Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 09:47

Un lecteur a laissé un commentaire sur le post précédent, dont la pertinence est telle qu'elle me parait mériter une réponse détaillée en post principal. Je me permets d'en recopier les passages pertinents :

@Gilles et skept

J'ai trouvé sur ce site depuis peu quelques personnes que je comprends (enfin) et qui pensent, comme moi, que l'épuisement des énergies fossiles (qui est certain à échéance connue) est probablement un problème plus urgent et plus mobilisateur que le RCA (qui reste complexe à comprendre). Alors que les lois de la physique et un esprit raisonnablement cartésien nous pousserait à l'inverse.
[ SIC : la suite du commentaire me laisse penser que mon estimé lecteur s'est un peu mélangé les pinceaux, il voulait dire probablement le contraire.... "comme nous y pousserait les lois de la physique et un esprit raisonnablement cartésien ..! ] 

Alors j'en profite, et j'aurais quelques questions à vous poser qui me tracassent depuis un moment sans que personne, dans mon entourage, ne comprenne même de quoi je parle (alors y répondre,...) pouvez vous m'aidez à éclaircir mes idées ?

1)Pourquoi, à votre avis, cet emballement politico-médiatique mondial sur le C02 et cette quasi "omerta" sur le Peak-Oil (un peu moins depuis 1 an toutefois) ? (alors même que la physique et un esprit raisonnablement cartésien nous pousserait au contraire)

2)Une question plus technique et moins cruciale que la 1°. Il semble y avoir sur ce blog une flopée de scientifiques, j'aimerai avoir leur avis sur la théorie de Svensmark à propos de l'influence des rayonnements cosmiques sur la formation de nuages et donc sur le climat, la théorie est très "poétique" voire séduisante, Svensmark semble sérieux et compétent, mais je suis un peu méfiant vis à vis de ses principaux promoteurs. Tient elle la route d'un point de vue scientifique ? http://www.dailymotion.com/video/xcteyl_1-5-le-secret-des-nuages_news

.... 

Tout d'abord, Hema, comme on dit couramment : Bienvenue au club ! 

 

Je vais d'abord répondre rapidement à l'hypothèse de Svensmark, qui a supposé que l'activité solaire pouvait influencer la Terre en modulant le flux de rayonnement cosmiques frappant l'atmopshère, ce qui changerait sa nébulosité (le mécanisme étant donc assez complexe et loin de la simple augmentation de la puissance solaire : actvité solaire-> plus grand champ magnétique-> moins de cosmique->moins de nuages-> plus de rayonnement arrivant au sol) : je n'ai pas d'avis a priori sur cette hypothèse; c'est une hypothèse à étudier scientifiquement comme les autres. La critique principale est qu'il ne semble pas que les nuages soient influencés tant que ça par les rayons cosmiques, et de plus, les nuages peuvent avoir un effet inverse suivant leur composition et leur altitude, ils peuvent bloquer le rayonnement incident mais aussi augmenter l'effet de serre : quand le ciel se couvre, il fait plus frais, mais une nuit nuageuse est moins froide qu'une nuit claire ! Mais il faut faire un certain nombre d'études complémentaires, dont l'expérience CLOUD, pour en être sûr. On découvrira peut etre aussi un autre phénomène voisin mais différent dont on ne se doutait pas, ça arrive....

D'une façon générale, ces questions sont du ressort des climatologues, et je ne prétends pas l'être. L'avis que je donne ici est juste mon impression sur la "qualité générale" des preuves fournies, mais je respecte le travail des climatologues ayant établi les faits dont il est question. Je suis également assez méfiant vers les explications "c'est le Soleil", "c'est le mouvement des planètes", etc.. mon avis étant plutot qu'on donne trop confiance à des explications déterministes par rapport à la variabilité naturelle.

Sur la question importante du "pourquoi", c'est également une question que je me suis souvent posée. A priori, les deux crises, énergétiques et climatiques, jouent un rôle comparable et devraient au moins le même impact, mais en réalité, comme dit Hema, "les lois de la physique et un esprit cartésien" nous poussent à donner un poids bien plus considérable à l'effet des sources énergétiques sur notre société qu'aux variations climatiques. Toutes les corrélations connues montrent que le niveau de vie et les indicateurs humains (pas seulement le PIB) sont corrélés positivement à la consommation énergétique, et ont peu à voir avec la température. On peut imaginer un seuil où la variation climatique serait catastrophique, mais ce ne sont que des supputations tirées de théories et de modèles informatiques compliquées, d'interprétation de données incertaines, alors que l'association entre sources d'énergie et niveau de vie est claire, évidente, historiquement, géographiquement, et économiquement clairement visible et incontestable. Préconiser de réduire les fossiles pour éviter un changement de climat revient à considérer qu' il est bien plus probable que nous sachions nous passer de fossiles plutot que nous sachions faire face aux conséquences climatiques qu'ils produisent. 

Or cette assertion n'a strictement rien d'une évidence ! il ne s'agit pas ici de prouver qu'elle est fausse, il s'agit de s'interroger sur les bases sur lesquelles autant de gens l'adoptent comme une évidence, alors qu'il n'y a aucun fait clair qui le montre. De la même façon que la question n'est pas de savoir si Dieu existe , mais de savoir pourquoi autant de gens y croient sans preuve, et de plus, curieusement, la plupart du temps sous la forme qui existe dans la société autour d'eux et pas sous la forme de ceux d'à côté (le trait le plus intrigant dans la religion n'est pas seulement la croyance, mais l'autocorrélation spatiale de cette croyance :) ).

 

C'est d'autant plus étrange que non seulement il n'y a aucun fait qui le montre, mais que dans les pratiques économiques, tout montre exactement le contraire. A commencer par le fait que nous cherchons constamment à exploiter de nouvelles ressources fossiles, de plus en plus chères et difficiles d'accès, ce qui n'a aucun sens logique si la proposition précédente est vraie, mais est totalement sensé si elle est fausse. 

Bref le discours public AFFICHE une croyance et AGIT en fonction de la croyance inverse. (Petit parallèle avec la religion : on peut remarquer que beaucoup de représentants officiels de religions pronant en général la simplicité et la pauvreté volontaire n'ont pas réellement agi comme si ils y croyaient eux-mêmes ...)

Donc nous revenons à la question d'Hema : mais pourquoi afficher et "croire" (la plupart du temps très sincèrement, là encore comme pour les religions) autant à une proposition si peu en rapport avec les faits connus, en en minimisant d'autres si évidentes ? 

L'explication que je propose est qu'il y a une différence entre les deux dangers. Le danger énergétique, si nous ne savons pas le résoudre, est finalement mortel pour notre société. Si nous ne savons pas remplacer les fossiles, notre société s'éteindra inexorablement, sous sa forme actuelle. Je ne parle pas du tout de disparition de l'humanité, je parle de la disparition du mode de vie qui caractérise la société moderne. Il porte donc en germe une idée insupportable, celle de la vieillesse et de la mort, une idée qui nous hante bien sûr personnellement au cours de notre propre vie et que nous avons du mal à admettre. Pire, il n'y a aucune morale derrière ça. Ce n'est la faute de personne si les gisements s'épuisent , ce sont des ressources finies, c'est tout. On pourrait ne plus les extraire, mais ça revient à hâter la fin à laquelle nous cherchons à échapper. Il n'y a pas d'échappatoire. le danger énergétique nous met en face du tragique de l'existence humaine.

 

Le danger climatique, lui , est bien différent. Nous y jouons un tout autre rôle. Nous jouons un double jeu, doublement actif et non passif : nous nous voyons comme la CAUSE principale de ce probleme, mais aussi comme le REMEDE potentiel. Nous sommes à la fois une menace, et possiblement des héros pouvant l'éviter. Dans les deux cas, nous sommes maîtres de notre destin. Même notre caractère menaçant flatte notre ego par notre capacité de nuisance - elle flatte notre illusion de toute puissance; le changement climatique met inconsciemment en scène les histoires que nous aimons, les histoires de bons et de méchants, de Dr Jekyll et Mr Hyde,  de Dark Vador et de Luke Skywalker. Elle parle à notre inconscient. elle nous met au centre actif de l'histoire. 

 

Il est d'ailleurs frappant qu'une partie importante de la communauté "piquiste" a developpé une philosophie "survivaliste", ce qui permet de 'redramatiser" l'histoire. Le peak oil est alors perçu comme une catastrophe soudaine, plongeant le monde dans le chaos, un monde à la Mad Max. Là encore, cette mise en scène permet de s'identifier au héros solitaire, seul contre les éléments hostiles, et redonne une gratification narcissique à notre individu : si nous ne sommes pas capables de sauver la société, alors au moins, qu'on nous donne un rôle qui nous permette de nous sauver nous-mêmes !

Cependant, en général, les gens préfèrent de beaucoup penser que nous trouverons des solutions techniques à l'épuisement des fossiles, mais qu'il ne tient qu'à nous de le faire. D'où la floraison dans l'esprit du public de toutes ces croyances à l'existence de "solutions miracles" (souvent inventées par des inventeurs géniaux et solitaires, persécutés par de grandes compagnies pétrolières et des états accapareurs de taxes sur les carburants ...), et une tonalité générale du "si on veut on peut" dans tous les discours publics. Nous n'aimons pas qu'on nous dise que nous vieillissons, et encore moins que nous allons mourir, alors que ce sont deux certitudes incontestables. Seul le discours climatique nous permet de mettre en scène les histoires que nous aimons nous raconter.

 

Peut être faudrait-il changer la phrase de Paul Valéry :"Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles", en "Nous autres, civilisations, nous ne savons toujours pas que nous sommes mortelles " ... ????

Partager cet article

Published by climatenergie - dans Société
commenter cet article

commentaires

Joran 25/12/2012 21:33


le fait que le soleil, soit impliqué dans le réchauffement climatique ne me surprend pas sans être alarmiste voici ce que j’ai trouvé dans la bible, l’apocalypse chapitre 16 qui concerne le
soleil qui va augmenter la température sur la terre (écrit il y a plus de 2000 ans) ,
peut être somme nous tout au début …


Et le quatrième versa sa coupe sur le soleil ; et il lui fut donné de brûler les hommes par le feu :
et les hommes furent brûlés par une grande chaleur ; et ils blasphémèrent le nom de Dieu qui a
pouvoir sur ces plaies, et ils ne se repentirent pas pour lui donner gloire.


Le fait que les hommes polluerons et détruirons la terre dans la fin des temps est aussi mentionné dans ce livre.

Arno 31/07/2011 18:05


Pas moyen de poster correctement aujourd'hui, il manque la première moitie du message:

@skept: d'accord avec toi pour dire que le rapport de Meadows n'est pas remis (enfin presque!)en cause par la communauté scientifique, mais dans l'esprit du "public", le mal est fait, avec un
argument dans le style: ils n'arrivent déjà pas a se mettre d'accord entre eux, alors......etc.

La réaction de @http://cassandralegacy.blogspot.com/2011/06/limits-to-growth-revisited.html@ Ugo Bardi auquel Gilles faisait référence il y a peu sur ce blog,le montre bien:
@http://cassandralegacy.blogspot.com/2011/07/hard-times-for-science.html@ hard time for science.


Arno 31/07/2011 18:00


@skept: d'accord avec toi pour dire que le rapport de Meadows n'est pas remis (enfin presque!)en cause par la communauté scientifique, mais dans l'esprit du "public", le mal est fait, avec un
argument dans le style: ils n'arrivent déjà pas a se mettre d'accord entre eux, alors......etc.

La réaction de


René GRAU 31/07/2011 08:56


Question: avez-vous vu quelqu'un de votre entourage changer quoique ce soit de concret dans sa vie pour freiner le changement climatique ( supposé anthropique) ??


climatenergie 31/07/2011 13:50



Je dirais que je connais beaucoup de personnes qui font des actes symboliques (qu'ils pensent importants) pour ça , du genre :


* acheter une voiture Prius hybride


* mettre des ampoules BC partout


* installer des panneaux PV ou un chauffe-eau solaire


* manger bio, s'inscrire à une AMAP...


 


attention je ne dis pas que ces choses sont stupides à faire. Comme j'ai dit, tout ce qui améliore l'utilisation de l'énergie est bon à prendre, même si il n'y avait pas d'effet de CO2 sur le
climat. En revanche les conséquences concrètes sur le climat me semblent négligeables au final pour deux raisons :


a) l'analyse des comportements montre que les gens se préoccupent souvent de quelques facteurs mais que leur comportement par ailleurs peut totalement gâcher leurs efforts. Concrètement, ils
peuvent acheter une hybride mais passer leurs vacances à l'étranger, à l'autre bout du monde. Manger bio mais habiter à la campagne, à 50 km de leur travail et y aller en voiture. Installer des
panneaux solaires mais avoir 4 ou 5 enfants ce qui contribue à la croissance démographique (tout ce que dis est inspiré de cas très réels de proches que je connais réellement, désolé pour ceux
qui s'y reconnaitraient, mais je n'y mets aucun reproche, je trouve tout à fait normal de vivre selon ses désirs. C'est juste une constatation de fait).


b) cela n'adresse absolument pas le problème des différentes définitions de la "réduction des GES" que j'ai traité dans un post précédent. réduire sa consommation personnelle ne donne
aucun moyen d'agir sur le fait que des pays pauvres vont pouvoir consommer ce qu'on leur laisse, et encore moins de moyen d'agir sur la quantité ultime de fossiles consommés dans le futur ! c'est
au mieux un geste de justice sociale, certainement pas un moyen efficace de réduire le CO2 total comme on nous le présente tout à fait faussement - et la meilleure preuve, c'est que la
consommation de l'occident a bien baissé, mais celle du monde a continué à augmenter. Il est même probable que ces mêmes personnes défendraient tout à fait le droit moral aux pauvres à se
développer, et ne verraient pas non plus pourquoi leurs petits-enfants hésiteraient à consommer les ressources qu'ils ont fait des efforts pour économiser - à la limite, c'est bien POUR CA qu'ils
les ont économisées non? pour que ça serve à d'autres ! 


 


bref, les gestes existent réellement - sauf qu'ils n'ont aucunement l'impact que les gens croient. 


 



skept 31/07/2011 01:13


Gilles : "ce discours avait été produit dans les années 70 par le club de Rome , mais discredité , à mon avis à tort"

Peut-on dire que le discours du rapport Meadows de 1972 a été discrédité? D'après tout ce que j'ai lu, il a reçu une immense couverture médiatique à l'époque, et celle-ci n'était pas négative. Dans
une large mesure, le rapport Brundtland (1987) sur le développement durable en a été la traduction politique. On peut dire que le DD est une aimable plaisanterie ne servant qu'à un greenwashing de
surface, mais pas que les idées de sobriété nécessaire (par rapport aux trente Glorieuses) et de limites ultimes ont été discréditées.

A propos du climat tu disais en substance : l'évolution humaine est un phénomène stochastique darwinien, on s'adapte quand on rencontre le problème, il n'y a pas de toute-puissance anticipatrice et
correctrice. J'ai l'impression que c'est à peu près pareil pour Meadows, l'énergie et les matières premières : on attend que cela manque clairement (que cela coûte très cher) pour corriger le tir.
Cela ne veut pas dire qu'on y croit pas, mais on ne sait pas quand cela arrivera précisément et on ne se fatigue pas à croire d'avance aux conséquences que cela pourrait avoir.