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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 10:21

Il n'y a pas de faute d'orthographe dans le titre, que j'aurais du plutôt écrire ΗΕΛΛΑΣ : c'est bien de la Grèce que je veux parler. Un des premiers posts de ce blog traitait déjà de la crise qui secouait ce pays. Il est intéressant de regarder quelle a été l'évolution depuis.

Hélas, cette fois, bien hélas : elle n'a été que conforme aux craintes qu'on pouvait en avoir. Comme je l'exposais déjà à l'époque, la crise de l'endettement est un pari sur l'avenir qui a échoué, parce qu'on a anticipé des dépenses qu'on avait en réalité pas le droit de faire, simplement parce que les prévisions de croissance des revenus n'étaient pas au rendez vous. On peut chercher des coupables, mettre ça sur le dos des banques, du capitalisme, du système financier international, la réalité est là : quel que soit le coupable, les Grecs ont dépensé plus que ce qu'ils avaient droit, ils se sont endettés en pensant pouvoir rembourser, et ça n'a pas été le cas. Ses taux de croissance insolents des dernières années n'était que de la poudre aux yeux, ils sont en train d'être compensés par une récession tout aussi vertigineuse. Alors on aurait peut être pas dû leur prêter autant. On ne les aide pas en faisant flamber leur taux d'interêt à cause de la dégradation de leur note par les agences de notation. Certes, mais en quoi cela les aiderait-il plus de les laisser creuser encore plus leur déficit, en leur consentant des taux d'interêt aussi bas que ceux auxquels ils étaient habitués? et qui pourrait promettre à des prêteurs actuels que prêter à la Grèce est sans risque pour leur argent ?  la purge est amère, mais personne n'a d'autres solutions. Le mal est fait, et il faut payer. 

 

Alors qui va payer ? eh bien, manifestement et comme on pouvait un peu s'y attendre, un peu tout le monde. Les banques qui s'apprêtent à renoncer à 50 à 60 % de leur crédits. Les Grecs victimes de plan d'austerité drastique, auquel ils n'arrivent pas à se résigner. Les contribuables européens qui devront consacrer une part de l'argent de leur état à renflouer la Grèce. On peut estimer que c'est en réalité un racket et que nous payons pour eux, mais nous n'avons pas le choix, une vraie faillite serait encore pire. 

La Grèce est un petit pays de l'UE. Son PIB annuel ne représente que 1,5 % de celui total de l'Union Européenne. Et même si la dette représente 142 % de ce PIB, son poids sera peut être supportable sans conséquence dramatique pour l'économie des pays de l'Union. Mais le problème n'est pas là. Il est : sommes nous, oui ou non, capables de voir que la Grèce n'est que le canari dans la mine, celui qui donne l'alerte en perdant conscience quand le taux de gaz délétères devient dangereux pour les humains ? comprenons nous réellement l'origine de cette crise et à quel point elle pourrait être archétypique des crises du futur ? 

Derrière la Grèce, viennent l'Espagne, l'Italie, et pas très loin la France. Tous ces pays ont des endettements dangereusement croissants, leur note est dégradée ou en passe de l'être. Plus personne ne croit à la note "AAA" de la dette française. Or que nous promet-on pour faire face à cette menace? toujours les mêmes recettes, à droite comme à gauche, dans la campagne électorale qui s'annonce : relancer l'économie, relancer la croissance. Bon mais qu'est ce qui va arriver si l'économie ne redémarre pas? qu'est ce qui peut arriver d'AUTRE que ce qui s'est passé en Grèce ? et cette fois, avec ces poids lourds de l'Union européenne, un défaut de paiement (puisque c'est bien de cela qu'il s'agit) serait ingérable. Or, personne ne traite vraiment de la menace réelle sur la croissance, que nous avons maintes fois rappelée : la production pétrolière ne croit plus ou presque, l'AIE tire encore une fois la sonnette d'alarme . Oubliez l'injustice des marchés financiers, oubliez la bourse, oubliez la démondialisation, ces problèmes existent et sont réels, mais ce ne sont pas eux qui menacent réellement la croissance mondiale. C'est simplement que la machine thermoindustrielle est arrivée au bout de sa phase de croissance de consommation de carburants, que le moteur hoquète, que les tuyaux commencent à donner de moins en moins. Ca ne se manifestera pas par des pompes à sec ou un manque de plastique. Ca se manifestera, bien plus prosaiquement, par un manque de croissance et donc finalement un manque d'argent. Non, les investissements ne redémarreront pas avec une économie en panne. Ce qui va arriver, c'est simplement un assèchement des capacités financières qui se répercutera en cascade sur tous les domaines de la société. Il n'y a pas de recette miracle collective : il y aura simplement des individus qui s'en tireront plus ou moins bien suivant leur flair et leur capacité de comprendre la situation. A titre individuel, les recettes ne sont pas très compliquées : éviter les investissements hasardeux, les emprunts non indispensables, ne pas se fier aux placements miracles, essayer au maximum de maîtriser ses dépenses futures (pas d'emprunt indexés sur des indicateurs pouvant flamber comme le franc suisse !), bien sûr tenter de réduire ses dépenses obligatoires comme les dépenses énergétiques. Le monde ne s'écroulera pas non plus en quelques mois, mais chacun doit adopter le comportement d'un capitaine de navire qui sait qu'il va croiser un ouragan, tout arrimer soigneusement, réduire la voilure, et s'en remettre à la Providence pour que tout se passe sans trop de mal ...

 


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Published by climatenergie - dans Economie
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commentaires

René Varenge 01/01/2012 16:07


En fait, pour résumer simplement, il faut que l'humanité apprenne à vivre en autarcie sur une seule petite planète alors que depuis la nuit des temps elle vit en croissance.

Lyes 17/12/2011 20:09

entierement d'accord avec vous "skept" ce sujet est tres complexe...
Je me fait un peu de pub :
Je suis etudiant en genie thermique et energie et je tiens un blog dont l'objectif est d'exposer les dernieres technologie environnementale.
Je vous invite a y jeter un oei.Toutes critiques est la bienvenue ! http://energiedurable.secondes.info/

skept 02/11/2011 12:49


Donatien : j’essaie également de lire des ouvrages sur les hypothèses alternatives à la croissance. Mon avis est mitigé. Je suis gêné par la confusion fréquente entre jugements de valeur et de
jugements de fait – c’est-à-dire que tantôt la croissance est posée comme une impossibilité physique, tantôt elle est considérée comme une trajectoire indésirable, mais ces deux arguments n’ont pas
le même poids ni la même légitimité. En dernier ressort, il n’est écrit nulle part que tous les Homo sapiens doivent préférer le même état climatique ou environnemental ou social, donc on ne peut
se réclamer de « l’évidence » que telle issue est unanimement désirable ; il faut admettre que c’est un choix politique, avec une diversité de point de vue en conflit. Dans le cas de l’énergie qui
intéresse Gilles et ce blog, son usage n’est pas seulement corrélé au PIB, mais aussi bien à l’IDH ou à des grandeurs ne se référant pas directement à la croissance de la valeur ajoutée
(l’éducation, la santé, la nutrition, etc.). Quand on regarde les chiffres, on ne trouve pas d’argument convaincant pour conclure que l’humanité en 2050 connaîtrait un grand bien-être si elle
stabilisait sa production énergétique à 480 EJ, a fortiori si elle la diminuait d’ici là tout en gagnant 2 milliards de membres à nourrir, loger, chauffer, éduquer, soigner, etc.

Ensuite, dans l’hypothèse (factuelle) où la croissance se heurte à des limites matérielles, il y aurait en effet crise de certains modèles. Nous en avons parfois parlé ici, la « croissance infinie
» est souvent un effet de paresse intellectuelle plus qu’autre chose : bien des théories économiques s’intéressent seulement au moyen de maintenir ou relancer la croissance à court terme. C’est
typiquement le cas des keynésiens, « à long terme nous serons tous morts » disait leur fondateur, signalant par là que l’économie ne devait pas s’intéresser aux équilibres théoriques, lointains et
« parfait » du marché pur, mais ajuster les agrégats macro-économiques pour assurer le plein-emploi en phase contracyclique. Ce serait très abusif d’accuser les seuls « néolibéraux » de cécité au
futur, à peu près toutes les écoles modernes partent sur des préférences immédiates des agents ou sur des cycles courts, et ignorent l’idée de contraintes physiques fortes à l’activité économique.
L’économie ainsi pensée est décontextualisée – « disembedded » écrivait Karl Polanyi, qui pensait en l’occurrence à son ignorance des contextes sociaux, moraux et autres plutôt qu’à son
indifférence aux contextes environnementaux, énergétiques ou climatiques, mais le principe est un peu le même.

Le principal argument des défenseurs de telle ou telle école économique est empirique : cela fonctionne tant bien que mal depuis deux siècles, et cela fait aussi deux siècles que Malthus ou ses
héritiers se trompent pour nous annoncer la crise finale à l’horizon proche ; aurions-nous écouté les prophètes de malheur que nous aurions pris de mauvaises décisions et privé le plus grand nombre
des bénéfices du développement moderne ; il en va aujourd’hui comme il en allait hier. Cette induction ressemble à la foi du charbonnier et paraît absurde si elle est répétée à l’infinie (tout ira
toujours mieux dans le meilleur des mondes infiniment abondant) – mais ceux qui la tiennent affirment en même temps qu’il est parfaitement vain de réfléchir 50 ou 100 ans à l’avance. Il y aussi des
objections plus théoriques, comme les théories de la croissance endogène affirmant que le facteur de premier ordre de la croissance à long terme est le perfectionnement technique associé à la
formation cognitive, et que les contraintes environnementales-énergétiques étant des stimulateurs de la technologie, elles produiront finalement un effet positif (destruction créatrice des systèmes
inadaptés aux contraintes, émergences de nouvelles voies compatibles avec les ressources disponibles).

A nouveau, je trouve difficile de trancher. Je ne pense pas que l'on ait déjà atteint un stade de blocage définitif de la croissance au sens où elle est pratiquée par les systèmes en place, en même
temps que je doute que l'on puisse franchir le siècle, voire le demi-siècle, sans toucher à certaines limites s'opposant aux appétits matériels des multitudes.


Donatien 01/11/2011 23:03


Quatremer avait aussi publié sur le sujet : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2011/10/%C3%A0-la-recherche-des-chars-fant%C3%B4mes-grecs.html


philou21 01/11/2011 21:44


Bonsoir, en tout cas marianne2 dément :
http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/Non-les-Grecs-ne-vont-pas-acheter-des-chars-americains-avec-l-argent-de-l-Europe_a400.html