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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 21:05

Si la Grèce a été historiquement une des civilisations ayant le plus compté dans la formation de la culture européenne, elle pourrait malheureusement être aussi un modèle du futur de notre société. La finance mondiale a les yeux rivés sur ce petit pays méditerranéen, qui menace toute la zone euro de sa faillite. Derrière lui, le Portugal, l'Espagne, peut-être l'Italie, et pourquoi pas la France, se voient menacés à plus ou moins court terme d'un sort analogue.

 

De quoi souffre ce pays? "bêtement", oserais-je dire, d'une crise de surendettement, comme un ménage asphyxié par les nombreux emprunts qu'on lui a trop généreusement consenti. Mais pourquoi devient-on surendetté ?

Un endettement, c'est d'abord et avant tout un pari sur l'avenir. L'emprunteur estime qu'il va gagner A dans le futur, mais aimerait disposer un peu plus tot de la richesse qu'on lui promet. Il s'arrange donc avec un prêteur , qui lui pense gagner B, pour qu'il lui transfère une partie de son gain, en le remboursant avec interêt. Il est de bon ton de se plaindre des taux d'interêt, mais c'est quand même la moindre des choses : après tout B se dessaisit d'une partie de son pouvoir de consommation ou d'investissement qui aurait pu lui rapporter, et donc il est normal qu'il soit payé en retour, sans même compter l'inflation qui va diminuer la valeur des remboursements futur. Donc au total l'emprunteur accepte de gagner un peu moins à la fin, A'<A , mais a eu le plaisir de profiter plus longtemps de sa consommation. Pour le prêteur c'est l'inverse.

En réalité, si B est une banque, ce n'est pas tout à fait ça qu'il se passe, parce que B ne renonce à aucune consommation du tout ! elle ne prend en effet l'argent nulle part, elle le crée ex nihilo comme la loi l'autorise tout à fait légalement , en créditant le compte de l'emprunteur, sans débiter personne ! et il sera ensuite redétruit par le remboursement. Ce système parait ahurissant mais il est en réalité tout à fait adapté à l'économie moderne : il assure la création et la destruction perpetuelle de la masse monétaire,  ce qui permet de l'ajuster en souplesse à l'économie réelle, en particulier de contrôler l'inflation en ouvrant et fermant le robinet du crédit. Certains pensent voir dans ce système l'origine de tous les maux de l'économie, mais il a fonctionné en fait parfaitement pendant un siècle en assurant une croissance sans équivalent dans l'histoire de l'humanité. Si il a un défaut, ce n'est donc certainement pas d'être inefficace ! 

 

Alors où est le problème? le problème, c'est comme je disais , c'est que ça comporte un pari sur l'avenir : que le débiteur va pouvoir rembourser le créancier ! et donc il prend un certain risque, et le créancier aussi. Si le débiteur fait faillite, il va falloir que quelqu'un paye à sa place. Ce sera le créancier qui a perdu l'argent prêté - ou si un état compatissant crée de la monnaie juste pour le rembourser, ce sera l'ensemble de la population qui se cotisera par l'inflation créée par cette somme supplémentaire non détruite, qui augmentera finalement la masse monétaire , et donc diminuera le pouvoir d'achat de la monnaie.

 

Le surendettement est, tout simplement , un pari raté. 

Est ce la faute de l'emprunteur qui a eu les yeux plus gros que le ventre? au créancier qui lui a trop fait confiance ?  à la société qui n'a pas su mettre des règles? chacun pensera comme il veut, mais le pari est raté, et il faut payer. Il faut payer parce qu'on a en fait autorisé quelqu'un à dépenser plus que ce à quoi il avait droit, il a mangé plus que sa part, et du coup, il faut que quelqu'un se dévoue pour abandonner une partie de la sienne.

Voilà, les Grecs, pris dans l'euphorie de leur adhésion à l'union européenne et à l'euro, ont cru qu'ils pourraient dépenser plus et on les a crus. A tort. Et il faudra qu'on paye à leur place, d'une manière ou d'une autre.

Parce que comme le surendettement est dû à une croissance insuffisante du revenu qui aurait pu payer l'emprunt, le surendettement des pays est dû à une croissance économique insuffisante. On n'a juste pas produit les richesses supplémentaires qu'on pensait. Dommage. La seule solution à la dette, c'est la relance de la croissance, tous les économistes le serinent. Parce que le seul problème, c'etait l'absence de croissance.

 

Oui mais ... pourquoi elle redémarre pas, cette satanée croissance ? ben à cause de la crise. La crise? ben oui, la crise du crédit. Ah mais .. encore une crise du crédit? mais pourquoi y a-t-il eu une crise de crédit ? 

Alors voilà le point bizarre. Ce qui s'est passé juste avant, c'est un phénomène inattendu, la flambée du baril et corrélativement, le plafonnement de la production pétrolière. Phénomène que seuls quelques hurluberlus avaient annoncé, auquel personne ne croyait. Mais non, le pétrole , y en a plein sous terre, pour 40 ans au moins, et depuis le temps qu'on nous annonce sa fin.....

Sauf que le pétrole, c'est de l'énergie, des transports, c'est le sang de l'activité industrielle. Et si le pétrole plafonne, on est gêné pour faire croître la richesse. On trouve encore des doctes économistes pour nous dire que ça n'a rien à voir, que l'économie n'a plus besoin d'énergie .... la coïncidence est quand même plus que troublante ! 

Mais enfin, dira-t-on, on n'a jamais été en manque de pétrole ! les pompes n'ont jamais été à sec ! il n'y a jamais eu de queues au pompes à essence ! Non, il n'y en a pas eu, et il n'y en aura jamais. Pour une raison très simple, les stocks pétroliers sont amplement suffisants pour éviter toute disruption, sauf conflit majeur au Moyen Orient (pas exclu par ailleurs mais on n'y est pas encore). Ce qu'il s'est passé, c'est une tension croissante sur les prix, les menaces d'une reprise de l'inflation, le relèvement des taux d'interêts, et des ménages américains eux aussi "surendettés", pris à la gorge entre des prix croissants de l'énergie, des taux immobiliers indexés sur les taux du marché, la baisse d'activité entrainée par ces taux et faisant monter le chômage... le système a cédé à son maillon le plus faible, le système des subprimes. Il aurait cédé ailleurs sinon. 

Mais il nous a laissé sur les bras tous les paris sur l'avenir ratés qu'on avait fait. L'Islande, l'Irlande, ont déjà bu une tasse amère. Ce n'est pas fini. Les pays du sud suivent sur la liste, et les grandes économies occidentales ne sont pas loin. La crise n'a été surmontée qu'au prix d'une hausse considérable de l'endettement des états, préparant une nouvelle bombe à retardement. Nous n'avons rien réglé, bien au contraire. Et les prévisions de la production pétrolière ne sont pas à la fête, comme je le développerai dans un prochain post. Accrochez vos ceintures ....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by climatenergie - dans Economie
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commentaires

Sylvain 24/06/2011 09:43


Skept
Le comportement global de l'Allemagne est antérieur à la modification de la constitution. Cette modification est plus une conséquence qu'une cause. Il y a quelques décennies, la France avait
l'habitude de dévaluer régulièrement sa devise, l'Allemagne jamais.
Dans l'évolution des salaires outre Rhin, il faut aussi tenir compte de la réunification qui a pesé de nombreuses années sur l'évolution globale des salaires.
Il y a bien d'autres facteurs qui vont avoir de l'impact. L’Allemagne commence à voir sa population baisser, le financement de ses retraites se présente très différemment des autres pays
Européens.

Chaque pays a son histoire et ses traditions, il est impossible de tout connaître. J'essaye dans la mesure du possible d'éviter le biais psychologique de "l'erreur d'attribution", trop présente
dans les médias.


skept 24/06/2011 00:54


Sylvain : "La possibilité pour les gouvernements de s'endetter sans en référer à leurs citoyens est probablement une des nombreuses failles du système"

Les Allemands ont pris les devants en mettant dans la Constitution fédérale (en 2008 ou 2009, je ne sais plus) une interdiction pour l'Etat de dépasser un certain déficit public. C'est aussi pour
cela qu'ils l'ont mal en ce moment : ils se sont serrés la ceinture (gel de salaire, âge de retraite, etc.), ils ont atteint un certain consensus sur la nécessité de gérer "en bon père de famille",
et voilà qu'ils doivent payer pour des voisins qui ont vécu au-dessus de leurs moyens et qui semblent avoir diversement truandé (l'Etat en maquillant ses comptes pour être "eurocompatible", les
citoyens en fraudant, etc.). En plus, les banques qui ont pris des positions risquées en Grèce passeraient à travers les mailles du filet et les contribuables devraient payer leurs erreurs
d'investissement (au nom du "too big to fail" et de la crainte de "l'effet Lehman"). On comprend un certain agacement. Et aussi la perception d'un déficit démocratique chez le citoyen de base face
à l'échec des responsables politiques et économiques.


Sylvain 23/06/2011 22:35


L'Islande peut elle être notre futur?


Sylvain 23/06/2011 22:31


Skept en théorie, la fiabilité des prêteurs ne dépend pas de leur statut. Je suis en partie d'accord avec tes commentaires.
Mes interrogations tournaient plus autour de la notion de démocratie. Une entreprise privée n'est pas une démocratie, donc qu'une ou plusieurs entreprises privées, banques ou agences de notation,
imposent des décisions politiques à des états, se rapproche d'une faillite de la démocratie qui va au delà de la simple faillite financière. La possibilité pour les gouvernements de s'endetter sans
en référer à leurs citoyens est probablement une des nombreuses failles du système.

Depuis la parution de ce post deux articles intéressants sont parus. Un dans "Der Spiegel", dans lequel un historien de l'économie rappelle quelques faits du siècle dernier. Un deuxième sur
l'Islande qui montre que dans ce pays la démocratie essaye de reprendre le contrôle.
http://www.spiegel.de/international/germany/0,1518,769703,00.html
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/06/23/l-islande-et-la-premiere-e-constitution_1539767_3232.html
L'avenir court terme reste sombre, mais des améliorations vont certainement voir le jour.

Dans le même genre d'idée, et pour revenir à l'énergie, il me semble anormal qu'un opérateur privé puisse avoir l'entière responsabilité d'une centrale nucléaire. Il peut probablement trouver
l'argent pour la construire, la faire fonctionner respecter les règlements... Mais jamais il n'aura les reins assez solides pour assumer une crise majeure qui pourrait s'étendre sur une région
entière.


Geoffroy 23/06/2011 20:11


Je cite (avec des pincettes) "Certains pensent voir dans ce système l'origine de tous les maux de l'économie, mais il a fonctionné en fait parfaitement pendant un siècle en assurant une croissance
sans équivalent dans l'histoire de l'humanité". Si par fonctionner parfaitement tu sous entends que la crise de 1929 était normale, je suis modérément d'accord. De même pour la crise de 2008 (pour
laquelle nous ne connaissons que partiellement les conséquences)... Le fait de déposséder les gens (parce que des banques ont voulu faire un pari trop risqué) et/ou de les pousser à l’extrême par
une qualité de vie soudainement réduite (la seconde guerre mondiale n'est pas arrivée par hasard), n'est pas ce que j’appellerai le fonctionnement parfait d'une économie, et de loin.

Il y a un problème philosophique lié aux crédits accordés par les banques. Comme tu le dis, cet argent est créé à partir de rien ("out of thin air") et permet de faire tourner l'économie d'un pays,
qui elle est bien réelle. Si à la fin, le remboursement est fait, la banque a gagné de l'argent, qui lui aussi est bien réel (car dérivé de la production du pays emprunteur), le tout à partir
d'argent virtuel. Si l'emprunt n'est pas remboursé, alors là c'est la cata, et ça se termine pour l'essentiel par une inflation pour tout le monde, où tout le monde paie. Dans tout ça, la prise de
risque de la banque, elle est où? S'il y a un casino dans le coin qui applique ce genre de règles, j'y vais de suite...


climatenergie 24/06/2011 08:03



Salut Geoffroy


"convenablement" aurait été peut être plus pertinent que "parfaitement". Néanmoins, je répugne à raisonner sur des évènements isolés "en absolu", et je pense qu'il faut honnêtement comparer les
effets globaux du système économique à ceux d'autres époques et d'autres lieux. Aucun système n'est parfait, l'économie de marché pas plus qu'un autre, mais on ne peut pas dire que les tentatives
alternatives aient aussi rencontré beaucoup de succès ... Le fond de mon discours, c'est que la crise actuelle n'est certainement pas explicable en terme d'un défaut structurel de l'économie de
marché, qui ferait que le monde irait bien mieux (= il n'y aurait plus de crises) si on la réformait. C'est parfois l'impression qu'on retire de certains discours politiques, fort généreux et
sympathiques au demeurant. Je pense que nous nous engageons dans une crise majeure de ressources physiques, et que les systèmes politiques doivent s'attaquer à en gérer au mieux les dommages,
sans se bercer d'illusions sur leur capacité à les éviter.