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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 22:12

Le mouvement des "los Indignados" , reprenant le terme du petit livre à succès de S. Hessel, semble connaître un certain essouflement avec le départ des manifestants de la Puerta del Sol. Cet essoufflement est probablement révélateur du désarroi profond qui l'a provoqué, ayant conduit les manifestants à exprimer leur rejet d'un système politique, mais sans vraie solution de rechange.

 

Car au fond, quelle est l'origine de ce mouvement ? la population rassemblée pour exprimer son ras-le-bol d'un système politique, ressenti comme confisqué par des politiciens, et  ne les représentant pas, était d'abord et avant tout composée de victimes de la dure crise économique ayant frappé l'Espagne depuis 2008, et la mettant en tête des grands pays européens menacés de subir le sort de l'Irlande, de la Grèce ou du Portugal. Elle était décrite comme " De jeunes diplômés sans emploi y côtoi[ya]nt des salariés précaires ; des familles surendettées par leur emprunt immobilier crois[a]nt des fonctionnaires ; les quinquagénaires et les retraités [ayant] rejoint leurs cadets." Bref , les plus touchés par une crise qui les dépasse et dont ils se sentent des victimes innocentes. 


Le réflexe est donc d'imputer la gravité de la crise au système politique et financier. Il y a probablement une responsabilité importante de la part des politiques s'étant lancée imprudemment dans une croissance effrenée, soutenue par des placements douteux, avec une bulle immobilière inédite à la clé. L'effondrement brutal du chateau de cartes financier a certes laissé sur le carreau des millions de gens qui ne comprennent pas pourquoi ils devraient être exclus des richesses qu'on leur a fait entrevoir. Mais leur revendication revient finalement, encore et toujours, à réclamer une amélioration de leur niveau de vie. La contestation du "système" est en réalité une contestation de sa capacité à leur apporter la richesse. On a beau remettre en cause le principe de la croissance et le PIB, en pratique, les individus cherchent quand même la plupart du temps à vivre le mieux possible, et supportent rarement de s'appauvrir. Le même paradoxe se retrouve dans les mouvements altermondialistes qui, dans un même souffle, dénoncent à la fois le productivisme de la société capitaliste et les injustices dans l'inégalité de l'accès aux ressources mondiales. Car la solution pour résoudre cette inégalité n'est jamais de ramener les pays riches au niveau des pauvres, mais plutot l'inverse ! 

 

Malheureusement, réclamer l'amélioration du niveau de vie des pauvres n'est pas du tout une remise en cause de la croissance économique - en réalité, c'en est le principe même ! la croissance n'est due finalement qu'au fait que chacun, chaque année, ne voit pas pourquoi il n'aurait pas le droit d'avoir les mêmes richesses que celui qui vit juste quelques % au-dessus de lui. Si on rajoute à ça la croissance démographique, il n'y a aucune raison que l'humanité cesse d'elle-même de tenter d'améliorer sans cesse son sort, ce qui poussera inéluctablement à la croissance de la consommation des ressources. Il n'y a pas de mécanisme régulateur interne qui limite la quantité de ressources consommées - les seules limites seront imposées par les contraintes extérieures que nous imposent la nature. Et malheureusement aucun système politique n'est capable de les éviter. Il risque d'y avoir encore, dans les prochaines décennies, de nombreux "indignés" de par le monde ....

 


 


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Published by climatenergie - dans Société
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commentaires

mrlargo 16/08/2011 00:33


On peut rappeler aussi que le rapport entre les 2 (moyenne/médiane) est plus ou moins un indicateur d'inégalité et qu'il augmente en ce moment....

Tout ça pour dire qu'on pourrait avoir un peu de mou entre la moyenne qui baisse et la médiane qui stagne voir même qui pourrait monter.
Même si je te l'accorde, ça ne peut pas durer longtemps !

Mais au delà de cela, j'aime à rappeler que dans un village ou tout le monde a un vélo ou marche à pied et que tu es le seul adolescent avec une mobylette, tu es le roi... toutes les filles veulent
monter derrière toi !
En revanche si tu es dans un village où tout le monde à une grosse cylindrée ou une voiture, tu es le dernier des loosers avec ta mob de naze...

Ou si tu préfères, l'indignation vient plus de la frustration des écarts, que du PIB en absolu.

Je suis intimement convaincu que la croissance est en voie de disparition et qu'on finira par s'appauvrir en moyenne.
Mais si on utilise ce prétexte pour continuer à augmenter l'écart médiane / moyenne (ce qui est en train de se passer), je vais m'indigner...

Je suis convaincu aussi que dans un tel contexte, les prêts à intérêt, vont être des paris globalement "perdants". Seulement, dans la période de transition, j'aimerai aussi qu'il n'y ait pas que
les emprunteurs qui payent le pari perdu...


mrlargo 14/08/2011 23:17


Bonjour Gilles,

Et si le mouvement des indignés est issu plutôt des problèmes de monsieur Median et non de ceux de monsieur Moyen ?


climatenergie 15/08/2011 08:25



Bonjour Mrlargo, content de te revoir :)


je ne sais pas trop si c'est du aux revenus médians  ou moyens (NB : pour les lecteurs, le revenu moyen est une moyenne arithmétique des revenus comme on calcule une note moyenne, la médiane
est la valeur telle que la moitié de la population a un revenu inférieur et l'autre moitié a un revenu supérieur. Par exemple si vous avez 5 personnes gagnant 1000, 2000, 4000, 8000, et 16 000
euros, le revenu moyen est de 6200 euros mais la médiane n'est qu'a 4000 euros) .Bien plus probablement à toute une frange de la population englobant les deux ! mon post n'avait pour but que de
remarquer que dans la très grande majorité des cas, les revendications tournaient surtout à la plainte de ne pas avoir un niveau de vie suffisant (on a de nouveaux exemples avec Israël
récemment), ce qui rend la perspective d'une décroissance massive volontaire assez improbable ....



skept 22/06/2011 02:07


Cette histoire des "indignés" me gave. Je trouve significatif que l'on agrège une foule autour d'une émotion négative et indistincte. Vous êtes quoi, vous? Oh moi je suis indigné. La belle affaire.
Un indice supplémentaire de l'encéphalogramme plat de la pensée critique. Maintenant on chiale dans le blanc mouchoir de la morale et du sentiment.


Arno 14/06/2011 04:54


Amusant; j'ai tenu a peu près le même discours il y'a quelques jours et ça a failli très mal se terminer pour mon matricule.
Mes "copains" sont sud américains et tous ou presque ont un ou plusieurs membres de leur famille qui a émigré vers l'Espagne (environ 2 millions en tout pour une population total de +/- 14 millions
sur les 10 dernières années quand même!).
Pour eux, pas question de remettre quoique ce soit en cause, l’état n'a qu'a se démerder parce qu'ils ont droit a leur part, que ce soit dans leur pays ou celui qui les accueille.
Les autres, ceux qui n'ont personne a l’extérieur, comprennent très bien que tout ça est un miroir aux alouettes et préfère continuer a vivre simplement sans pour autant rejeter un peu du confort
moderne, du simple bon sens.
Quand les émigrés vont rentrer ça va être copieux!