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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 03:27

Hier soir, au sortir d'une soirée, la neige s'est mise à tomber sur Grenoble, avec une chute des températures de 10 °C, une situation jugée par Meteo France digne d'un mois de janvier. 

Ca m'a rappelé une de mes premières interventions sur Realclimate, un forum tenu par des climatologues professionnels, où je posais en substance la question suivante : "bon, je suis tout à fait à m'inquiéter pour les conséquences d'un changement climatique, mais pourriez vous me les expliquer en termes concrets pour quelqu'un qui vit en Europe comme moi, qui a une profession intellectuelle payée par l'Etat : qu'est ce que ça changerait au quotidien, dans sa vie de tous les jours, si le monde prenait entre 2°C ou 3°C de plus ?"

Les réponses à cette question quand même plutôt simples sont étonnament vagues et dilatoires. Certes, certains forumeurs agitent le spectre d'une baisse massive de la production agricole et d'une famine généralisée, mais il semble quand même que cette perspective soit assez éloignée de ce que prévoient les modèles climatiques pour une variation de cet ordre.  Une des réponses qui revenaient le plus souvent, c'est "les stations de montagne n'auront plus de neige".

On peut discuter de savoir si un pays comme la France serait vraiment incapable de s'adapter en 100 ans à la catastrophe économique incommensurable que serait l'absence de neige des pays de moyenne montagne, mais aussi, on peut s'interroger si l'économie du ski pourrait résister aux efforts qu'on devrait faire pour diviser notre consommation carbone par quatre. Parce qu'il faut bien avouer que partir en vacances, en faisant plusieurs centaines de kilomètres, pour habiter une semaine dans des endroits loin de tout, totalement artificiels, sous perfusion d'énergie fossile, pour le plaisir de glisser sur des pentes neigeuses, ça n'a pas un bilan carbone extraordinaire. Il est quand même assez surprenant de voir justifier des efforts pour conserver une activité, que ces mêmes efforts auraient probablement pour effet de supprimer de toutes façons. Incidemment le même genre de problème se pose pour des pays comme les Maldives, qui se prétendent victimes du réchauffement climatique, mais dont l'économie est entièrement basée sur les activités qui sont censées le produire , mais c'est un autre sujet que je traiterai plus tard. 

Mais même l'idée que la neige disparaîtrait de nos montagnes ne semble plus aussi évidente. Dans la décennie 90, il y avait plusieurs hivers très doux (je me souviens une année de températures de plus de 20°C en janvier), et il était à la mode de prévoir la disparition prochaine rapide de la neige en hiver. Ainsi l'office météorologique britannique avait prévu au début dans les années 2000 que "la neige est maintenant juste une chose du passée", avec une description larmoyante de tous les effets : plus de ski, de patinage, de boules de neige pour les enfants, voire, ô sacrilège, les changements de représentations culturelles liés à Noël. 

Petit problème, dans la décennie qui a suivi, il y eut plusieurs années bien enneigées, avec un particulier des chutes de neige abondantes sur la Grande Bretagne, paralysant à plusieurs reprises le pays.

En 2001, la Grande Bretagne connut sa nuit de mars la plus froide depuis 1965.

En janvier 2003, une vague de neige et de froid s'abattit sur la Grande Bretagne, en causant un chaos gigantesque. 

La situation se répéta en 2004.

En 2005, la Grande Bretagne connut 25 grosses chutes de neige, une situation décrite dans le Wiki comme l'année record de neige depuis .. 1876.

En février 2007, de nouvelles chutes de neige plongèrent à nouveau la Grande Bretagne dans le chaos.

En 2008, Londres connut ses premières chutes de neige en octobre depuis 74 ans,(une situation qui se reproduit cette année donc) provoquant un mort et des milliers d'habitants privés de courant . Un peu plus tard en février 2009, la Grande Bretagne connut un nouveau chaos avec les plus grosses chutes de neige depuis 18 ans.

L'hiver 2009-2010 a été décrit comme "inhabituellement froid sur toute l'Europe" avec des chutes de neige en janvier jusqu'à Grenade en Espagne. La Grande Bretagne fut totalement recouverte de neige à cette époque, l'hiver étant qualifié de plus froid depuis 30 ans.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5d/Great_Britain_Snowy.jpg

C'est cette année qu'eut lieu le sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique, sous le blizzard... 

 

2011 connut aussi ses belles chutes de neige, qui se poursuivirent jusqu'au mois ... de mai , et donc, l'hiver 2012 s'annonce plutot en avance !

En lisant cette compilation, on se dit que les représentations culturelles de Noël des petits britanniques n'ont pas l'air de s'apprêter à changer ....

Notons que ces évènements eurent lieu alors que l'Europe venait de connaître un réchauffement significatif de près de 1°C dans les décennies précédente, supérieur à la moyenne mondiale. 

http://berkeleyearth.lbl.gov/auto/Regional/TAVG/Figures/europe-TAVG-Trend.pdf

 

Ce réchauffement a été qualifié de "cataclysmique" après la canicule de 2003, bien visible comme un pic sur le graphe ci-dessus... avant qu'une vague d'étés pourris ne déçoive à maintes reprises vacanciers ... et prévisionnistes, comme dans l'affaire de l'été 2009 annoncé comme un "barbecue summer" par le Met Office et terminé piteusement dans la pluie.

Evidemment, face à une situation aussi contraire aux prévisions, les climatologues ont eu une réponse : ah non finalement le réchauffement climatique n'allait pas forcément réchauffer, il pouvait aussi refroidir, en modifiant la circulation atmosphérique circumpolaire ! en effet ces vagues de froid semblent dues à un affaiblissement du courant circumpolaire qui protège d'habitude l'Europe du froid trop intense, laissant l'air des pôles déferler sur ce pauvre continent. On a aussi évoqué la faiblesse de l'activité solaire, ou la fonte de la banquise ...Maintenant les hivers froids sont annoncés comme "la preuve du réchauffement climatique", n'en déplaise aux climatosceptiques !! 

Hum, il y a de quoi rester perplexe ... dans ce cas,  des hivers chauds devraient être considérés comme la preuve qu'il n'y a pas de réchauffement ?

Bon, peut être, admettons que le RC provoque des hivers froids ... mais ...  ils ne le savaient pas en 2000 ? 

Manifestement, les climatologues sont incapables de le dire précisément. Tout comme ils sont incapables de dire si le RC provoquerait plus ou moins de pluie en Afrique de l'Ouest, une question pourtant essentielle quand on veut évaluer les conséquences humaines du réchauffement. Finalement revenons à notre question de départ : c'est QUOI les conséquences concrètes sur la vie des gens du réchauffement climatique ? pas de neige ? d'avantage de neige ? autant de neige ? est ce que les évènements de la première décennie du 3e millénaire sont exceptionnels? ou rester la norme ? apparemment personne ne peut le dire précisément.

Pourtant bien sûr, nous le savons tous, les modèles climatiques sont fondés sur de la physique rigoureuse et bien connue ! oui mais ... voilà, la Terre est un système complexe, bien trop complexe pour que nos belles équations, même entrées dans les programmes de plus gros ordinateurs du monde, puissent en sortir des prédictions fiables. En réalité on voit bien que les climatologues ne font que suivre l'actualité des dix dernières années, mais que l'extrapolation à la décennie suivant est plus qu'hasardeuse. Qui sait les surprises que la prochaine décennie nous prépare ...

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Published by climatenergie - dans Climat
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commentaires

celain 15/11/2012 08:07


il neige certainement on octobre

sham 14/11/2012 17:00


ok merci de l'analyse. vous avez raison pour votre remarque sur les stats. je posterai peut-être un résumé de ce que vous dites sur le site pour voir quelles sont les réponses. à moins que vous
ne le fassiez vous même :)

sham 14/11/2012 16:22


Bonjour,


peut-être avez vous vu cet article?


http://www.skepticblog.org/2012/11/14/bride-of-frankenstorm/


ça donne quelques éléments de réponses sur les conséquences à court terme du réchauffement climatique. ce sujet semble vous agacer pas mal et je comprends certaines de vos préoccupations. le
réchauffement climatique semble être un excellent argument pour préconiser des restrictions budgétaires à la population, mieux vaudrait tout de même savoir si ça en vaut la peine.


vous me direz ce que vous en pensez scientifiquement (de l'article).

climatenergie 14/11/2012 16:48



Bonjour


d'une manière générale, faire une liste de catastrophes est une très mauvaise manière de faire des statistiques, parce qu'on raisonne dans un ensemble "ouvert", non défini à l'avance, dans lequel
on ne sélectionne que ce qui nous arrange. Après tout, vous pourriez aussi bien voir dans cette liste la preuve que la fin du monde s'annonce bien pour le 21 décembre, si c'est la thèse dont vous
êtes persuadés à l'avance.


Je suis en désaccord avec la phrase : 


Sandy could have been an ordinary storm in an earlier time before climate change, but it became a “Frankenstorm on
steroids” thanks to warmer oceans, moister atmospheres, higher sea level, and the shifting of the jet stream due to Arctic warming. 


simplement parce que c'est en contradiction avec les effets quantifiés donnés dans l'article. Les effets du RC n'ont certainement pas eu comme conséquence de faire passer Sandy d'un ouragan
"ordinaire" à un ouragan "monstrueux". La hausse de température liée au RC selon les modèles est de l'ordre de 0.5 °C soit 1 F, et d'après la citation de Trenberth, ça augmente de 4% le taux
d'humidité de l'air - l'anomalie de température de la surface de l'océan était de l'ordre de 3°C soit 6 fois plus élevée. La hausse du niveau de la mer depuis 1970 n'est de l'ordre que de 10 cm,
et encore, elle montait aussi avant, donc si on regarde que le supplément du au RC, ce n'est que de quelques cm. Etc, etc.. enlevez quelques cm d'eau et quelques % d'un ouragan qui passe sur New
York au moment d'une grande marée de pleine lune, et vous obtenez ... encore un ouragan qui passe sur New York au moment d'une grande marée de pleine lune, avec les mêmes conséquences.


 


Vous ne pouvez attribuer clairement un évènement exceptionnel à une cause que si la cause a provoqué une modification des conditions bien supérieure aux fluctuations aléatoires qui existaient
sans cette cause. Et il y a des cas où c'est bien sûr évident : par exemple l'impact anthropique sur le paysage des villes est évident par rapport à celui du milieu naturel. Mais ce n'est pas le
cas des conséquences du RC, suivant les chiffres donnés dans l'article même - et la conclusion est donc erronée. Un ouragan avec les mêmes conséquences pratiques que Sandy avait autant de chances
de se produire avec ou sans RC, puisque si on enlève son influence, les conséquences auraient été pratiquement les mêmes. 



the fritz 06/11/2012 18:42


http://www.dailymail.co.uk/news/article-2227640/UK-Weather-Snow-hits-southern-England-heavy-rain-sparks-flood-warnings-country.html


Snow-vember's here: Blizzards sweep in leaving 6in blanket of white as heavy rain sparks flood warnings across Britain


Read more: http://www.dailymail.co.uk/news/article-2227640/UK-Weather-Snow-hits-southern-England-heavy-rain-sparks-flood-warnings-country.html#ixzz2BSuvj600
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En tout cas en novembre , il semble qu'il y en a pas mal; lien donné par BOb sur skyfall

HuguesL 06/11/2012 16:42


@alphagruis


Je ne pense pas que des predictions par essence incertaines soient depourvues d'interet! Des scenarii judicieusement varies peuvent donner une idee de quelles evolutions on quelle probabilite.


Des lors, on ne peut bien sur pas controler par avance le resultat d'une decision, mais on peut tout de meme choisir une option qui a une plus grande probabilite d'avoir un impact "souhaitable".


 


 

climatenergie 06/11/2012 16:56



Bonjour Hughes


ce serait intéressant si il était effectivement possible de définir et d'utiliser concrètement une loi de probabilité. Malheureusement, ce n'est pas le cas : les scénarios énergétiques ne sont,
de l'aveu même du GIEC, que des "storylines" et ne sont associées à aucune loi de probabilité (on se contente de dire "il pourrait se passer ça ... ou pas"). Et les modèles climatiques ne sont, à
ma connaissance, pas affectées d'une loi de probabilité de véracité (établir une loi de vraisemblance sur les modèles en faisant une statistique sur leurs résultats est à mon avis un contresens
épistémologique tout à fait ridicule ...).