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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 16:01

Une amie médecin me demandait il y a quelques jours, à propos d'un proche ayant subi (avec succès) une opération de la cataracte : "Est ce que tu crois que ce genre d'opération ne va plus être possible quand il n'y aura plus de pétrole ?"

Ma réponse a été : ce n'est pas une question de ce que ça coûte en énergie. Evidemment on aura encore pendant très longtemps la possibilité technique de réaliser ces opérations. Mais le problème n'est pas là. Il est dans le fait que les pénuries énergétiques provoqueront des crises économiques, et que les gens auront simplement moins d'argent pour se faire soigner.

L'actualité m'a malheureusement fourni une illustration flagrante de ce problème. La firme pharmaceutique Merck a annoncé récemment qu'elle suspendait la fourniture de son médicament anticancéreux très utilisé dans le monde, l'Erbitux, aux hopitaux grecs, pour cause d'impayés. L'article de l'Humanité rappelle qu'une loi récemment passé en Grèce fait perdre le bénéfice de la sécurité sociale après un an de chomage. Un reportage du New York times évoque le cas terrible d'une femme sans emploi, qui avait une tumeur diagnostiquée depuis un an, mais qui faute d'être soignée, l'avait laissé grossir à la taille d'une orange, provoquant une plaie béante qu'elle épongeait avec des mouchoirs en papier.

Evidemment, on ne peut que déplorer l'application brutale des lois du marché à la santé publique, mais le système mondial est ainsi fait que les pauvres ont bien sûr bien moins accès aux soins que les riches. L'effet d'une crise économique se traduit immédiatement par des difficultés accrues de tout genre, y compris dans la possibilité de se soigner. On retrouve ici en miroir négatif la question que je posais sur mon précédent billet , sur les conséquences d'une crise climatique. Les crises énergétiques, si il se confirme qu'elles deviendront la règle dans les décennies qui viennent, auront un effet bien plus rapide, plus dévastateur, et plus implacable sur la vie des gens.

Le problème du discours climatique est qu'il a été bâti sur une hypothèse initiale, celle d'un monde en croissance continue au XXIe siècle, sans interruption de la création continuelle de richesse, mais en s'intéressant à des conséquences secondaires de cette création de richesse. Il faudrait réaliser que la situation réelle n'est pas du tout celle-là. Le peu de croissance résiduelle qui reste possible fera l'objet d'une lutte féroce pour s'accaparer le faible supplément de ressources énergétiques que nous pouvons encore exploiter, avant leur décroissance inéluctable. Le rééquilibrage (qui en soit est normal) entre pays pauvres en croissance et l'Occident se traduira forcément par une baisse nette de niveau de vie de celui-ci, simplement parce que le monde est devenu  trop petit pour assurer à tout le monde notre richesse actuelle. Il devient urgent de réaliser que ce problème n'est pas conjoncturel et ne sera pas résolu par des mesures financières ou politiques, il s'inscrit dans une logique profonde et implacable de l'histoire, à laquelle nous serons tous soumis. Même si les hommes politiques passent leur temps à nous promettre des recettes miracles pour sortir de la crise, ces promesses n'engageront que ceux qui y croient - et les désillusions récentes de tous les dirigeants ayant promis à leurs électeurs des mesures efficaces pour sortir de la crise, en provoquant immanquablement déception et rancoeur de ne pas y être parvenus (faut-il vraiment citer des noms ?) , doivent nous servir de leçon. Il faut dès maintenant réfléchir aux mesures de solidarité indispensables pour préserver les plus pauvres, qui seront comme toujours les premières victimes de ces crises. 

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Published by climatenergie - dans Société
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commentaires

jiji 26/11/2012 19:00


J'adore votre article, je vous propose de poster mon lien http://modevieenergie.secondes.info/


en échange je posterai le votre merci;

alphagruis 10/11/2012 12:57


Robert,


Au lieu de parler si vite de ce que vous ne connaissez pas je vous suggère de commencer par lire calmement et patiemment le travail de Price que je citais en même temps que mon exemple soi-disant
pas représentatif.


Et dont l'accès intégral est totalement gratuit.


 


 

Robert 09/11/2012 22:59


 


 


je réagissais juste à cette phrase : " A Yaoundé où la nourriture occidentale est arrivée et commence à devenir populaire (confitures, patisseries, huile frelatée etc) les caries sont arrivées
aussi et donc avec. . Une population de 6o personnes est tout sauf représentative


D'autre part on dirait que les caries ont peut-être toujours existées:


http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2012/09/30/homme-prehistorique-aussi-allait-chez-le-dentiste/

alphagruis 09/11/2012 13:30


Gilles, je suis bien d'accord avec vous et les Africains que je connais et qui ont donc toutes leurs dents intactes dans leur village sans eau courante ni électricité n'ont d'ailleurs le plus
souvent qu'un rêve en tête: partir en ville voire en Europe ou aux US pour accéder à ce que la civilisation a apporté au genre humain. Le téléphone portable par exemple constitue comme on peut
s'y attendre une "addiction" particulièrement spectaculaire sur tout le continent des "palabres".


Mais je pense qu'il est néanmoins intéressant et important de savoir et d'expliquer à la fois à ces Africains ce qu'ils risquent de perdre et aux civilisés ce qu'ils ont déjà perdu. Car l'immense
majorité des uns et des autres n'en a pas vraiment conscience, me semble-t-il.

alphagruis 09/11/2012 10:29


Bien que le meilleur cotoit souvent le pire le net est merveilleux, en effet, Robert...


Eh oui, c'est "incroyable", la révolution néolithique caractérisée par l'agriculture basée sur les céréales comme le blé ou le maïs s'est en effet "accompagnée de quelques inconvénients".


Comme ceux d'un brusque besoin de "dentistes" pour beaucoup de peuples qui à l'époque adoptaient avec enthousiasme un régime alimentaire "moderne" basé massivement sur ces grains et qui
accompagnait ce nouveau mode de subsistance.


Pour les peuples et cultures qui avaient (ont quelque fois encore aujourd'hui pu ou dû) gardé(r) un mode de vie plus "ancestral" de type chasseur-cueilleur comme les inuits  ou plus proche
de ça avec un "agriculture" se réduisant peu ou prou à la culture de tubercules comme en Polynésie, ou en Afrique Equatoriale par exemple, les caries dentaires restaient (sont encore) très rares
voire totalement absentes.


 

climatenergie 09/11/2012 10:36



si ce n'était que les caries ... :)


le passage à l'agriculture a indéniablement entraîné des dégradations dans les conditions de vie pour plusieurs aspects 


* comme vous le signalez, alimentation riche en sucre et en produits pas toujours bien supportés (gluten, laitages)


* développement des maux dûs au travail de la terre (déformation du squelette, accidents ..)


* développement des maladies et épidémies par le contact répété avec les animaux d'élevage, réservoirs de la plupart des virus qui touchent les humains.


* développement des conflits pour l'accession à la propriété des terres, d'où la généralisation des guerres et morts violentes


... bon mais à côté de ça, et MALGRE tout ça, développement spectaculaire de la population humaine, et développement d'un artisanat, puis d'une industrie, produisant une multitude d'objets dont
nous avons bien du mal à nous passer ...


 


donc l'un dans l'autre, il semble que la population humaine considère finalement qu'aller chez le dentiste est un prix peu cher payé pour pouvoir continuer à regarder TF1 et partir en vacances à
l'autre bout du monde, à tort ou à raison : c'est juste une constatation !