaz à effet de serre (essentiellement le CO2 mais d'autres gaz contribuent de manière non négligeable). Il faut donc avoir des courbes de production futures de CO2, qui sont très proches des courbes d'extraction de fossiles (la plupart des fossiles étant finalement brûlés ou oxydés, y compris les produits chimiques et des plastiques, qui terminent le plus souvent dans des incinérateurs ou s'oxydent à l'air) . Bien évidemment ces courbes sont inconnues, et donc le GIEC a demandé à des groupes d'économistes de travailler sur plusieurs hypothèses pour établir les scénarios possibles. Ces groupes ont différents noms (MARIA , MESSAGE, MINICAM , AIM, etc ..), et les hypothèses retenues correspondent à différents futurs sur la démographie, l'efficacité énergétique, etc ... 

Par exemple la famille de scénarios A1 est basée sur les hypothèses de

* croissance économique rapide

* population mondiale culminant à 9 milliards en 2050, et décroissant ensuite

* pénétration de nouvelles technologies énergétiquement efficaces  rapide,

*  revenu par tête et le mode de vie convergent entre régions (c'est à dire que les Chinois, les Indiens, et les Occidentaux se mettent à vivre de manière très similaire),

* les interactions sociales et culturelles augmentent de manière forte,

*  pour l'énergie, il y a 3 variantes : une utilisation intensive des énergie fossiles (variante A1FI, "FI" signifiant "fossil intensive") ; une utilisation intensive des sources non fossiles (variante A1T) ; un appel aux diverses sources sans en privilégier une en particulier.

Il existe aussi des scénarios de type A2 (croissance démographique continue atteignant 15 milliards en 2100, monde hétérogène), de type B1 (même démographie que A1 mais développement des services et technologies de l'information), et B2 (population croissante à 10 milliards en 2100, développement inégal)

Une présentation plus complète peut se trouver par exemple sur le site de JM Jancovici, déjà cité ici

http://www.manicore.com/documentation/serre/scenario.html

 

Tous ces scénarios ayant été étudié par différents les groupes (avec quelques petits trous), on aboutit finalement à 41 scénarios notés A1 MESSAGE, A1 MINICAM, B1 IMAGE, etc, ....

Le GIEC a choisi d'en extraire 6 considérés comme "typiques", souvent représentés sur des graphiques comme celui-ci montrant l'évolution de la production de GES dans les différents scénarios

http://www.senat.fr/rap/r08-543/r08-5432.gif

Les scénarios "typiques " sont en fait 

A1 : le scénario A1B - AIM

A1-FI : le scénario A1G - MINICAM

A1T : le scénario A1T- MESSAGE

A2 : le scénario A2-ASF

B1 : le scénario B1-IMAGE

B2 : le scénario B2-MESSAGE

Mais il y a en réalité 41 courbes différentes. Ces scénarios ont été publiés dans le "Special report on Emission Scenarios" (SRES), et des travaux ultérieurs ont encore élargi la fourchette "post-SRES". 

A partir de ces scénarios, on peut tracer des courbes de production de charbon, de gaz ou de pétrole, et les comparer directement aux résultats du modèle de Hubbert des réserves actuellement considérées comme économiquement exploitables. Je reproduis ci-dessous les 3 courbes, en faisant apparaitre en plus épais, et avec les mêmes couleurs que ci-dessus, les 6 scénarios typiques, ainsi que la courbe de Hubbert correspondante (pointillés rouges) et la courbe actuelle de production jusqu'en 2010 (en noir).

Je laisse le lecteur considérer un moment ces courbes, avant de faire un certain nombre de commentaires personnels plus bas.

Voici d'abord les courbes relatives à la production de charbon. 

 

Allscencharbon2.jpg

celles pour le gaz naturel :

Allscengaz2

 

et enfin celles pour le pétrole :

Allscenpetrole2.jpg

 

En regardant l'ensemble de ces courbes, il apparait immédiatement un certain nombre de traits frappants 

- d'abord l'extrême hétérogéneité et la grande dispersion des courbes , d'un scénario à l'autre. Pour chaque combustible, on peut avoir des consommations s'annulant ou presque en 2100, ou au contraire multipliée par 3 , 4 , ou 5 par rapport à l'actuelle. Cette hétérogeneité n'est pas qu'une conséquence des hypothèses faites puisque pour un même jeu d'hypothèses, différents groupes arrivent à des scénarios très variables ! 

- petit détail curieux, les courbes ne commencent même pas au même endroit en 1990, alors que le SRES a été publié après cette date, et que les données étaient déjà connues ! apparamment les différents groupes ne se sont même pas souciés de s'harmoniser entre eux et avec les données.

- les courbes s'écartent très souvent d'une courbe de Hubbert, avec des formes parfois franchement bizarres : parfois elles montent rapidement puis s'écroulent, ou alors elles stagnent et se mettent à grimper on ne sait pas trop pourquoi après 2050, ou encore elles zigzaguent en montant, redescendant, puis remontant ...

- pour la grande majorité des courbes, l'intégrale dépasse, et souvent assez largement, l'intégrale des réserves conventionnelles données par la courbe de Hubbert. Comme il est logique de penser que les réserves conventionnelles seront exploitées en priorité, il s'ensuit que tout ce qui doit être produit en plus doit l'être sous la forme de ressources considérées actuellement comme non conventionnelles (et non rentables). L'écart entre la courbe de Hubbert et une courbe du SRES sera donc le volume de ressource non conventionnelle à extraire annuellement, volume souvent très important (plusieurs fois la production actuelle de réserves conventionnelles a priori facilement accessibles). C'est particulièrement frappant pour le gaz naturel qui excède toutes les réserves connues pour tous les scénarios.

-Inversement, certains scénarios prévoient des mondes en 2100 sans aucune consommation de pétrole, ou bien sans charbon (on ne sait pas comment ils comptent faire de l'acier, à moins qu'ils supposent qu'on n'en ait plus besoin ..).

Que dire de tout cela ? d'abord que je suis perplexe sur le contenu réel de cet ensemble de scénarios. Il est souvent invoqué que la grande variété des scénarios est nécessaire pour recouvrir "tous les possibles", mais cette assertion est très contestable, en tout cas pour l'ensemble présenté ici. En effet malgré cette grande variété, l'ensemble des scénarios est loin de recouvrir "tous les possibles", et en particulier, il n'inclut même pas la possibilité de ne se restreindre qu'aux réserves prouvées ! Il y a en réalité un biais sous-jacent à cet ensemble : tous les scénarios, sans exception, font l'hypothèse d'une croissance économique continue de l'ordre de + 2% par an dans tout le 21 siècle. + 2% par an, ça peut paraître peu, mais rappelez vous qu'une exponentielle croissant à r % /an a la propriété de doubler tous les 70 /r ans (70 = 100 ln(2)) . Une croissance de +2% par an va donc doubler le PIB en 35 ans, et le multiplier par 8 au bout de 100 ans. Dans tous les scénarios, le monde est supposé s'enrichir et atteindre à la fin du XXIe siecle un niveau de vie moyen comparable aux américains actuels.

Un peu difficile de croire quand même que "tous les possibles" doivent obeir à cette perspective optimiste ! en réalité il y a un biais évident , le fait que le GIEC soit un organisme gouvernemental interdit d'imaginer une autre perspective qu'une croissance continue. De puis, ces scénarios sont élaborés par des économistes qui d'une part ont tendance à penser que l'état de croissance est un état naturel, fondé uniquement sur l'ingéniosité humaine et donc potentiellement éternel, et d'autre part, que les ressources naturelles sont illimitées ou presque, la rareté produisant une augmentation des prix, qui produit elle même un accroissement du périmètre des réserves disponibles. Les économistes du GIEC ne tiennent donc pas du tout compte des limites des ressources disponibles, comme le montre la comparaison avec les réserves prouvées - les courbes n'ayant aucun rapport avec l'épuisement de ces réserves.

Quel crédit peut-on apporter à ces hypothèses? et plus fondamentalement, quelle information UTILE tirer de ces courbes ? l'extrême dispersion des valeurs montre qu'elles ne sortent sûrement pas de loi validées dont on pourrait penser qu'elles convergent vers des résultats voisins. Pour être un peu méchant, je dirai que si on donnait une boite de crayons de couleur à des enfants de maternelle en leur demandant de tracer une série de courbe en cloche, on aurait à peu près le même résultat. Qu'est ce que ça change que ce soit fait par des économistes, ou par des gamins de maternelle ?

Ce que ça POURRAIT changer, c'est si on était sûr de la relation déterministe entre les hypothèses faites, et le résultat obtenu. Autrement dit on pourrait accepter que le futur est incertain à cause de certaines inconnues sur la démographie , les choix énergétiques, etc.... mais que SI on connaissait ces facteurs, ALORS on pourrait déterminer avec une grande confiance le résultat sur le CO2 (confiance qu'on n'aurait évidemment pas en confiant ce travail à des enfants de maternelle, mais qu'on serait en droit d'attendre de gens sérieux).

Mais en réalité, même cela n'est pas vrai : les modèles utilisés par ces économistes sont essentiellement inconnus et non validés. La grande dispersion des courbes montre qu'ils peuvent sortir, à partir des mêmes hypothèses, à peu près tout et n'importe quoi. Ce n'est certainement pas le résultat attendu d'une théorie scientifique, dont je dirai au contraire qu'elle doit être prédictive, c'est à dire capable de réduire significativement l'incertitude sur le futur. Ce n'est absolument pas l'impression qu'on a en regardant ces courbes. Disons le nettement : les économistes n'ont jamais pu prévoir avec confiance l'évolution de la production et des prix des ressources énergétiques, comme l'a montrée la flambée récente et le plafonnement de la production pétrolière.

Le statut de ces scénarios est ambigu : le GIEC dit qu'il ne leur affecte "aucune valeur de vraisemblance" - c'est à dire qu'il présente ça comme des "possibles" mais n'évalue pas leur probabilité (ce qui inclut potentiellement le fait qu'elle pourrait être très faible). Le problème, c'est qu'une fois dit cela, on s'empresse de l'oublier et de traiter cet ensemble de scénarios comme étant représentatif de l'évolution VRAISEMBLABLE de la société. Toutes les conséquences écologiques sont calculées à partir des scénarios "types" qu'on présente comme des scénarios "moyens" , sous-entendu : on va certainement suivre ce chemin si on ne fait rien. Mais en réalité il n'y aucune validation, nulle part, que ce sont ces chemins qui sont plausibles. Il n'y a rien qui soutienne l'idée que la production d'hydrocarbures pourrait excéder largement la production actuelle quand les conventionnels seront épuisés, ni que la croissance économique devrait se poursuivre pendant 100 ans. Ce n'est que du "wishful thinking", des "storylines", bref du Sim City.

Les "probabilités" qu'on dépasse tant de ppm dans X années, par exemple, n'ont strictement aucun sens si on n'a pas quantifié la vraisemblance de ces scénarios. En réalité, ceux qui font ces estimations raisonnent en général sur l'ensemble des courbes comme si elles étaient équiprobables - mais cette hypothèse encore une fois n'a aucune justification. L'ensemble des scénarios du GIEC dessine un monde où il devient très improbable de consommer une quantité proche des réserves prouvées, bien improbable de ne pas avoir une croissance continue amenant l'ensemble du monde dans 100 ans au niveau des américains, bien improbable d'avoir des courbes de production en cloche ... un monde bien improbable, en réalité !! 

Pour être honnête, le GIEC, devant s'être rendu compte du caractère un peu absurde de cet ensemble très vaste (et essentiellement inutile en fait dans sa complexité, puisque le seul paramètre pertinent est la production de GES au cours du siècle), a changé sa méthodologie pour son prochain rapport. Il a défini des courbes typiques de concentration en effet de serre (Representative Concentration Pathways ou RCP) et va ensuite illustrer comment ces courbes pourraient être obtenues. Je commenterai cette nouvelle approche dans un autre post (je préviens tout de suite que je n'aurai pas beaucoup plus d'indulgence que pour l'ancienne ...).

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 17:28

Tout d'abord je voudrais m'excuser pour une certaine jachère de ce blog dû à une activité professionnelle un peu prenante ces temps ci. J'aborde la présentation des scénarios proprement dit. Pour être honnête, j'avais déjà fait un travail similaire posté sur le forum Oleocène en 2007 (avec les chiffres de 2005), visible ici . Je vais donc reprendre les chiffres que j'avais pris à cette époque, réactualisés avec les données jusqu'en 2010, ce qui permettra une comparaison avec les 5 années qui se sont écoulées depuis.

Comme nous l'avons vu, le modèle de Hubbert est un modèle à 3 paramètres qui peuvent être pris comme la date du pic, la production au pic, et l'intégrale sous la courbe. Evidemment ces trois paramètres peuvent être ajustés sur les données existantes, mais ça ne les contraint pas completement (sinon on saurait dire combien il reste d'hydrocarbures ! ), sauf si la courbe est une courbe de Hubbert idéale (auquel cas la linéarisation de Hubbert permet de retrouver complètement la courbe).

Les chiffres que je prends ne sont donc pas des certitudes, mais des estimations que j'estime raisonnable d'après les réserves connues. Je ferai un commentaire sur chaque. Les données connues sont tirées des chiffres de BP Statistical Review (une des "bibles" pour l'énergie) et extrapolés dans le passé pour les quantités totales (choisir "Historical Data" pour avoir un tableur excel)

Voici les paramètres retenus dans mon scénario :

Pour le pétrole 

Quantité totale supposée Q0 = 3000 Gbl (milliards de barils) soit 408 Gtep (1 baril = 0,136 tep)

Pmax = 31 Gbl/an (4,2 Gtep/an) (production actuelle 4 Gtep/an )

Tpic = 2015

Commentaire : la production passée de pétrole est d'environ 190 tep soit 1300 milliards de baril. Les réserves prouvées publiées par BP en 2011 (BP Statistical Review) sont de 1500 Gbl, en incluant les sables bitumineux et les bruts lourds de l'Orénoque, soit un total de 2800 Gbl. Cette inclusion est la principale raison de l'augmentation des réserves prouvées par le passage de probables en prouvées, mais ne correspond pas vraiment à de nouvelles découvertes. Il est peu probable que de nouvelles découvertes dépassent 200 Gbl (presque les réserves déclarées de l'Arabie Saoudite). Le chiffre de 3000 Gbl est donc "confortable". Un pic en 2015 me parait également relativement plausible. 

Pour le gaz

Quantité totale supposée = 12 000 Tcf (1Tcf = 1000 milliards de pieds cubes = un "trillion" anglais, unité anglosaxonne couramment employée, desolé !) soit 310 Gtep environ (1Tcf = 0,64 tep)

Pmax = 3,3 Gtep/an  ( production actuelle 2,9 Gtep/an )

Tpic= 2030

Commentaire = la production passée de gaz est d'environ 100 Gtep. Les réserves prouvées sont de 190 Gtep . Récemment, une grande agitation s'est répandue à propos des gaz de schistes, qui ont connu un essor fulgurant aux Etats Unis. Le montant des réserves estimé est très variable selon les sources, on a parlé entre 1 et 4 fois les réserves conventionnelles. Cependant, la profitabilité économique est incertaine, et un gisement américain a vu baisser ses estimations de réserves divisées par 3. De plus, comme en France, de nombreuses oppositions s'expriment contre leur exploitation et le montant qui sera réellement extrait est incertain. Comme je n'en avais pas tenu compte en 2007, je ne les mets pas ici. On pourra voir par la suite quelle serait leur influence sur la consommation mondiale.

 

 le charbon

Quantité ultime supposée 1200 milliards de tonnes soit 800 Gtep (1 tonne C = 0,67 tep environ)

Pmax = 6,75 Gtep/an

Tpic = 2070 

Commentaire : le charbon est de loin, la ressource fossile la plus abondante. L'essentiel des incertitudes sur les réserves totales de carbone viennent du charbon - à l'inverse, les incertitude sur les quantités de pétrole et de gaz n'ont finalement pas tant d'importance que cela. La production passée cumulée est d'environ 170 Gtep (250 Gt environ ). Les réserves prouvées s'élèvent selon BP à 400 Gt de charbon de "bonne qualité" (anthracite et bitumineux) et environ 460 Gt de mauvaise qualité, sous-bitumineux et lignite (de moindre qualité énergétique mais pouvant être brulé pour faire de l'électricité). ce qui fait un total d'environ 1000 Gt. La encore, les 1200 Gt représentent une certaine marge, même si les ressources ultimes sont estimées entre 3000 et 4000 Gt.

A ces ressources fossiles, j'ai ajouté des sources nucléaires et hydrauliques, un peu au pif (là encore comme j'estime "raisonnable") : 

Pour le nucléaire 

Réserves de U235 = 90 Gtep

Pmax = 1 Gtep/an (le double de l'actuel environ)

Tpic = 2040

ce scénario table donc sur une croissance du nucléaire "modérée", doublant le nombre de réacteurs d'ici 2040, mais stagnant et décroissant ensuite - sans développement massif des surgénérateurs; on peut bien sûr prendre d'autres hypothèses, mais ça ne changera pas bien sûr le bilan fossile.

Pour l'hydraulique, qui n'est pas une ressource épuisable, mais est limitée en application, j'ai supposé une croissance (pas en courbe de Hubbert mais en courbe intégrale logistique tendant vers une asymptote) vers 1,5 Gtep/an (3 fois l'actuelle). Là encore on peut discuter les chiffres mais cela ne changera pas vraiment le problème des fossiles et du CO2.

Avec ces chiffres, on peut tracer les courbes de Hubbert correspondantes, qui vont représenter donc des courbes, disons "raisonnables", de la production énergétique. 

La "tartiflette énergétique " se présenterait comme cela (échelle en Gtep/an)  :

 

tartiflette2011-copie-1

 

avec un maximum d'un peu plus de 12 Gtep/an autour de 2030

Comme je l'ai dit, j'avais choisi des valeurs en 2007, sur des chiffres de 2005. Il est donc intéressant de regarder l'évolution depuis 5 ans comparée au modèle, combustible par combustible :

Logistique2011-copie-1.jpg

On voit que 

* le pétrole n'a pas tout a fait augmenté comme la courbe, en fait il a pratiquement stagné. L'effer de la récession de 2008 est visible

* le charbon, lui , a augmenté beaucoup plus vite, bien sûr à cause de la croissance accélérée de la Chine. Il est possible qu'il faille ajuster les paramètres pour un pic plus élevé et plus proche (mais on aurait ensuite une décroissance plus rapide si on garde la même quantité ultime). Notons quand même que le pétrole a eu le même genre d'écart dans les années 70 avec une croissance plus rapide que la courbe globale de Hubbert ne le prédit - mais cette croissance s'est ensuite ralentie et même inversée lors du contre choc pétrolier des années 80. Il paraît hasardeux de savoir comme la consommation de charbon va augmenter dans le futur, étant évident que la croissance de la consommation chinoise va finir par saturer.

Le gaz a augmenté à peu près comme prévu, l'hydraulique un peu plus, et le nucléaire a stagné - on connaît là aussi l'incertitude actuelle sur le développement du nucléaire après Fukushima.

Pour avoir la consommation moyenne par habitant, il faut un modèle démographique. Si les démographes sont sûrs que la population va encore augmenter dans les décennies qui viennent (les parents des enfants à naître sont déjà nés ..), ça devient beaucoup plus flou pour après 2050. J'ai adopté une hypothèse "optimiste " de stagnation puis décroissance de la population après 2050 (enfin pas forcément optimiste, ça dépend de ce qui la fait décroitre ! ), en l'ajustant elle aussi par une courbe de Hubbert (pas vraiment de raison pour ça puisque ce n'est pas une ressource épuisable mais le fit est bon sur les données passées ! )

Populationenergie-copie-1.jpg

On voit que la courbe d'énergie consommée a grimpé un peu plus vite que ce que prévoit le modèle à cause du charbon. Néanmoins, si les ultimes recouvrables sont corrects, cela n'implique nullement que cette croissance puisse encore être extrapolée pendant longtemps ....

Voilà ce que donne la consommation d'énergie par habitant :

 

Eparhab

Avec ce modèle, on peut s'amuser à tracer aussi la production de CO2 annuelle et l'évolution de la concentration. Pour calculer la concentration à un moment donné, il faut tenir compte des émissions de chaque année mais aussi de l'absorption par différents composants (végétation, océans, etc..). J'ai pris une formule simplifiée reproduisant les résultats d'un modèle d'absorption, le "modèle de Bern", qui consiste à partager l'absorption en différents compartiments de constante d'absorption caractéristique. Je ne m'étends pas sur le détail (un peu plus d'explications sont données sur le fil d'Oleocène), mais voila le résultat, pour les émissions de CO2 et la concentration prévue/ observée ( source NOAA )

 

CO2.jpg

Là encore, on voit que les émissions de CO2 ont été supérieures aux prévisions du modèles , toujours à cause du charbon, mais qu'il serait sans doute illicite de prolonger cette croissance vers la futur, sauf si le modèle était totalement faux ...

Alors, quel image du futur donne ce modèle ?

Tout d'abord, reprécisons bien les choses. Il ne s'agit pas tant ici de faire une prédiction absolue,  que de définir une "ligne de base" : voilà les courbes moyennes attendues si on consomme en gros les réserves fossiles actuellement prouvées comme économiquement rentables. Tout écart significatif en plus ou en moins devrait être dû soit à ce qu'on en consomme beaucoup moins, soit beaucoup plus. Dans les deux cas, il faudrait expliquer pourquoi.

Si ces courbes sont proches de ce qu'on va réellement consommer, alors on voit qu'on est dans un scénario difficile, mais pas catastrophique. La production énergétique devrait croitre jusqu'en 2030 environ (essentiellement grâce au gaz et au charbon), mais à faible rythme, la production par habitant devant passer par un maximum à peu près en ce moment (autour de 2010), puis lentement décroître. Il n'y a pas d'écroulement - on peut prévoir cependant des situations économiques difficiles à partir de 2015. La concentration en CO2 devrait croître régulièrement jusqu'en 2100, mais avec un point d'inflexion au moment du maximum de production fossile, et atteindre asymptotiquement autour de 500 ppm. C'est plus que les 450 ppm fixé comme "but" (probablement illusoire), mais ça reste modéré (plutot inférieur aux scénarios les plus modérés du SRES, nous en reparlerons dans un prochain post). Le réchauffement attendu avec ces valeurs serait autour de 2°C, peut être un peu plus , avec la sensibilité climatique affichée par le GIEC, et moins si elle est plus faible, comme certains le pensent. Il n'y a donc dans ce scénario ni grosse catastrophe climatique, ni énergétique, mais probablement une stagnation générale de la société. Evidemment dans quelques siècles, la consommation de fossiles devrait tendre vers zéro, mais ce terme est encore assez lointain. 

Dans un prochain post, je ferai la comparaison de ce scénario avec ceux retenus par le GIEC. 

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 10:25

Je présente ici une estimation d’un scénario de production de différents combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon), scénario qui reproduit essentiellement les travaux de Lahérrère et d'autres auteurs de l'ASPO. Je ferai plusieurs posts sur ce scénario, ce premier présentant la méthode de calcul des courbes, avant de présenter des résultats "plausibles", et de les comparer aux autres scénarios (en particulier ceux du GIEC).

 Contrairement à la très grande majorité des scénarios publiés par les agences officielles, ces scénarios ne sont pas basés sur des hypothèses économiques, c’est à dire sur l’estimation des besoins futurs en supposant un certain taux de croissance. Ils sont basés sur des contraintes géologiques, en supposant une certaine quantité de réserves accessibles, et ne font pas d'hypothèse spéciale sur l'économie sous jacente.

C’est une différence de philosophie très importante : le scénario présenté ici ne fait pas d’hypothèses a priori sur la croissance économique future, il suppose qu’elle s’adaptera aux contraintes géologiques. Le résultat, c’est que différentes hypothèses d’évolution de l’intensité énergétique , avec différents efforts d’adaptation, d’économie d’énergies, produiront des effets très différents : dans les scénarios "officiels", la croissance économique est plus ou moins fixée et constante, et donc c’est la consommation d’énergie qui va varier dans des intervalles assez larges si on améliore l'efficacité de l'utilisation énergétique. Alors que dans le scénario présenté ici, c’est plutôt le contraire : la consommation d’énergie est plus ou moins contrainte, et c’est la croissance économique qui s’adaptera. La courbe de production énergétique sera donc essentiellement indépendante des efforts pour "économiser l'énergie", c'est le PIB qui en dépendra fortement - alors que c'est l'inverse dans les scénarios officiels.  Il est important de garder à l’esprit la différence fondamentale que nous introduisons au départ, et qui, comme nous le verrons plus tard, produit -logiquement - des résultats sensiblement différents à la fin.

Revenons à nos scénarios : comment sont-ils précisément calculés ? comme nous l’avons vu, une modélisation approximative de la courbe de production d’une ressource finie est donnée par le modèle de Hubbert, basé sur l’équation logistique. Nous avons vu aussi que ce modèle est approximatif et ne va pas reproduire très précisément la courbe instantanée de production. En revanche, il donne une image générale globale, en ordre de grandeur, de cette courbe.  Et même si cette courbe est fausse, elle permet quand même de définir un « scénario de base » , quitte ensuite à discuter des raisons possibles pour lesquelles le scénario réel pourrait s’en écarter. En quelque sorte, ces courbes fournissent une référence de base.

Pour établir une courbe de Hubbert, il faut connaître trois paramètres. Il y a plusieurs façons différentes de les exprimer, mais il en faudra toujours trois. On peut définir la courbe par exemple par :

  • ·      son intégrale totale (la quantité ultime qui sera extraite à la fin)
  • ·      la date du pic (production maximale)
  • ·      la production annuelle maximale au pic.

Une fois fixés ces trois paramètres, alors toute la courbe est fixée de manière unique.

Comment déterminer ces paramètres ? Bien sûr , en utilisant les informations disponibles. Ces informations sont de deux sortes :

  • -       les informations sur la courbe de production passée, déjà connue
  • -       les études géologiques tentant de déterminer la quantité de fossiles restant sous terre.

Aucune de ces informations n’est très précise : on va donc avoir certainement des barres d’erreurs pour toutes ces valeurs, mais encore une fois le but est surtout d’obtenir une courbe raisonnable.

Une caractéristique intéressante de la courbe de Hubbert est que, loin de son pic, elle est proche d’une courbe exponentielle : soit une exponentielle croissante quand on est loin dans le passé, au début de l’exploitation, soit une exponentielle décroissante quand on a passé largement le pic, à la fin donc de la courbe. Le caractère symétrique de la courbe fait d’ailleurs que le taux de décroissance asymptotique est égal au taux de croissance initial (une remarque intéressante puisqu’elle permet d’estimer le taux de décroissance après le pic à partir de la courbe passée).

Il est d’ailleurs possible de démontrer que ce taux est exactement le double de l’inverse du rapport « réserves sur production » R/P (qui correspond au nombre d’années de réserves ) au moment du pic , soit 2Pmax/R  =4Pmax/Qo , où Qo est la quantité totale d’hydrocarbures extraites , et Rmax = Qo/2 étant les réserves au moment du pic, qui sont exactement la moitié du total dans le modèle de Hubbert.

Ainsi, pour le pétrole, où on estime être proche du pic actuellement, il y a environ 40 ans de réserves. L’inverse de ce temps donne 1/40 = 2,5 % /an, et donc le taux asymptotique de décroissance futur serait, dans ce modèle,  de  - 5 % / an . Remarquons que ce chiffre est proche à la fois du taux de croissance initial de la production pétrolière, et du taux de dépletion actuellement constaté pour les champs « matures ».  Ce qui est assez logique puisque quand le pic sera largement passé, tous les champs seront « matures » … L’estimation paraît donc raisonnable et robuste , et en accord avec les données connues.

Si on impose à la courbe de Hubbert de reproduire la courbe initiale de production, de type exponentielle, cela permet donc de fixer 2 contraintes (une exponentielle « sans pic » n’ayant que 2 paramètres libres, puisqu’elle est du type A exp (r t) ). Il faut donc un troisième paramètre pour déterminer complétement la courbe, et ce 3e paramètre, c’ est justement la quantité finie ultime Qo. En d’autres termes , si on connaît Qo ET le début de la courbe ( approchée par une exponentielle) de croissance, alors la courbe de Hubbert est aussi complétement déterminée (y compris la date du pic et sa valeur).

Les paramètres sont résumés sur cette courbe "typique":

 

Hubbert.jpg

Oui mais comment connaître Qo ? très bonne question bien sûr, c’est l’inconnue essentielle du jeu.  Une première manière est de faire confiance aux estimations sur le contenu des gisements, évalués par des géologues, en tenant compte des taux d’extraction. Evidemment il y a un certain nombre d’incertitudes, les moindres n’étant pas que parfois ces chiffres sont simplement maintenus secrets (une loi en Russie punit pénalement ceux qui divulgueraient des chiffres relatifs aux réserves de pétrole et de gaz.. et pour les pays de l’OPEP, ces chiffres sont simplement des déclarations « sur l’honneur » non vérifiés par des experts indépendants). Une autre difficulté est que les taux d’extraction et les perimètres accessibles peuvent varier avec le temps.

Une autre approche est de regarder plus précisément l’évolution de la courbe de production initiale. Pour cela, il est utile de former le rapport P(t)/Q(t), c’est à dire le rapport de la production annuelle, divisée par la quantité totale qui a déjà été extraite au temps t.

Si la courbe était une vraie exponentielle, ce rapport serait constant et égal au taux de croissance de l’exponentielle, r . En effet si on a P(t) =  A exp(rt), alors Q(t) = A exp(rt)/r  (c’est la primitive de P(t)). Mais dans le modèle de Hubbert , on a P/Q = 4Pmax/Qo (1-Q/Qo) = r(1-Q/Qo) , où on reconnaît le taux de croissance initiale r, mais avec un facteur décrivant une décroissance linéaire de ce taux en fonction de la quantité extraite. Autrement dit, dans le modèle de Hubbert, la quantité P/Q portée en fonction de Q doit décroitre linéairement, alors qu’elle reste constante pour une exponentielle. C’est précisément cette décroissance linéaire qui traduit le fait que la courbe de Hubbert s’écarte de plus en plus de l’exponentielle, jusqu’à ce que P s’annule pour Q = Qo, c’est à dire quand tout a été extrait.

C’est le principe de la méthode dite de « linéarisation de Hubbert » : porter P/Q en fonction de  Q et extrapoler la droite obtenue permet de déterminer Qo par l’intersection avec l’axe des abscisses à P = 0 . Mais là aussi, la méthode suppose que la courbe passée est proche d’une courbe de Hubbert, ce qui n’est nullement garanti. En fait, elle suppose que la décroissance du rapport P/Q suit exactement la loi linéaire de Hubbert, ce qui est rarement le cas. Néanmoins elle a été appliquée, avec plus ou moins de succès (d'autant plus que la courbe est proche d'une courbe de Hubbert, puisque la méthode n'est adaptée qu'à une courbe de Hubbert "idéale"). Par exemple voilà la courbe de linéarisation pour le Texas (source)

http://static.flickr.com/44/145149303_e59bbf9890_o.png

Dans la suite, je ne ferai pas d'études spécifiques basées sur ces courbes, je me contenterai de partir de réserves jugées "raisonnables", qui seront les réserves prouvées + une partie des réserves probables, avec toutes les incertitudes bien sûr sur ces valeurs. Mais comme je disais, l'interêt sera surtout de définir un "scénario de base" et de discuter après ce qu'il faudrait pour le faire varier. 

 

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 08:40

Une inteview d'un ancien expert de l'AIE, qui exprime sans détour son avis sur le futur de la production pétrolière, sur le blog de l'excellent Matthieu Auzanneau, "Oil-Man".

Très instructif, et sans autre commentaire .... à part qu'on dirait que l'AIE multiplie les signaux sous-marins pour exprimer une opinion , qu'elle est probablement empêchée de dire plus officiellement. 

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 13:36

Il y a un certain temps que je voulais parler des différents scénarios envisagés pour le futur de la production énergétique, mais cela demande un certain travail. En introduction, je vais présenter ici un peu plus en détail le principe du modèle proposé par Marion King Hubbert, un géologue pétrolier travaillant pour la compagnie Shell, pour modéliser la production d'une ressource épuisable comme le pétrole. Ce modèle très simplifié est couramment utilisé dans le milieu "piquiste".

 

Je réponds d'avance aux critiques : je ne pense pas du tout que ce modèle soit assez précis pour faire des prédictions quantitatives exactes. Il est simplement utile pour donner un ordre de grandeur sur la durée générale du temps de production et de la période approximative du pic, et peut être utilisé lorsque les détails fins de la production ne sont pas très importants (par exemple pour estimer la concentration totale en CO2 à la fin du XXI siecle, ce qui compte surtout, c'est l'intégrale des fossiles consommés, et pas le détail exact de la courbe de production).

Le modèle a été présenté en 1956 par M. K. Hubbert pour modéliser la production de pétrole des Etats Unis (plus exactement celle des 48 "lower states", les états excluant l'Alaska et Hawaii - qui n'ont d'ailleurs été officiellement annexés par les USA qu'en 1959). En particulier la modélisation n'inclut pas la production de l'Alaska et du golfe du Mexique, j'y reviendrai.

L'idée de Hubbert est que la production suit la courbe de découvertes, décalée de quelques décennies (le temps de mettre en exploitation et de faire monter la production ). Le fait de connaitre les découvertes passées donne donc une idée de la courbe de production - à condition bien sûr que les évaluations des ressources contenues dans les gisements découverts soit correctes.

usa-hubbert.gif

Courbes des découvertes (en vert) et de la production annuelle (en rouge), en milliards de barils des 48 états "inférieurs" des Etats Unis. Les courbes en pointillés sont "lissées" selon la fonction logistique. D'après Laherrère (2003) et Jancovici. 

 

  Elle fait l'impasse sur toutes les fluctuations possibles dues à des causes externes , guerres, crises économiques, révolutions, qui peuvent donner un aspect bien plus chaotique aux courbes de production réelles. Par exemple l'Iran a eu une production bien plus irrégulière ! 

Iran.gif

Pour avoir une expression simple de la courbe, Hubbert adopte une loi simplifiée, la loi logistique que nous avons déjà présentée à propos de la croissance exponentielle. Ici , le rôle de la "population" est joué par la quantité extraite totale. La loi est paramétrée par une quantité "ultime" Qmax qui sera la quantité finalement extraite. Si on appelle Q(t) la quantité totale extraite à l'instant t, la production annuelle représente sa variation annuelle, représentée mathématiquement par sa dérivée, et s'écrit 

P(t) = dQ/dt 

et Hubbert suppose que P(t) est donné par une loi logistique en fonction de Q(t)

P(t) = A Q(t) (1 -Q(t)/Qmax).

Cette loi est bien sûr beaucoup trop simple pour être exacte  ! elle donne simplement un comportement raisonnable dans le sens où P(t) commence à zéro, croît jusqu'à une valeur maximale, atteinte pour Q = Qmax/2 dans le modèle, et redecroît ensuite pour réatteindre zéro quand on a tout extrait. 

La valeur de la production maximale est Pmax = A Qmax/4 ce qui permet de réécrire la loi comme

P(t) = dQ/dt = 4Pmax( Q/Qmax) (1-Q/Qmax)

Les mathématiciens reconnaîtront là une équation différentielle sur la quantité Q(t) dont la résolution est mathématiquement assez simple (le plus simple est de poser y = Qmax/Q ce qui se ramène ensuite à une équation linéaire du premier ordre). Elle permet de trouver la loi 

Q(t) = Qmax/(1 + exp[4.Pmax(t-tp)/Qmax]) 

qui est la loi logistique de Verhulst avec quelques changements de notation.

On trouve ensuite la production 

P = 4Pmax( Q/Qmax) (1-Q/Qmax) = Pmax / cosh[2.Pmax(t-tp)/Qmax]^2 

où la fonction cosh (cosinus hyperbolique) vaut cosh(x) = (exp(x)+exp(-x))/2

les courbes correspondant à la quantité totale extraite Q(t) et à la production P(t) sont les mêmes que celles déjà postées :

productionlogistique.jpg

Exemple de courbes de production logistique annuelle (violet), cumulée (bleu) et comparaison avec une forme exponentielle, en unités arbitraires.

Bien évidemment ces calculs sont théoriques et la loi simple fait l'impasse sur toutes les causes possibles de fluctuations : évènements géopolitiques comme la guerre du Kippour en 73 et la chute du Shah en 79, crises économiques, ... Pour certains pays , elle reproduit bien les données. C'est le cas du modèle "historique" de la production des 48 états américains, qu'Hubbert avait prédit qu'elle piquerait entre 1965 et 1970. Sa prédiction fut vérifiée (de justesse), le pic ayant eu lieu en 1970. 

La production de la Norvège en mer du Nord est aussi un bon exemple :

 800px-Norway_hubbert.jpg

Production pétrolière de la Norvège, comparée au modèle de Hubbert (source : Wikipedia).

D'autres pays ont des courbes beaucoup plus irrégulières comme la Russie, l'Arabie Saoudite ou l'Iran, déjà mentionné (les 3 premiers exportateurs de pétrole)

 

topexport.jpg   

 

on voit que la Russie (partie de l'URSS à l'époque) a passé un premier pic, suivi de l'effondrement rapide de la production accompagnant celui du système économique soviétique. L'amélioration de la situation économique, suivi de l'adoption de techniques occidentales plus efficaces pour l'extraction, a permis de remonter la production jusqu'à un niveau comparable au maximum de 1986. Cependant il semble qu'on soit proche à nouveau d'un deuxième pic.Pour l'Arabie Saoudite, c'est son caractère de "swing state" , qui sert de "fusible" aux fluctuations de l'offre et de la demande, qui explique son caractère irrégulier.

Il y a énormément de discussions pour savoir à quel point la loi de Hubbert peut être utilisée de manière prédictive , en particulier pour estimer la date du pic, la production maximale, et l'intégrale produite. Il est évident d'après les exemples précédents que les fluctuations par rapport à cette loi peuvent être notables ! la loi de Hubbert offre cependant une modèle grossier raisonnable des courbes de production, et, en moyenne sur la production mondiale, on peut supposer qu'elle donne une approximation raisonnable du résultat. Nous verrons dans de prochains posts son application aux réserves prouvées des différents hydrocarbures.

 

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 07:55

Comme les lecteurs l'ont remarqué, nous bénéficions depuis quelques temps des contributions (un peu véhémentes) d'un certain miniTAX, bien connu pour ses positions qu'il qualifie lui -même de "cornucopiennes" , qu'il me permettra de résumer ainsi : toute réflexion mettant en doute le fait que la société industrielle ne fera que s'améliorer est nécessairement absurde et sans fondement. Position qu'il prétend essentiellement défendre selon moi par l'argument (si j'ai bien compris) : ben comme on n'a jamais régressé jusque maintenant, ça prouve qu'on ne régressera jamais.La plupart des arguments ont été échangés de part et d'autres.

Fidèle à ma promesse, je l'ai laissé s'exprimer librement. Néanmoins le caractère un peu répétitif et injurieux de ses posts finit par lasser, et je pense que si il continue dans ce style, je finirai par supprimer ses commentaires contenant des insultes, ce qui devrait l'amener au moins à donner ses arguments de manière plus polie. Il est cependant intéressant de décortiquer le fond de son discours, qui est illustratif (par delà le ton volontairement provocateur et manifestement destiné à "pourrir" la discussion) de certains modes de pensée qui sont probablement dominants dans le monde économique actuel. Je me permets donc de faire un commentaire assez détaillé de sa dernière contribution, en montrant comment il utilise des arguments techniquement exacts pour alimenter une pensée fausse, et par beaucoup de côtés incohérente et auto-contradictoire. Voyons un peu ...

 

****************


Tu as juste collé un lien d'un pichuileux prétendant que l'EIA AURAIT sur-estimé la production en Mer du Nord dans ses prédictions, sans citer aucune source vérifiable.

Techniquement exact : le lien ne mentionne pas explicitement la source. Néanmoins il est très facile de retrouver les prédictions de l'EIA de cette époque , qui sont effectivement celles citées. Minitax se polarise sur un détail en sous-entendant que les chiffres cités de l'EIA sont faux - or ils sont justes. Manipulation.

 

Or l'EIA ne fait PAS de prédictions de production, elle fait des projections càd des prédictions selon des scénarios de croissance économique. Je t'avais demandé précisément de montrer où on trouve l'original de ces prétendues prédictions de production par l'EIA, pour l'instant, tu n'as pas répondu, donc tu n'a rien démontré du tout.

Admirez le jésuitisme : elle ne fait pas de "prédiction de production" mais des "prédictions selon des scénarios de croissance économique". Là encore, techniquement, MiniTAX a raison... et il pointe très bien le problème ! les projections de productions après quelques années ne sont PLUS guidées par l'analyse des champs pétroliers, mais par des projections économiques de demande. Autrement dit elles ne décrivent pas ce qu'on va produire, mais ce qu'on aimerait produire ! c'est du "wishful thinking".

sauf que quelle est la conclusion? qu'elles sont crédibles ? certainement pas, justement. Elles sont totalement hypothétiques. Alors que les prédictions de ceux que miniTAX appelle dédaigneusement les "pic-huileux" sont fondées sur des analyses de contraintes géologiques. Il est exact qu'elles ont souvent été plutot pessimistes, mais fondamentalement, la conclusion d'un pic conventionnel entre 2005 et 2010 a été confirmé par l'AIE, et les crises qui s'en sont suivies correspondent également à cette période. Bien mieux que celles des agences officielles... en 1998, l'EIA voyait un prix stable du pétrole entre 20 et 30 $ et une production croissant sans accident jusqu'en 2020 ! miniTAX se polarise sur l'écart entre les prédictions des "peakoilistes" et la réalité .. sans mentionner que les prédictions officielles s'en sont encore plus écartées !  

 



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"Donc les RP ne sont pas un indicateur fiable de production, et le fait qu'elles augmentent ne veut rien dire. "
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Affirmation gratuite sortie du chapeau, comme dab. Si une hausse des RP et les SOUS-estimations systématiquement passées ne veulent rien dire, alors qu'est ce qu'il te faudrait comme preuve pour réfuter ton idée de pénurie imminente ??? Si rien ne peut la réfuter, alors ce n'est pas un argument, c'est une croyance.

Manipulation et sophismes : miniTAX ne prouve pas du tout que l'usage des réserves prouvées est fiable ! il se contente d'asséner  qu'il a raison. Or l'argument a déjà été donné : les courbes de RP données par l'EIA n'ont rien à voir avec les courbes de production.  Ca n'a rien d'une affirmation "gratuite et tirée du chapeau", elle est tout à fait argumentée. Il suffit d'aller voir les courbes sur le site de l'EIA donné par miniTAX lui même sur la production pétrolière, par exemple

de la Grande Bretagne

ou du Mexique

et d'afficher la courbes des réserves prouvées (proved reserves) et de la production (total oil production) pour constater qu'elles n'ont rien à voir !

On présente à miniTAX des courbes précises, des données, mais il les ignore et leur fait dire le contraire de ce qu'elles disent. La donnée des RP n'est en rien indicative des courbes de production, ce sont juste des estimations subjectives variant au gré de ce qu'on appelle "prouvées". Il s'accroche à un indicateur dont toutes les données passées montrent qu'il ne veut rien dire.

 


Le compte bancaire (les RP) de Bill Gates est en hausse et en plus, on a constaté qu'il a fait des retraits (la production) bien plus importants que ce qu'il déclare, et pourtant tu es en train de dire que sa déroute financière est imminente, c'est une affirmation extraordinaire donc il faudrait des preuves extraordinaires, j'aimerais les voir, pour l'instant, je n'en vois pas.

Sophisme complet, comme si l'argent sur le compte obeissait aux mêmes lois que l'extraction pétrolière. Argument sans valeur.



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"Contrairement à ce que tu dis, l'argument principal n'est pas du tout que les RP sont surestimées ! "
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La théorie du pic est basée sur les RP et la production, et rien d'autre !

Faux : miniTAX confond la notion de réserves prouvées, qui est subjective et politique, et estimation de l'ultime recouvrable, qui est raisonnablement estimé à partir de données géologiques. Les différents pays ont des estimations différentes des RP, un chiffre unique, souvent estimé de manière totalement opaque. Les géologues estiment des ultimes recouvrables avec des barres d'erreurs. Ils peuvent se tromper bien sur, mais c'est un chiffre différent des RP. 

 

Il y a désaccord énorme sur les estimations de RP (il suffit de comparer les valeurs de l'Aspo avec celles de EIA, BP, IEA, voire même de comparer les valeurs de l'Aspo d'une année à l'autre vu qu'elles sont révisées en permanence à la hausse).

Il n'y a pas de controverse sur le montant des ressources conventionnelles. Il y a un désaccord sur le fait d'agglomérer des ressources conventionnelles aux ressources non conventionnelles dans le même chiffre de RP

Et il y a des accusations conspirationnistes permanentes de triche sur les RP par les picquistes (sous-entendu, le problème est pire que prévu), il suffit d'aller sur n'importe quel site pichuileux ou de reprendre les paroles des gourous picquiste pour CONSTATER cette litanie. Prétendre dans ces conditions que la prétendue surestimation n'est pas un argument central dans le discours du PIC est donc une dénégation ridicule. Tes arguments sont tellement bidon que tu te mets maintenant nier ce qui les fonde, la discussion devient grotesque.
 

Déjà répondu. Par ailleurs ce problème n'a jamais été abordé dans mes posts, miniTAX profite d'une tribune pour se répandre en imprécations sur un problème que je n'ai pas du tout discuté. Manipulation, tactique de l'épouvantail. 


Impliquer que l'endettement est dû "en grande partie" à une faible croissance de la production de pétrole est d'une idiotie sans nom. Aucun économiste, même les plus crétins ferait ce genre de conclusion (si tu en connais un seul, tu me le cites, pour l'instant, tu te contentes de sortir des explications bidons du chapeau).

Il est assez savoureux de se réclamer du discours des économistes comme si ils étaient fiables, vu la situation où ils nous ont mis ! Comme dit miniTAX, les économistes les plus crétins ne font pas le lien entre flambée du baril et crise économique. Justement peut être parce qu'ils sont crétins ? ne pas dire la même chose que des crétins est donc, selon miniTAX , "bidon". 


La crise de la dette est due à une dépense inconsidérée des Etats et à la croyance aveugle au keynésianisme (la fameuse "relance" par les dépenses publiques), point barre.

C'est exact : la "croyance aveugle au keynesianisme" a échoué, les dépenses publiques n'ont pas relancé la croissance. Sauf que miniTAX affirme juste au-dessus que le problème ne vient pas du manque de croissance ? allez comprendre .....

 

Il y a plein d'Etats qui n'ont pas de forte croissance et pas de problème de dette (l'Allemagne, la Suisse, les pays nordiques...) et l'explosion de la dette publique avait déjà commencé dès les années 80 où le problème de hausse de production du pétrole ne s'est jamais posée.

Donc avec ce raisonnement : l'idée que le surendettement est lié à un faible revenu est fausse, puisqu'il y a plein de ménages pauvres qui ne sont pas surendettés. Sophisme encore une fois : bien évidemment le surendettement vient d'une mauvaise adéquation entre dépenses et ressources. Dire "ce ne sont pas les ressources qui sont insuffisantes, ce sont les dépenses qui sont trop grandes", ça tient encore du discours en trompe l'oeil. Je dis simplement que les états se sont lancés dans des dépenses inconsidérées parce qu'ils comptaient sur une croissance qui n'est pas venue, ou qui n'est venue temporairement qu'en trompe l'oeil grâce aux emprunts, comme chez les "PIGS", avant de s'effondrer. 

 

Quand on fait du déficit chaque année, on creuse la dette, il n'y a rien de compliqué. La solution est ultra-simple : réduire le train de vie de l'Etat et arrêter de croire que la croissance est stimulée par les dépenses, ça marche comme on peut le CONSTATER il y a 20 ans en Suède ou actuellement en Irlande. Donc tous ça, qui n'a rien à voir avec le pétrole, contredit directement ton analyse risible.
Le pétrole compte pour moins de 3% dans le PIB mondial, dire qu'il est "en grande partie" responsable de la faible croissance et donc de la crise d'endettement, c'est comme dire que la queue remue le chien. Mais visiblement, aucun argument picquiste bidon n'est assez absurde pour que tu y renonces !

là, miniTAX n'est pas coupable : il se contente de répéter le credo économique qui dit que puisque le pétrole représente une faible part du PIB, il ne compte pour rien dans la richesse. Avec ce raisonnement, l'oxygène compte pour zéro dans le PIB, donc il n'est absolument pas indispensable à la richesse. L'oxygène pourrait donc disparaitre de la surface de la Terre sans inconvénient alors ?

le pétrole compte pour peu parce que le PIB mesure la fraction de l'effort économique utilisé pour le produire. La "faible part" veut justement dire qu'il est TRES PRODUCTIF - plus elle est faible, moins on a besoin de travailler pour produire une tep. Et donc plus on est riche. Evidemment si on devait payer 30 % de notre revenu pour le pétrole, ou une autre forme d'énergie, on serait bien moins riche au total non? ça devrait être une évidence : notre richesse est conditionnée à la faible part du coût de l'énergie. Prétendre qu'on n'en est pas dépendant est un contresens complet. Que beaucoup font, soyons juste : ce blog essaye justement de rectifier ce genre d'idées reçues.


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"ah oui tiens .. ben c'etait pas si virtuel que ça en fait, c'était adossé à quoi déjà ? ah oui à des subprimes, des emprunts risqués. Risqués? quels risques ? et pourquoi ce risque n'a pas été bien évalué? qu'est ce qui a foiré? pose toi un peu ces questions aussi .... "
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Le problème des subprimes, ses causes et ses effets a déjà été très bien analysés, tu n'y connais que dalle en économie alors abstiens toi de prétendre que tu y as réfléchi.

Aucune réponse à la question, bien sûr - comme toujours quand il est coincé, miniTAX esquive.

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"je ne crois pas du tout à l'explosion des énergies alternatives avec la crise du pétrole - je crois principalement en la baisse des consommations, de TOUTES les consommations (y compris l'électricité renouvelable et nucléaire) "
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Et ??? Ca ne prouve pas plus que ton choix d'investir dans l'or serait un choix rationnel. Et ça n'explique toujours pas pourquoi toi qui crois à la crise du pétrole et à la baisse de la consommation due à la flambée des prix du pétrole, tu n'investis pas de le baril. Tout ce que ça prouve, c'est que tu investis dans l'or sans savoir pourquoi et/ou que tu ne crois même pas à l'effet que tu prédis d'une crise du pétrole (la flambée des prix). Ca ne donne pas vraiment confiance dans ta stratégie.

 

J'ai donné des liens où j'expliquais qu'une crise du pétrole ne signifiait absolument pas un baril durablement cher, parce que les récessions détruisent la demande. Le prix du baril va donc fluctuer dans des marges assez grandes, ce n'est donc pas du tout un bon placement et je le déconseille sur le long terme :). miniTAX les a lu- mais il fait comme si il les ignorait bien sûr.



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"je ne prévoyais pas des crises "tous les ans", mais des crises entrecoupées de périodes de rémissions, probablement avec des intervalles de 3 à 4 ans. Il n'y a rien actuellement qui contredise ça. "
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Oui donc tu "prévois" ce que n'importe quel amateur en économie sait déjà depuis longtemps (cf l'adage boursier "les arbres ne montent pas jusqu'au ciel") , merci pour l'enfonçage de portes ouvertes.

Un des éléments du discours de miniTAX, les contradictions permanentes : ce que je dis est absurde, mais sans intérêt puisque tout le monde le dit.


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"donc si je te proposais un pari sur le fait par exemple que la production de pétrole va dépasser 100 Mbl/j d'ici 10 ans, tu l'accepterais , si la prédicabilité de la "théorie" du PO est NULLE selon toi, et que tu assènes que tous les paris de ce genre seront perdus, tu n'as aucune raison de le refuser ? "
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Pourquoi 100 Mbl/j et non pas 95 Mb/j, l'un comme l'autre, vu que selon les pichuileux, on est au pic et qu'il est impossible de produire plus (litanie qu'ils nous répètent à chaque fois que la production augmente, lol), tu devrais gagner sans peine non ? C'est marrant comment tu es bien hardi quand il s'agit prononcer de fausses certitudes et de pondre à la tonne des prédiction basées sur de vagues généralités qui ne mangent pas de pain mais dès qu'il s'agit d'aller dans le concret, ta témérité disparaît.

 

Pourquoi pas 95 ? parce que dire que le pétrole va bientot piquer ne signifie pas qu'il a forcément piqué , ni que la production sera certainement inférieure à 95 Mbl/j. En revanche, nier qu'il va piquer signifie qu'il va continuer à croitre, et donc qu'il devrait dépasser 100 Mbl/j. Il n'y a donc aucune contradiction de ma part à estimer que 95 Mbl/j n'est pas une valeur assez assurée pour prendre un pari, mais que 100 Mbl/j l'est. En revanche, miniTAX est dans la contradiction en refusant de prendre un pari sur 100 Mbl/j - si il le refuse, c'est qu'il donne une probabilité significative à l'éventualité que la production pétrolière va piquer - malgré tous ses raisonnements sur l'augmentation des RP avec le prix, il n'agit pas comme si il y croyait lui-même. 


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"Mais ce n'est pas du tout le cas en période de dépletion. Tout comme en période de mauvaises récoltes, c'est la courbe offre(prix) qui se déplace d'ensemble vers les prix plus élevés. (et pas celle de la demande) : quand tu considères l'intersection avec la courbe de demande (prix), qui elle descend, l'intersection offre demande a finalement comme résultat de se déplacer vers un PRIX PLUS ELEVE et une PRODUCTION PLUS FAIBLE (parce que c'est la courbe demande(prix) qui n'a pas changé , et la demande diminue quand le prix augmente)."
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Dans ton raisonnement, tu supposes que "la période déplétion" est irréversible et qu'elle n'entraîne pas une réaugmentation des RP par le mécanisme de l'offre et de la demande (prix plus élevé => plus de profit => plus d'investissement et plus d'ouverture de nouveau puits ou réouverture d'anciens puits => inversion de la déplétion) . C'est comme si tu raisonnes sur UNE période de mauvaise récolte, sans prendre en compte que les milliers d'agriculteurs anticipent de futur profits et vont planter plus pour la saison suivante. Ton hypothèse de travail est archi-fausse donc ta conclusion ne peut qu'être fausse.

Comme dit juste au-dessus, miniTAX ne croit pas plus à la montée infinie de la production, bien qu'il se démène en prétendant le contraire. 

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"Ton raisonnement conduirait à un volume d'échange toujours croissant, ce qui voudrait dire une quantité de pétrole extraite tendant vers l'infini : il est donc forcément bogué. "
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Mon raisonnement n'a jamais été celui-là, ton straw man est grotesque. Si tu ne comprends pas ce que j'écris, tu relis, avec le doigt.

Et voilà. Après nous avoir démontré avec force jurons qu'il était stupide de penser qu'un prix élevé n'allait pas augmenter les réserves prouvées, et tout aussi stupide de penser qu'augmenter les réserves prouvées n'allait pas augmenté la production, miniTAX nous dit qu'il est stupide de penser qu'il a dit que la production allait continuer à augmenter. Ah oui , c'est parce qu'on n'aurait plus besoin du pétrole à l'avenir ? ben dans ce cas l'argument de l'augmentation des réserves prouvées ne sert à rien ! 

miniTAX nous offre un parfait exemple de l'histoire de la marmite rapportée par Freud. Un ami en croise un autre et lui dit sur un ton de reproche :" dis donc, la marmite que je t'ai prêtée, tu me l'as rendue fendue". Et l'autre de rétorquer :" comment cela? d'abord tu ne m'as jamais prêté de marmite, ensuite je te l'ai rendue en bon état, et de toutes façons elle était déjà fendue quand je l'ai prise". 

L'emploi d'une série d'arguments contradictoires (le prix du pétrole ne va pas monter, et si il monte ça va augmenter les réserves, et donc la production, mais de toutes façons on arrêtera d'en consommer parce qu'on en a plus besoin), est un signe clair qu'on cherche à masquer une réalité. L'ironie de l'histoire de la marmite est bien évidemment qu'après avoir entendu la réponse de l'ami, on n'a plus aucun doute sur la réalité de ce qui s'est passé : il parait évident que c'est la réalité la plus simple , qu'il a réellement emprunté la marmite et qu'il l'a fendue, en contradiction totale avec ses dénégations. De la même façon, je suppose que tout lecteur de miniTAX en retirera la même impression (si des lecteurs ont l'impression qu'il est cohérent, ils sont bien sûr tout à fait en droit de l'exprimer - si possible en termes plus polis et mesurés, merci) : comme l'a dit avec bon sens Ricquet, pas besoin d'exponentielle pour comprendre qu'en pompant une ressource finie , elle finit par s'épuiser. Cette réalité simple, miniTAX ne peut pas psychologiquement l'accepter, et il allume un tas de contrefeux et d'écrans de fumée pour brouiller le message à un point tel que plus personne ne sait ce qu'il veut dire, et qu'il donne finalement les meilleurs arguments contre lui. Très instructif, donc ...

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 08:12

Après les réactions au post précédent, j'aimerais rappeler ce qu'ont vraiment apporté les fossiles à notre société moderne.

 

On a tendance à ne parler que de la production d'électricité, pour laquelle effectivement on a le plus de solutions possibles (en fait tout ce qui produit de la chaleur ou du mouvement peut assez facilement être transformé en électricité). Cependant, même pour cela, les contraintes d'ajustement à la demande rendent en pratique impossible de ne pas inclure au moins un moyen d'ajustement de la production souple et rapide, et il n'y en a que deux : l'hydraulique et le thermique. Aucun des systèmes de production électrique ne se passe de l'un de ces deux moyens, pour un montant d'au moins 20 % (même avec du nucléaire ....). Ceux qui ont la chance d'avoir de l'hydraulique en abondance (Norvège, certaines provinces du Canada) peuvent tout faire avec, les autres doivent passer par un minimum de fossiles. Or 20 % de l'électricité fossile , c'est environ 8 % de la production totale d'énergie, et ça, c'est déjà supérieur à la production d'énergie totale par habitant qu'on avait avant l'époque industrielle. On pourrait penser à ne faire que des centrales thermiques à la biomasse (biogaz en particulier), mais rien que faire de l'électricité thermique avec de la biomasse épuiserait déjà pratiquement sa production actuelle.

 

Mais les fossiles servent à bien autre chose que ça. A se chauffer directement bien sûr : on consomme environ 1/3 des fossiles en chauffage. Là encore, des progrès sont certainement possibles, mais même avec un gain d'un facteur 3 (pas gagné), si on devait l'assurer que par des renouvelables, simplement en se chauffant au bois par exemple, on a à nouveau 10 % de la consommation actuelle à tirer sur la biomasse - on l'épuise une deuxième fois.

 

Ensuite, il y a tous les autres usages pour lesquels les fossiles sont quasiment irremplaçables :

 

- les transports - à part des petites voitures citadines, le transport électrique est quasiment impossible à l'heure actuelle. Il est frappant que les premières voitures ont été développées à égalité entre voitures électriques et voiture à essence, comme certains l'ont rappelé. Sauf que la voiture électrique n'a tenu que pendant la période où la voiture était un phénomène marginal limité à quelques riches qui faisait un tour en ville. Dès que la voiture sur des grandes distances ( la route 66....) , les bateaux, les camions, les tanks, les avions, ont commencé à se généraliser, le moteur thermique à pétrole s'est imposé sans rémission. On n'a aucune alternative crédible à ces applications à l'heure actuelle. Et remplacer le pétrole des transports par des biocarburants épuiserait encore (et peut etre plus) les capacités de la biomasse.

 

- la carbochimie : la carbochimie commence avec la réduction des oxydes métalliques par le charbon. Ca concerne pratiquement tous les métaux , et d'abord et avant tout le fer. On croit souvent que l'acier est fabriqué à l'électricité, mais les aciéries électriques ne font que du raffinage de la fonte ou du recyclage des ferrailles. L'opération primaire, la réduction des minerais, se fait toujours dans les haut-fourneaux avec du coke. Il en est de même pour presque tous les autres métaux, y compris l'aluminium dont la réduction demande à peu près autant de charbon que d'électricité (les anodes sont en carbone qui s'oxyde au fur et à mesure). L'aluminium produit autant de CO2 par unité de volume que l'acier (moins par masse parce qu'il est simplement moins dense). Tout faire au charbon de bois (ce n'est possible qu'avec certains bois très particuliers) épuiserait probablement encore une fois la biomasse disponible.

Beaucoup d'autres produits de base : ciment, verre, papier etc .. sont également énergivores, même si l'énergie solaire et l'électricité pourraient etre utilisés, ils seraient sans doute bien plus chers à produire.  Et il y a bien sûr aussi une foule de produits modernes tirés de la chimie organique : plastiques, lubrifiants, peintures, vernis, elastomères, médicaments, colorants,asphalte des routes,  etc, etc .... La carbochimie représente environ 10 % de l'usage fossile - encore une biomasse à produire si on devait le faire en "chimie verte". 

Pour maintenir la société actuelle, il faudrait résoudre SIMULTANEMENT tous ces problèmes. Et il faut comprendre que tous les coûts actuels sont calculés avec une abondance de matériaux bon marchés : on prend le coût du verre, de l'acier, des plastiques, des cables en cuivre.... comme si c'était une donnée éternelle. Il n'en est rien ! tout cela serait probablement BIEN PLUS CHER sans fossiles. Il ne faut pas non plus oublier que tous les minerais s'épuisent et demandent de plus en plus d'énergie à etre extraits et raffinés.

 

Ah, j'ai encore oublié le nucléaire ! d'abord rappelons que le nucléaire actuel n'a que 100 ans de réserves en ne produisant que 5 % de l'énergie mondiale. Il n'a donc aucune chance de remplacer les fossiles à aucun terme raisonnable. Seuls les surgénérateurs pourraient le faire ... à condition d'avoir résolu TOUS les problèmes ci-dessus par l'électricité ! et il faut rappeler que même la surgénération n'assurerait que 1000 ans de consommation actuelle en termes de production globale, mais que la conversion en d'autres formes d'énergie (hydrogène, etc..)  se ferait certainement avec un rendement limité, ce qui réduirait de toutes façons les réserves à quelques siècles. Et ceci, encore une fois, à condition de pouvoir entretenir une filière nucléaire sans fossiles, ce qui n'est absolument pas garanti  !

 

Il n'y a qu'a regarder un chantier comme l'EPR (qui n'est pas un surgénérateur ...) pour réaliser à quel point toutes les énergies alternatives dépendent encore des fossiles :

http://www.univers-nature.com/images/actu/EPR-finlande.jpg

 

Le monde futur sera un monde où tout deviendra significativement plus cher, où la pression sur la biomasse deviendra insupportable et rentrerait en concurrence avec l'alimentation. Utiliser l'électricité pour faire tous ces processus introduirait un surcoût considérable.. qui se répercuterait en retroaction sur le coût même de cette électricité ! il me semble que c'est un défi bien plus formidable qu'une simple décision politique, c'est la conséquence de processus physico-chimiques intangibles qu'aucun économiste, homme politique, ou philosophe n'a le moindre pouvoir de changer. Rien qu'assurer LA MEME consommation énergétique que l'actuelle (qui n'assure, rappelons le, au niveau mondial , "que" 1,5 Gtep /personne et un revenu moyen d'environ 600 € par mois ... ce n'est pas exactement la grande richesse pour tout le monde !!), pose des défis formidables. La faire croître significativement le rend encore plus formidable. Penser qu'il suffit d'en "avoir envie" pour résoudre ce problème me semble très très hypothétique....Après tout personne n'a envie d'être pauvre , ça ne suffit pas à faire que tout le monde soit riche ! 

 

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 16:55

Dans un article paru dans l'Expansion de juillet-août, Jean-Marc Jancovici soutient une thèse quelque peu provocatrice : le nucléaire civil serait un "garant de la paix".

 

Je reconnais que j'admire beaucoup le travail de Jean-Marc Jancovici sur l'étude scientifique approfondie de l'effet de serre et de l'énergie, et c'est même beaucoup grâce à son site que j'ai commencé à réfléchir à ces problèmes; je regrette d'autant plus que sur des sujets comme le nucléaire, il semble tout à coup abandonner une grande partie de son esprit critique et se mette à "raisonner " en fonction d'assertions souvent non argumentées et parfois très contestables. Exemples choisis (les questions du journaliste sont en italique gras, les réponses de JMJ en italique normal, mes commentaires en police normale) : 

 

Pensez-vous toujours que, pour répondre aux défis du réchauffement climatique, le nucléaire demeure un moyen indispensable?

Le monde merveilleux où l'on pourrait se débarrasser de tous les risques à la fois n'existe pas. Je reste persuadé qu'une augmentation de la température moyenne de quelques degrés sur un siècle aura des conséquences infiniment plus graves que la destruction d'une centrale nucléaire de temps en temps.

Autant on peut partager sa première phrase, autant la deuxième apparaît dès le départ comme une profession de foi sans aucune justification raisonnable. Sur quelle base JMJ affirme-t-il ça, et que veut dire "quelques degrés" ? deux ? cinq ? dix ? et "la destruction d'une centrale de temps en temps", qu'est-ce à dire? une par siècle? par décennie? par an ? où et dans quels pays du monde ? comment comparer les "gravités" sans répondre à ce genre de détail ? 

 Le nucléaire crée moins de risques qu'il n'en évite : moins on recourra au nucléaire civil, plus on sera menacé par des chaos économiques et sociaux, des guerres, des dictatures, et même... une guerre nucléaire ! Le nucléaire civil peut concourir au maintien de la paix dans le monde.

Assertion manquant tout autant de fondement, sans le moindre essai de rationalité. Si le nucléaire militaire a peut être évité des guerres entre puissances nucléaires, le nucléaire civil n'a jamais empêché à des pays puissants d'entrer en guerre, y compris et surtout pour des ressources d'hydrocarbures  ! il n'est qu'à mentionner l'attaque de l'Afghanistan par l'URSS après la chute du Shah, certainement liée à la protection de ses ressources gazières et pétrolières des républiques asiatiques, et les deux guerres d'Irak menées par les Etats-Unis. Des puissances pourtant tout ce qu'il y de plus nucléarisées ! 

Sans même parler de CO2, le nucléaire est beaucoup moins dangereux que le charbon. Depuis la catastrophe de Fukushima, qui n'a pas fait un mort du fait du surplus de radiations, le charbon a déjà tué 1 000 personnes dans les mines.

Sauf que le "danger" ne se mesure pas qu'au nombre de morts immédiats, et de plus le nucléaire conduit à des mesures de protection de la population sans commune mesure avec des accidents du charbon - mais extrêmement coûteuses pour les pays victimes d'accidents majeurs.


Dans votre nouveau livre, vous développez un point de vue original en établissant un lien entre la croissance économique et l'approvisionnement énergétique. Pourquoi?

Transformer le monde ou utiliser de l'énergie, c'est (par définition en physique) exactement la même chose. L'énergie a procuré à chaque Occidental la puissance mécanique de plusieurs milliers d'esclaves, capable d'exploiter les ressources de la planète à un prix ridiculement bas. La véritable cause de la hausse de notre pouvoir d'achat, c'est l'énergie à profusion.

Tout à fait d'accord avec JMJ sur ce point, et le plus étonnant est que ce point de vue paraisse révolutionnaire ! sauf que ... si on considère qu'il faut accepter de réduire la consommation de fossiles pour éviter la pollution de CO2 (point en lui même qui mériterait discussion, en tout cas sur le point exact où ça devient nécessaire), alors pourquoi la production d'énergie nucléaire deviendrait-elle , elle, indispensable et incontournable, quel que soit le risque associé ? la différence de traitement est étrange .... 

Peut-on y trouver une explication aux révoltes du Proche-Orient et du Maghreb?

Oui. Tout d'abord, 15 % de la production mondiale de céréales sont déjà utilisés pour faire des agrocarburants, en réponse à l'insuffisance de pétrole. C'est autant qu'on ne met pas sur le marché mondial, et c'est un scandale. Vient ensuite le pic caniculaire en Russie en 2010, cohérent avec ce qui est attendu du réchauffement global, qui a amené ce pays à supprimer ses exportations de céréales. Ces deux causes conjuguées ont contribué, en 2010, à doubler le prix de presque toutes les céréales.

Or, au Maghreb, la sécheresse s'étend (en cohérence avec un réchauffement global), obérant les résultats agricoles, sur un fond de forte progression démographique.

Alors là, on frise la malhonnêteté intellectuelle. D'abord, le nucléaire n'entre pas du tout en concurrence avec le pétrole, qui ne produit de l'électricité que dans des pays du Tiers monde qui seraient bien incapables de maintenir une énergie nucléaire. Dans les autres pays, il remplace surtout le charbon et le gaz, qui ne sont PAS (encore) en dépletion. Le nucléaire ne change RIEN à la dépletion pétrolière, et JMJ le sait naturellement parfaitement. 

Et pour finir ce panorama par une petite "taquienrie", contrairement à une idée en apparence sympathique défendue par des militants ignorants des ordres de grandeur, le grand compétiteur du nucléaire dans le monde n'est absolument pas l'éolien, mais le charbon. 

Eh oui, M. Jancovici, vous le savez, le concurrent du nucléaire est le charbon, pas l'éolien... ni le pétrole !!!

Alors on va dire, ben quand même, ça évite de brûler du charbon ! à un détail près .. la soif d'énergie est telle que le nucléaire n'empêchera pas de brûler EN PLUS du charbon ! et sur le fait d'associer un évènement exceptionnel comme la canicule en Russie au réchauffement climatique, d'une part c'est contestable d'un point de vue statistique, et d'autre part il est bien évident que le nucléaire n'a évité que quelques ppm de CO2 depuis le début de son utilisation et n'aurait jamais pu changer significativement ce risque. Encore une fois, une utilisation surprenante d'arguments affectifs non justifiés par des chiffres de la part de ce polytechnicien, qui se présente comme rationnel (et l'est souvent par ailleurs). Les problèmes de ressources alimentaire seront essentiellement des problèmes locaux de pression démographiques et de ressource en eau pour l'irrigation, et le nucléaire n'y changera strictement rien.

Alors, pourquoi y a-t-il tant de critiques climatosceptiques?

L'explosion du "climatoscepticisme", en 2010, est, selon moi, une conséquence de la crise économique. La mauvaise foi a servi d'argument à un refus inconscient de faire encore plus d'efforts que ceux déjà imposés par la crise. Scientifiquement, il n'y a rien de neuf : l'effet de serre est connu depuis un siècle et demi, et la variation globale de température provoquée par un doublement du CO2 dans l'air est calculée depuis un siècle. C'est la compréhension des risques et des efforts à faire qui est récente. Les médias n'insistent pas assez sur un chiffre : 5 degrés d'augmentation de la température planétaire, c'est un changement d'ère climatique. De l'ère glaciaire au climat actuel, il n'y a eu que 5 degrés de réchauffement global !

Je ferai d'autres posts plus détaillés sur les scénarios, mais disons le tout de suite : les 5 degrés sont le résultat de projections probablement irréalistes de ressources fossiles, qui sont en particulier totalement contradictoires avec une pénurie énergétique proche. Il est étonnant qu'à quelques lignes d'intervalle, JMJ jongle avec deux arguments parfaitement contradictoires. Pire, toutes les réserves de nucléaire conventionnel mondiales sont bien incapables d'éviter un réchauffement de 5 degrés si il arrivait, tout simplement parce que leur montant est très loin d'être équivalent à  la quantité de fossiles qu'il faudrait bruler pour l'atteindre ! autrement dit si la soif d'énergie du monde est telle qu'il a besoin de cette quantité de fossiles, alors le nucléaire conventionnel ne peut pas s'y substituer. Il faut passer à des surgénérateurs, mais en fait, à des milliers de surgénérateurs partout dans le monde, y compris des pays peu fiables techniquement et politiquement, pour une technique qui n'a encore jamais marché dans les puissances les plus industrielles du monde.... JMJ se garde d'insister sur ce point ! 

 

Je lance un défi à M. Jancovici, si il lui advient de lire ce blog : nous présenter un scénario quantitatif réaliste où l'absence de nucléaire conduirait à une catastrophe climatique, alors que sa présence l'éviterait. Je ne pense pas qu'il trouvera un seul scénario réaliste où c'est la présence ou l'absence de nucléaire qui ferait la différence entre les deux. 

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