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Réflexions sur l'énergie, le climat, et l'avenir de l'humanité ....

Dimanche 9 octobre 2011 7 09 /10 /Oct /2011 09:05

L'intellectuel (je pense qu'il mérite quand même ce nom) Pascal Brückner vient de sortir un ouvrage au vitriol contre les "fanatiques de l'Apocalypse".

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/Grandes110/7/1/4/9782246736417.gifSuivant le mot de l'éditeur :

 

En apparence, il n'y aurait rien a dire contre tous les discours qui prétendent sauver la Terre, en réduisant nos dépenses d'énergie, en consommant moins, en gaspillant moins, mais si l'on creuse sous la façade de la décroissance souriante, que trouve-t-on ? Rien d'autre que la haine de l'homme ! Ici, ce sont des vers qu'on a élevés en cave, là c'est le retour de l'homme sauvage, laissant la plus petite empreinte écologique sur la planète qui souffre.
Le meilleur moyen de ne pas polluer ne serait-il pas plutôt de cesser d'exister ? Et si l'écologie visait à notre disparition plutôt qu'à notre bien-être ? Et si la souillure c'était l'homme, moderne consommateur comme le citoyen des pays émergents, qu'il faudrait éradiquer de la surface d'une Terre prise comme sujet de droit ? Sommes-nous gouvernés par nos peurs ?
L'Ecologie est devenue une idéologie globale, avec ses prêtres, ses temples et son vocabulaire digne d'un nouveau catéchisme catastrophiste.
« L'homme est le cancer de la Terre » dit l'un de ces pieux servants de la décroissance. Au moment où la science, du Mediator au nucléaire, du catastrophisme ambiant aux éoliennes soupçonnées de rendre migraineux, du soja tueur au réchauffement climatique, est entrée définitivement dans l'ère du soupçon, l'essai de Pascal Bruckner tombe à point.

S'émanciper du progrès, se laisser griser par les spécialistes du vague, croire se soustraire au risque, ce sont les tentations d'une écologie régressive, totalitaire, devenue aujourd'hui majoritaire.

 

Je précise tout de suite : je n'ai pas encore eu le temps de me procurer ou d'emprunter cet ouvrage, je n'en connais que ce que l'auteur a dit lui même  à la radio et des différents compte-rendus que j'ai pu en voir. Néanmoins, je crois que le discours est assez clairement exposé pour qu'il n'y ait pas ambiguité sur le fond : l'auteur dénonce une intolérance qu'il décrit comme religieuse du camp écologiste, dont le seul discours est celui de la culpabilisation et de la mortification de l'homme, pour des résultats en réalité dérisoires. Ce sont simplement des ennemis du progrès et de l'homme, qui utilisent leurs fantasmes pour assouvir leurs pulsions morbides. 

Comme on peut s'y attendre, cet essai provoque des réactions extrêmement violentes du camp "ecologique" et "altermondialiste" (le lien donné est un échantillon aléatoire de ce que j'ai pu trouver dans la blogosphère). Le cas de Pascal Brückner est donc réglé en deux lignes : c'est un con, un suppôt du libéralisme et du consumérisme, l'incarnation précise de ce que cette mouvance dénonce. Et bien sûr, cette dénonciation sera elle-même prise comme une preuve par les partisans de Brückner de l'intolérance et de l'incapacité à discuter des "ayatollahs verts". Le type parfait de débat mort avant d'être né, se résumant à des noms d'oiseaux échangés de part et d'autre, et en général sans auto-critique mutuelle.

Comme les lecteurs l'ont sans doute remarqué, le but de ce blog est d'essayer , autant que possible, d'examiner avec un oeil objectif les débats sociétaux autour des enjeux énergétiques et climatiques, et cet essai en fait indéniablement parti. Quelles réflexions m'inspirent-il?

Disons le tout de suite : je trouve une partie des réflexions de P. Brückner justifées et elles rejoignent certaines que je m'étais faites moi-même. J'ai déjà été frappé par le côté objectivement proche de la démarche religieuse de toute une mouvance écologiste, particulièrement dans le domaine climatique. Il y a effectivement des références constantes au "mal" que nous faisons à la planète (bien que les planètes se fichent évidemment totalement de ce qui se passe à leur surface, que la plupart sont de toutes façons inaptes à la vie, avec des gaz toxiques ou à effet de serre bien plus grand que sur la Terre, et que ça ne gêne personne). Il y a des conduites s'apparentant au rites de mortifications, des actes symboliques de contrition , des textes sacrés (le rapport du GIEC...) et des hérétiques voués à un bûcher symbolique. Il y a la menace d'une apocalypse imminente millénariste, mais aussi la promesse d'un avenir radieux (appelé dans ce contexte le "développement durable"), si nous nous conformons aux préceptes enseignés : prendre les transports en communs, installer des panneaux photovoltaiques, des éoliennes, et des chauffe-eaux solaires, fermer les robinets, ne pas manger de tomates en hiver, voilà un exemple des comportements qui devraient nous assurer le paradis et nous sauver de cette apocalypse.

J'ai déjà remarqué la contradiction fondamentale de ce discours. En réalité, les dangers dénoncés ne sont pas les dangers pour la planète, mais pour nous mêmes. La planète se fiche totalement de savoir combien de grenouilles vivent sur elle - combien d'hommes aussi d'ailleurs. Elle se fiche totalement que des hydrocarbures aient été stockés, puis brûlés des centaines de millions d'années plus tard. Ils auraient pu être brûlés sur place immédiatement sans se fossiliser , elle s'en serait fichue tout autant. En réalité, la pollution, l'épuisement des ressources, des sols agricoles, etc.. ne gêne que nous - éventuellement quelques mammifères supérieurs dont nous nous sentons affectivement proches comme les ours blancs ou les baleines, qu'on aime bien à condition qu'ils ne viennent pas nous concurrencer sur nos propres ressources (c'est déjà moins évident pour les rats et les loups ..). Mais personne ne se soucie de l'éradication du virus de la variole, ou plutôt tout le monde s'en félicite. Donc le discours écologique est en fait un discours de sauvegarde de l'humanité - ce qui n'a rien de détestable en soi, par ailleurs, mais qui est en contradiction avec son affichage de défendre la planète contre l'homme. Et même un discours de sauvegarde de la société industrielle : puisqu'au fond, réclamer à corps et à cri le développement des énergies renouvelables, des éoliennes, du solaire, à quoi ça sert sinon à chercher désespérément à sauvegarder notre mode de vie malgré l'épuisement des ressources , et en tentant d'éviter les conséquences climatiques, vraies ou supposées - qui ne sont graves que en ce qu'elles impactent l'homme et la société. Pascal Brückner a sans doute raison dans la dénonciation d'une attitude quasi religieuse des intégristes verts - il ne remarque peut être pas vraiment la contradiction interne de leur discours : c'est que ses supporters, tout en prétendant contester les valeurs de la société industrielle, font en réalité tout pour la sauvegarder, et les mesures qu'ils proposent (qu'elles soient les bonnes ou non), n'ont en réalité que pour but de la perpétuer le plus longtemps possible. 

 

Mais il y a une contradiction inverse, ou plutôt, une faille dans l'autre camp : c'est que Pascal Brückner ne croit simplement pas à la non-perennité de notre civilisation. Autrement dit si les écologistes ont tort, c'est non seulement de vouloir obliger la société à entrer dans une démarche d'auto mortification, mais aussi de prévoir inutilement des catastrophes qui n'arriveront jamais. Il exprime, comme souvent dans le camp auquel il appartient, une confiance indéfectible dans les capacités de l'homme à surmonter tous ses problèmes. A vrai dire, sur ce plan, il se retrouve exactement dans la situation de ceux qu'il attaque, qui ont AUSSI une foi absolue en les hommes pour être capable de maîtriser leur destin- simplement les solutions proposées ne sont pas les mêmes. 

Il y en réalité confusion de deux questions :

a) la société moderne est elle BONNE ou MAUVAISE.

b) la société moderne est-elle DURABLE ou NON DURABLE.

 

Notons qu'il n'y a pas de relation directe entre ces notions. Il y a des choses bonnes et durables, comme un beau paysage, ou bonnes et non durable comme les vacances,  ou mauvaises et non durables comme un rhume, ou mauvaises et durables comme la mort d'un être proche. Il n'y a pas de raisons que ces notions soient corrélés. Et on constate que sur ces deux notions, l'avis des gens différent profondément : certains pensent qu'elle est bonne , d'autres mauvaise, et certains pensent qu'elle est durable, et d'autres non. Y a -t-il corrélation INDIVIDUELLE entre ces avis? j'avais tenté le test sous forme de sondage sur un forum scientifique, et la réponse était indéniablement OUI : les gens ayant une bonne opinion de la société avaient en général tendance à penser qu'elle ne risquait pas grand chose, et ceux ayant une mauvaise qu'elle allait bientôt s'écrouler.

Il n'y a pas , encore une fois, de raison causale qui justifie cela; on ne peut y voir qu'un effet psychologique - guidé par la charge affective que nous mettons par rapport à cette société. Je ne vais pas faire d'analyse psychologique détaillée qui n'est pas de ma compétence, je remarque simplement la corrélation très nette entre le fait d'avoir une opinion positive de la société et de croire qu'elle est éternelle. Cette opinion brouille nos capacités d'analyse rationnelle. J'ai tenté d'argumenter qu'en réalité, il n'y a pas de raison objective de penser que notre société industrielle est de très longue durée de vie. Toutes les caractéristiques qui la distinguent des précédentes sont essentiellement la conséquence de l'utilisation massive de ressources non-durables, contrairement justement à celles qui l'ont précédé. Non seulement elle est fondée sur la croissance dont nous avons suffisamment montré qu'elle n'avait aucune possibilité de durer éternellement, mais même la stabilisation des consommations de fossiles à la valeur actuelle ne leur donne une espérance de vie que d'environ un siècle - très peu à l'échelle historique , et ridicule à l'échelle de l'espèce humaine. En revanche il est indéniable que nous vivons bien mieux que nos ancêtres, et que personne, même parmi les écologistes, n'est prêt à renoncer réellement au confort dont nous disposons; ils prennent d'ailleurs bien soin de préciser qu'il "ne s'agit pas de revenir au Moyen Age" , et qu'il ne s'agit pas non plus , contrairement à ce que dit M. Brückner , d'interdire de prendre ses vacances en avion, quand on ne peut pas faire autrement ! ce qui est assez drôle au fond, parce que quand on voit que Pascal Brückner n'a pas de voiture et que Cécile Duflot va aux Maldives en avion, on se demande en peu en quoi leurs vies diffèrent profondément. Un député écologiste européen viendra peut etre un peu plus souvent qu'un député libéral en transport en commun - mais grosso modo, l'écart de mode de vie qui les sépare est epsilonesque par rapport à celui qui les sépare tous les deux des civilisations agricoles traditionnelles - les seules à être en réalité un tant soit peu "durables" !! derrière le combat sauvage qui les oppose, se cache en réalité un mode de vie très proche et dont un extraterrestre qui ignorerait notre langage, mais qui observerait les sociétés à travers les siècles, aurait bien du mal à distinguer ce qui les oppose.

La conclusion personnelle que je tire de tout cela, c'est que notre société est globalement face à une perspective extrêmement angoissante, la perspective de sa fin inéluctable, et que, comme très souvent dans ce cas là, elle y répond par une stratégie du déni. La stratégie du déni consiste à produire deux discours également improbables : soit par une foi aveugle en ses capacités naturelles  à résoudre ses problèmes d'elle même,  sans qu'il n'y ait rien à faire (discours libéral du "business as usual"), ou alors l'obligation qui lui est faite de passer par une étape de mortification et d'efforts pour accéder à un état tout aussi illusoire, une société "écologique" qui assurerait le bonheur, cette fois vraiment éternel, aux individus. Aucune de ces démarches n'est à mon sens plausible, bien sûr. Elles sont, en revanche, le signe le plus certain de l'absence de solution réelle à ces problèmes, et de l'avancée lente, mais inéluctable, de la société industrielle vers son déclin.  

 

 

 

 

Par climatenergie - Publié dans : Société
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