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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 08:43

Une "breaking news" publiée dans Science : l'expérience OPERA s'apprête à annoncer que la mesure d'une vitesse superluminique des neutrinos est sans doute due à une mauvaise connexion sur une fibre optique , qui enlevait artificiellement 60 ns au temps de vol.

http://news.sciencemag.org/scienceinsider/2012/02/breaking-news-error-undoes-faster.html

Ce n'est pas l'explication que j'avais proposée, qui avait fait l'hypothèse qu'il n'y avait aucune grossière erreur de ce genre, et qui proposait un effet plus subtil, mais classique, qui n'a pas été confirmé par des mesures ultérieures (il fallait néanmoins s'en assurer). Mais cette nouvelle confirme totalement la philosophie que j'avais adoptée après cette nouvelle : face à un résultat très improbable, donc très spectaculaire (forcément), la théorie des probabilités (plus précisément les probabilités bayesiennes) doivent conduire à privilégier l'hypothèse d'une erreur , par rapport à celle que le résultat est juste - sauf si on acquis la certitude qu'une erreur est très improbable. En fait y croire exige qu'on ait fait une preuve soigneuse qu'une erreur est quasiment impossible. Ce qui peut être le cas si la mesure a été confirmée par de nombreux observateurs indépendants par exemple, ou bien encore dans le cas d'une mesure "de zéro" où on observe une absence de variation, comme la mesure de la vitesse de la lumière par Morley et Michelson, une erreur instrumentale étant peu susceptible de produire un résultat exactement nul. 

 

Ce n'était pas du tout le cas de l'expérience OPERA bien sûr, qui d'une part n'avait qu'une seule mesure , et d'autre part reposait sur un grand nombre de corrections délicates, dont chacune pouvait être susceptible de causer une erreur expérimentale. On était donc dans le cas typique où l'hypothèse d'une erreur devait être considérée comme bien plus probable qu'un vrai résultat. Il est néanmoins instructif d'observer que les réactions ont été , dans l'ensemble, inverses, chez la plupart des commentateurs, aussi bien dans le public que chez les scientifiques, privilégiant l"hypothèse de la réalité du résultat. Cela doit nous faire réfléchir, encore une fois, sur les vraies raisons pour lesquelles nous élaborons nos croyances, des raisons qui sont finalement plus souvent causées par des arguments affectifs (on "aimerait" croire qu'il se passe des choses extraordinaires) que par l'analyse rationnelle des données. Ce biais arrive probablement dans beaucoup d'autres domaines, y compris ceux discutés sur ce blog - il est utile de garder à l'esprit la fragilité de notre jugement face à l'inconnu ...

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Published by climatenergie - dans Général
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commentaires

the fritz 25/02/2012 11:51


Mais comment, vous vous dites scientifiques et vous ne connaissez pas Monsieur Huet? Allons! Allons !

reglisse 25/02/2012 10:20


Arff!


Je ne connais pas Monsieur Huet mais je doute que ce soit Dario Autiero qui ait pris l'initiative de l'appeler...C'est pas plutôt l'inverse?


A partir de là, la façon dont "le sieur Huet" a rapporté leur échange, il n'en est pas responsable, quand même...ni de la façon dont il a été compris. Non?

the fritz 25/02/2012 09:34


Dario Autiero, le reponsable du système de mesure du temps de vol des neutrinos vient de m'expliquer au téléphone


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Réglisse,


quand on connaît l'impartialité du sieur Huet, sa rigueur scientifique et ses connaissances approfondies,   on ne lui téléphone pas pour réclamer de l’aide et expliquer un phénomène inconnu

reglisse 25/02/2012 09:06


Bonjour à tous.


"quand le besoin de se faire de la pub devient plus pressant que de vérifier des annonces de ce types, on discrédite sa profession et les futurs résultats"


Hmmm...je n'ai pas l'impression qu'ils aient tant voulu se faire de la pub que de réclamer de l'aide pour expliquer des résultats qu'ils n'arrivaient pas à comprendre...après, ils ne sont pas
maitres de la façon dont leur attitude est perçue par ce même grand public, qui lui ne la voit qu'à travers le filtre des médias généralistes. Mais c'est un peu le cas pour tous les domaines
scientifiques, et je vois pas bien comment y remédier...

the fritz 23/02/2012 21:50


Le grand public va finir par croire que les scientifiques de tout poil , qu'ils soient physiciens , astrophysiciens, climatologues, biologistes, sont des charlots; quand le besoin de se faire de
la pub devient plus pressant que de vérifier des annonces de ce types, on discrédite sa profession et les futurs résultats