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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 05:50

En cette date anniversaire d'un évènement terroriste ayant précipité la chute des symboles les plus spectaculaires de l'orgueil américain, nous allons parler d'une autre chute possible.  Les inquiétudes croissantes sur le problème des dettes souveraines et les perspectives de récession ont en effet refait plonger une nouvelle fois les bourses. Il parait de plus en plus évident que les indices boursiers sont devenus comme une machine folle variant au gré des mouvements de panique, amplifiés par l'informatisation croissante qui accélère encore plus le caractère foncièrement instable de la bourse (puisque plus les cours montent, plus on a tendance à acheter, et vice-versa, jusqu'on atteigne des seuils où les tendances se renversent brutalement). Il n'est cependant pas inintéressant de regarder l'évolution d'un indice comme le CAC 40 depuis sa création en 1987 :

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d2/CAC_40_1979-2011.jpg

(source : wikipedia)

On voit très clairement qu'après une période de croissance "raisonnable" dans les dernières décennies du XXe siecle, se sont constituées deux bulles impressionnantes, suivies d'une chute tout aussi impressionnante : une autour des années 2000 autour du développement d'internet, et l'autre de 2005 à 2007, accompagnant la flambée des cours des matières premières et de l'immobilier. Comme des tours jumelles, dont l'écroulement a été à peu près contemporain de celui de la bulle internet, ce graphique nous offre une image saisissante de ce qui pourrait être la décadence du système financier occidental. 

 

Ces mouvements ont été causés par une augmentation considérable de liquidités rendu possible par le mécanisme de création par l'emprunt. Rappelons en effet que ce sont essentiellement les banques, et non les états, qui créent l'essentiel de la monnaie circulant dans le monde, par la simple acceptation de prêter. Les prêts ne sont pas prélevés sur le compte de quelqu'un d'autre (aucune banque n'a jamais prelevé de l'argent sur votre compte en banque sous prétexte qu'elle en avait besoin pour accorder un crédit à votre voisin, n'est ce pas?), mais créés ex-nihilo, et redétruits par le remboursement. Ce système n'est pas aussi absurde qu'il en a l'air au premier abord, il permet un controle relativement bon de l'inflation, les menaces de divergence de la monnaie en circulation étant régulées par les taux d'interêt, qui agissent comme un bouton de contrôle sur la monnaie en circulation. Cette adaptation souple a probablement été un atout pour la croissance économique du siècle précédent. Mais on en voit les conséquences sur le système financier : il a été à la source de création de liquidités hallucinantes , tout aussi facilement redétruites. Normalement, ça devrait être considéré comme de l'inflation, mais comme l'argent créé lors des spéculations financières est resté dans la sphère financière, grâce à la financiarisation croissante de l'économie, et il n'a pas réellement impacté l'inflation "réelle" qui ne prend bien sûr pas les bourses en compte. Le système financier est devenu un monde à part jouant à créer et à détruire de la monnaie virtuelle....

Il est néanmoins intéressant de constater que l'extrapolation des années pré-1990 ne donne pas un résultat ridicule quand on le compare à maintenant. On a un peu l'impression que le système a été "nettoyé" de ses spéculations sans fondement, et que la crise boursière est un peu un retour à la normale...

 

Sauf que l'instabilité qui a existé pour les bulles existe aussi pour les krachs. Lorsque l'Islande (un pays qui m'est cher) a connu le pire krach de son histoire en 2008, son indice boursier est tombé de ....76 % , tombant en un seul jour, le 14 octobre 2008, de 3000 points à l'ouverture à 670, avant de descendre même en-dessous de 500 plus tard. Au plus haut du boom financier qui avait précédé, il était monté à 9000 points.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cf/OMXI15.jpg/800px-OMXI15.jpg

Source WIkipedia

Pourquoi une telle chute ? parce que la valeur boursière  des trois principales banques islandaises, mouillées jusqu'au cou dans les subprimes, était tombée à simplement zéro. Zéro, parce que personne, absolument personne , ne voulait en acheter, à aucun prix. Elles ne valaient plus rien.

Une telle éventualité est parfois discutée comme un cas d'école : le système boursier peut-il s'effondrer jusqu'à ce qu'un indice comme le Dow Jones ou le CAC 40 tombe à strictement zéro ? en théorie, oui : il suffit que plus personne (!) ne veuille acheter la moindre action à aucun prix, qu'on n'ait plus aucune confiance dans aucune d'entre elles. 

Je ne crois pas vraiment à cette hypothèse, mais néanmoins il faut réaliser qu'il n'y a pas de borne inférieure à la chute d'une bourse. La crise que nous connaissons actuellement n'est que le tout début des crises modèles qui se profilent. Les seuls pays à être en état de faillite ou quasi-tels, comme la Grèce, sont encore des petits pays dont le poids économique dans le monde est négligeable. La production pétrolière n'a pas encore vraiment commencé à décroitre. Les dettes des grands pays gardent des notes très bonnes à bonnes, même si la dégradation de celle des Etats Unis sonne comme un coup de semonce; bref, nous n'avons connu que des prémisses, des précurseurs, du seisme qui pourrait emporter le système financier à l'avenir. Mais que peut-il se passer lorsque les investisseurs perdront toute confiance dans le fait que les grands états peuvent rembourser leur dette, et que leurs investissement auront la moindre rentabilité dans le futur, si le monde ne croit plus en ses perspectives de croissance ? il faut s'attendre à tout ...

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Published by climatenergie - dans Economie
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ChristianP 22/09/2011 20:11


Salut,

Vu comment ça fonctionne en pilote auto, c'est clair que ça ne pourra que tomber un jour à zéro avec ou sans problèmes de fond : http://www.pauljorion.com/blog/?p=28687

Enfin vu les dernières prévis du GEAB, qui avec d'autres qui avaient bien prévu le petit problème de 2008 (comparé aux futurs), ça m'étonnerait que ça en reste là.
http://www.leap2020.eu/Le-GEAB-N-57-est-disponible-Crise-systemique-globale-Quatrieme-trimestre-2011-Fusion-implosive-des-actifs-financiers_a7619.html

Quelques graphes simples assez parlants sur la dette américaine :
http://www.les-crises.fr/la-dette-americaine/


RUTILY 18/09/2011 10:26


La bourse est le seul instrument public qui mesure la valeur d'une action mais c'est un mauvais instrument qui n'est valable qu'à long terme.Il faudrait filtrer le bruit pour qu'il commence à être
utilisable. Lorsqu'un évènement change la valeur d'une action, il y a sur réaction et ensuite une sorte d'oscillation amortie vers la nouvelle valeur, mais généralement de nouveaux évènements
surviennent et la situation résultante devient vite inextricable.

En plus c'est un peu comme en mécanique quantique, la mesure change l'état du système car les investisseurs ou les spéculateurs réagissent à la baisse comme à la hausse. Il faudrait peut être
inventer une sorte de relation d'incertitude!

Ces réactions du "marché" traduisent en général un esprit moutonnier des intervenants car c'est en étant un suiveur rapide que l'on peut gagner de l'argent sans rien comprendre à l'écononomie. Cet
esprit moutonnier explique aussi la sur réaction initiale à des évènements financiers.


skept 16/09/2011 22:49


Pour les dettes, il faut nuancer. Le Japon par exemple a le record mondial, mais c'est une dette intérieure (détenue par l'épargne nationale), non soumise à la spéculation des marchés et considérée
comme très sûre (le yen ou les obligations japonaises sont plus refuge qu'autre chose ces temps-ci). Une part de la dette italienne est aussi dans ce cas, mais nettement moindre.

Par ailleurs, n'oublions que le monde bascule et que pas mal d'émergents ont de la réserve. Certes, l'OCDE domine largement en volume, mais certains des BRICS ont fait savoir qu'ils ne
répugneraient pas à acheter massivement de la dette européenne si c'est la condition de stabilité.

Cela ne résout pas le problème de fond. La crise de la dette est une crise de la croissance dans les pays développés, et il y a là le résultat d'un jeu pervers des Etats et des marchés qui ne peut
plus continuer comme avant.


pierre 15/09/2011 13:36


Je pense que nous sommes dans une impasse.
Tous les grands états sont surendettés. Ils ne rembourserons pas (japon, USA, France, Espagne, Portugal Italie, etc...)
les grands argentiers doivent être inquiets. Mais ils préfèrent toucher les intérêts de leurs placement plutôt que de plonger le monde dans une crise financière. quitte à prêter un peu plus pour
toucher les intérêts de la dette et prolonger le rêve. Il leur est par ailleurs, impossible de faire monter les taux d'intérêt sans mettre les pays en faillite. les taux restent bas
(globalement).
On a donc deux choix possibles :
- l'explosion du système financier
- Rembourser avant le point de non retour.
Rembourser signifie, rendre la croissance et le baisse du chômage que l'on acheté à crédit, les intérêt en plus.
je en pense pas que nos démocraties résisteraient à ce traitement de cheval

la Grèce est un test : soit elle résiste, et les autres états passerons à la caisse ensuite. soit elle s'écroule et alors je ne vois pas comment on fera payer les autres états.


the fritz 12/09/2011 21:50


j'ai jamais remarqué une telle similitude entre l'augmentation du CAC et la température terrestre; à quand la prochaine poussée de fièvre?