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Réflexions sur l'énergie, le climat, et l'avenir de l'humanité ....

Mardi 12 juillet 2011 2 12 /07 /Juil /2011 07:04

Dans le post précédent, je présentais (très brièvement) les données montrant que la température moyenne avait probablement augmenté pendant le XXe siecle, tout en remarquant comme d'autres que cette montée avait commencé dès le début du siècle alors que le GIEC n'attribue à l'homme que "la majeure partie du réchauffement de la deuxième moitié du siècle". Notons que, pris à la lettre, cette assertion ne concerne que un quart du réchauffement observé (la moitié de la deuxième moitié) : le GIEC nous dit que c'est "très probable" que l'homme est responsable de 25 % du réchauffement observé - ce qui implique naturellement qu'il n'est pas impossible que les 3/4, soit 75 %, soient naturels.

A ce point , il y a une petite curiosité : on a une situation où le "signal" anthropique "garanti" est de l'ordre d'un tiers seulement d'une montée "naturelle" (il pourrait etre plus mais le GIEC ne "garantit" qu'un quart du total). Or en physique on a l'habitude de ne considérer comme certain qu'un signal excèdant DE BEAUCOUP le bruit naturel (on exige avant d'être certain d'avoir souvent  un signal cinq fois plus grand que le naturel). L'ensemble du réchauffement observé depuis la deuxième moitié n'étant qu'environ la moitié du total, on n'est certainement pas dans ce cas, on est au mieux à égalité avec le bruit naturel.

 

Si on compare avec d'autres conséquences de la civilisation industrielle, comme la consommation d'énergie, la population humaine, le nombre de voitures, etc... les variations dues à l'homme sont infiniment plus visibles et importantes : la population humaine a été multipliée par exemple par 7 en 100 ans ce qui est bien dans les critère d'un signal "bien plus important " qu'avant. Pour le réchauffement, on n'est pas du tout dans un signal de cette importance.

Qu'est ce qui permet alors au GIEC d'être aussi affirmatif que l'homme a "très probablement" causé plus de 25 % mais certainement pas 18 % ou 10 % du signal ? certainement pas l'amplitude du signal par rapport au bruit. Je vais là faire référence a une interview de Phil Jones, alors directeur démissionnaire du CRU, donnée à la BBC le 15 février 2010 , après l'affaire du climategate qui a éclaté en novembre 2009. L'interview est intéressante parce que Phil Jones était certainement dans une situation de pression morale (qu'il exprime clairement) et devait répondre à l'essentiel dans un faible volume de mots. Les questions sont directes et sans fioritures, dans le style du journalisme anglais, et, vu les circonstances, on peut supposer que Phil Jones donne les meilleures réponses dont il dispose. Il est peu probable que si il avait des arguments forts et convaincants, il se dispense de les donner. Inversement, il sait que ces propos seront scrutés à la loupe et qu'il ne peut se permettre la moindre "boulette". On peut donc raisonnablement penser que ces propos donne le coeur même, l'essentiel du discours climatique. L'interview porte sur à peu près tout les problèmes posés aux climatologues, j'en adresserai d'autres dans de futurs posts, mais je me concentre directement sur les questions relevant de l'attribution :

 

D - Do you agree that natural influences could have contributed significantly to the global warming observed from 1975-1998, and, if so, please could you specify each natural influence and express its radiative forcing over the period in Watts per square metre.

This area is slightly outside my area of expertise. When considering changes over this period we need to consider all possible factors (so human and natural influences as well as natural internal variability of the climate system). Natural influences (from volcanoes and the Sun) over this period could have contributed to the change over this period. Volcanic influences from the two large eruptions (El Chichon in 1982 and Pinatubo in 1991) would exert a negative influence. Solar influence was about flat over this period. Combining only these two natural influences, therefore, we might have expected some cooling over this period.

Traduction :

Etes vous d'accord que des influences naturelles auraient pu contribuer significativement au réchauffement observé de 1975 à 1998, et si c'est le cas, pourriez vous s'il vous plait spécifier chaque influence naturelle et exprimer son forçage radiatif dans la période considérée en Watts par mètre carré. 

Le domaine est légèrement en dehors de mon domaine d'expertise [sic]. Lorsqu'on considère les changements pendant cette période, on doit considérer tous les facteurs possibles (c'est à dire les influences humaines et naturelles, aussi bien que la variabilité naturelle du système climatique). Les influences naturelles (des volcans et du Soleil) sur cette période  pourraient avoir contribué aux variations. L'influence volcanique de deux éruptions majeures (El Chichon en 1982 et Pinatubo en 1991) auraient exercé une influence négative. L'influence solaire aurait été à peu près plate. En combinant ces deux influences naturelles , par conséquent, on se serait attendu à un léger refroidissement pendant cette période. 

.....

H - If you agree that there were similar periods of warming since 1850 to the current period, and that the MWP is under debate, what factors convince you that recent warming has been largely man-made?

The fact that we can't explain the warming from the 1950s by solar and volcanic forcing - see my answer to your question D.

 

traduction : 

H- Si vous êtes d'accord que des périodes de réchauffement similaires à l'actuelle ont eu lieu, et que le MWP [ NdT : Medieval Warm period  ou "optimum médiéval", une période chaude autour de l'an 1000 apparemment voisine de l'actuelle à laquelle une question précédente fait allusion ] est encore en débat, quels facteurs vous convainquent que le réchauffement récent est largement le fait de l'homme ?

Le fait que nous ne puissions expliquer le réchauffement depuis 1950 par des variations solaires et volcaniques - voir ma réponse à la question D. 

 

 

I - Would it be reasonable looking at the same scientific evidence to take the view that recent warming is not predominantly manmade?

No - see again my answer to D.

 

Traduction :

I- serait-il raisonnable, en regardant les mêmes faits scientifiques, d'adopter la vue que le réchauffement récent n'est pas de manière prédominante anthropique ?

Non - voir encore ma réponse à la question D.

 

J'engage le lecteur à lire soigneusement ce que répond Phil Jones, car à mon sens il exprime parfaitement l'essence du discours climatique - il donne les MEILLEURS arguments des climatologues : nous sommes convaincus que le réchauffement est anthropique, parce que nous ne savons pas l'expliquer par les autres influences connues. Il y a par ailleurs deux absences notables, deux fantômes dans le discours de Phil Jones :

D'abord il reconnait que la modélisation climatique, ce n'est pas vraiment son "domaine d'expertise". Son domaine, alors c'est quoi ? en fait,  c'est la reconstruction des températures globales, présentes et passées (le CRU est un des acteurs de la courbe de température dite "HadCRUT"). Mais il ne donne pas comme argument le fait que les températures actuelles sont bien supérieures à celles du passé, un argument assez souvent présenté mais critiqué, et auquel il n'a pas l'air d'accorder lui-même une confiance excessive. En particulier il n'écarte pas la possibilité d'un optimum médiéval comparable aux températures actuelles. 

 

Un deuxième "fantôme", est quand il déclare :"we need to consider all possible factors (so human and natural influences as well as natural internal variability of the climate system)."

Il précise bien qu'il faut aussi tenir compte de la "variabilité interne naturelle" (c'est à dire de la variation des températures qui n'est pas due aux forçages), mais oublie ensuite totalement d'en reparler : il ne dit jamais précisément comment les climatologues évaluent son importance sur un siècle, et comment ils la limitent. Il ne parle que de l'influence connue des variations de forçage naturels, Soleil et volcans. Pourquoi ne dit-il pas clairement comment on limite la variabilité interne? probablement, parce qu'il n'a pas de très bon argument pour le faire. 

Je précise que l'argument : "on est sûr qu'il y a un autre effet parce qu'on ne peut pas l'expliquer par les effets connus" est potentiellement acceptable. Je dis bien "potentiellement", parce qu'à mon sens, il n'est acceptable que si les climatologues ont prouvé qu'ils avaient parfaitement compris les variations naturelles,  et qu'il est donc incompréhensible qu'ils aient une variation inexplicable par ses variations, sans une autre cause. Une comparaison est que quand on a commencé à appliquer les lois de la mécanique céleste aux comètes, on s'est aperçu qu'elles déviaient de leur trajectoire en s'approchant du Soleil, ce qui était inexplicable par la gravitation. On en a trouvé ensuite la raison : le chauffage par le Soleil faisait évaporer la glace en surface qui faisait effet de "fusée à réaction" en agissant sur le reste de la comète. On avait donc correctement diagnostiqué la présence d'une force supplémentaire, mais c'est parce que la gravitation marchait parfaitement bien pour les grosses planètes qu'on avait pu mesurer un "écart" !  Sinon, la raison "on en est sûr parce qu'on ne peut pas l'expliquer autrement" est évidemment un peu dangereuse à manier, j'en donnerai des exemples. Pour la mettre en avant, il faut quand même être sûr qu'on a correctement compris tout ce qui se passe naturellement, et en particulier les périodes précédentes; est-ce vraiment le cas ? personnellement je n'en suis pas réellement convaincu, comme je le montrerai dans le post suivant. 

 

 

 

Par climatenergie - Publié dans : Climat
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Commentaires

Bonjour
Finalement tu décris, pour les climatologues, un mécanisme similaire à l'erreur fondamentale d'attribution : http://fr.wikipedia.org/wiki/Erreur_d%27attribution. C'est un biais psychologique connu.
Commentaire n°1 posté par Sylvain le 14/07/2011 à 11h10
Gilles : effectivement, ce que j’ai lu sur le climat semble indiquer que les modèles partent d’une hypothèse nulle sur la variabilité intrinsèque basse fréquence ou sur la variabilité chaotique (d’ampleur décennale ou séculaire comparable au signal observé). Dès lors, ils peuvent tourner sur les deux siècles modernes en n’attribuant les variations détectées qu’à des forçages naturels ou anthropiques, l’absence des premiers signifiant l’influence des seconds (la réponse de Jones).

Une des conditions de vérification (ou au moins de consolidation) de cette hypothèse serait de connaître la variation du signal analysé (la température moyenne globale) sur une longue période. Cela paraît impossible en l’état des proxies (trop dispersés et trop bruités).

Une autre serait de se dire que les modèles sont à peu près complets, donc que leurs itérations de contrôle reproduisent fidèlement le comportement du climat à forçage nul. Mais cela ne semble pas le cas. Par exemple, dans un texte de présentation de la physique des modèles, Gavin Schmidt écrit :

Current climate models yield stable and nonchaotic climates, which implies that questions regarding the sensitivity of climate to, say, an increase in greenhouse gases are well posed and can be justifiably asked of the models. Conceivably, though, as more components — complicated biological systems and fully dynamic ice-sheets, for example — are incorporated, the range of possible feedbacks will increase, and chaotic climates might ensue.
http://www.giss.nasa.gov/research/briefs/schmidt_04/

Donc les chercheurs n’excluent pas qu’un modèle plus complet et plus réaliste produisent finalement des comportements chaotiques. Mais dans ce cas, ces mêmes modèles plus complets parviendraient-ils à reproduire les observations 1850-2010?
Commentaire n°2 posté par skept le 14/07/2011 à 13h16
@skept

Si les comportements sont chaotiques, il n'est pas possible que les modèles les reproduisent, du moins en phase avec la réalité.
Par contre, les modèles ne "tirent pas droit" avec zéro forçage.
Il y a bien des oscillations internes naturelles générées.

Le GIEC consacre quelques lignes à la simulation des oscillations (type AMO) dans son rapport.

Donc, pour en revenir à l'attribution, les climatologues attribuent, implicitement, en fonction des outils dont ils disposent.
Ces outils sont loin d'être parfaits, mais le fait est qu'on n'a pas encore pu mettre en évidence un mécanisme de variation spontanée du climat pouvant expliquer la montée depuis 1975.
Les grosses oscillations de forte amplitude déjà repérées (glaciaire/interglaciaire) sont toutes plus ou moins pilotées par un facteur externe.
Ou au moins, on propose des mécanismes liés à des modifications rapides de l'AMOC pendant les périodes glaciaires (surtout à la fin d'ailleurs) qui donnent lieu à des Heinrich ou des DO.

En interglaciaire, avec des petits inlandsis bien stables,le climat est lui-même, intuitivement, beaucoup plus stable à ce point de vue au moins.
Commentaire n°3 posté par meteor le 14/07/2011 à 15h27
Meteor : pour le chaos (que je n’entendais pas forcément au sens mathématique, du moins je citais juste Schmidt), mon idée est que, si nous n’excluons pas des points de basculement dans le futur, je ne vois pas pourquoi il n’y en aurait pas dans le passé. Comment exclut-on par exemple que l’essentiel du réchauffement moderne procède d’un "tipping point survenu" entre 1750 et 1775 (au pif) ? Par exemple un basculement discret dans les couplages océan-atmosphère faisant que les échanges de chaleur, changements de phase de l’eau et formations de nuage tendent peu à peu vers un nouvel état global, avec comme traduction parmi d'autres une augmentation de la température de surface. Il me semble que cette conjecture fait partie des "incertitudes inconnues" (comme disent les Anglo-Saxons quand il distingue "unkwown uncertainties" et "kwnown uncertainties"). Elle n’a peut-être aucun sens physique (c’est à vous les pros de me le dire). Le problème est que nous ne savons pas réellement si, au cours des 15.000 dernières années, la Terre a connu des montées et baisses séculaires de 1 K pour sa Tm globale ou si elle n’a eu que des variations de très faibles amplitudes, au regard desquels les 0,5 K récents sont une franche anomalie.

(A noter : une telle hypothèse n’aurait bien sûr rien de très rassurant, contrairement à ce que pensent certains sceptiques ; car si le climat est moins linéaire qu’on ne l’estime, rajouter du forçage peut voir bien plus d’effets qu’on ne le pense !)
Commentaire n°4 posté par skept le 14/07/2011 à 23h38

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