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Réflexions sur l'énergie, le climat, et l'avenir de l'humanité ....

Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 10:50

La nouvelle a été annoncée et est abondamment relayée sur les médias : d'après l'INSEE, la France est repassée au-dessus du seuil  de 8 millions de "pauvres" , vivant avec moins de 954 euros par mois, soit 60 % du revenu mensuel moyen. Si on prend la pauvreté au-dessous de 50 % du revenu mensuel moyen, soit 795 euros, ce nombre tombe à 4,5 millions. Historiquement, ces nombres étaient en décroissance jusque dans les années 2000, se sont stabilisés, puis recroissent depuis 2005. 

 

Evidemment, la pauvreté définie par un seuil proportionnel au revenu moyen est relative. Elle ne peut par définition pas disparaître, sauf dans le cas d'un resserrement considérable et improbable de l'échelle des revenus. Un pauvre à la limite de pauvreté en France est à peu près dans la moyenne mondiale. Les pauvres en France ont souvent un appartement, un chauffage minimal, peuvent se nourrir (plus ou moins bien), ils ne sont pas menacés de famine comme en Afrique. Néanmoins ils rencontrent des difficultés réelles pour bien se chauffer, ont du mal à recevoir des amis, et sont au bord de la précarité absolue pouvant les transformer en SDF. Ce sont probablement souvent des femmes seules, avec enfants, immigrées, cumulant les difficultés. Derrière les chiffres et les analyses, se cachent des réalités vécues de "galère".

Telle qu'elle est exprimée, l'avancée de la pauvreté est donc plus une mesure de l'inégalité croissante que de la vraie paupérisation. Pour savoir si il y a vraiment plus de gens qui gagnent objectivement moins, il faudrait croiser avec l'évolution du revenu moyen. Mais celui ci n'a quasiment pas augmenté ces dernières années.

Les problèmes énergétiques sont souvent traités sous l'aspect technique et froid des chiffres, y compris sur ce blog, mais il me semble important de garder la réalité en tête. On entend souvent que l'énergie est "trop importante pour être traitée par les lois du marché", qu'il faudrait accepter de payer plus cher, voire que le PIB n'est plus une quantité pertinente. A mon avis c'est un gros contresens. Il n'y a rien de plus lié à l'économie que l'énergie, l'énergie ne sert qu'à l'économie ! Payer cher l'énergie, c'est payer cher tout ce qui est produit avec. De l'énergie bon marché, c'est précisément ce dont on a besoin pour être riche, c'est précisément CE QUI nous a rendu riches. Une énergie plus chère rend mécaniquement la société plus pauvre, et augmente donc le nombre de pauvres.

La plupart du temps, les questions énergétiques sont traitées sur le plan de solutions techniques mirobolantes à base de panneaux solaires dans l'espace, de production d'hydrogène , de culture d'algues,  en précisant bien que ce sera beaucoup plus cher, mais que "il faudra bien accepter de payer" ou "on en a tellement besoin qu'on la produira à n'importe quel prix", ou même que "ça deviendra rentable quand les fossiles seront chers". Mais quand on regarde la réalité de la société, on a une image bien différente; un pauvre qui peut à peine se payer le chauffage ne va bien évidemment pas poser des panneaux solaires sur son balcon, ni acheter une voiture à l'hydrogène. Il ne va pas consommer de l'énergie "parce qu'il en a absolument besoin", il va se la payer parce qu'il peut encore le faire, et si il ne peut plus le faire, il tombe dans la précarité absolue - bien évidemment pas par plaisir et par volonté.

La vraie nature des crises de l'énergie, ce n'est pas une nature technique, c'est une nature sociale. Les vrais défis sont dans la gestion des crises inévitables qui vont se produire, dans l'augmentation des inégalités qui risque d'en résulter , les classes sociales élevées ayant les moyens de garder leur niveau de vie, et de faire supporter aux plus pauvres le coût des récessions. Les solutions techniques produisant de l'énergie chère pour remplacer une autre énergie devenue chère ne servent pas à grand chose : si on n'a plus moyen de se payer les secondes, on n'a pas non plus moyen de se payer les premières. Il est d'ailleurs illustratif de voir comment les aides aux énergies renouvelables ont été annihilées par la crise et le manque de financements qui en a résulté. 

L'orgine de cette erreur vient aussi du discours dominant sur le danger climatique, qui a été bâti sur des scénarios de croissance continue au XXIe siecle qui nous rendrait trop consommateurs, donc trop riches. Le danger climatique vient de l'idée initiale que nous avons trop de richesses à notre disposition, et qu'il faudrait se restreindre pour des raisons écologiques. Je soutiens l'idée que la réalité est inverse. La situation actuelle montrent bien au contraire que c'est la fin de la croissance qui est notre principal problème - et cela invaliderait dès le départ la plupart des scénarios trop fossiles intensifs, comme nous le verrons.

Plus que de solutions techniques miracles plus qu'aléatoires, l'urgence actuelle, c'est une prise de conscience rapide de la gravité de la situation, et une réflexion en profondeur de ce que doit être une société confrontée au problème de la non-croissance, voire de la décroissance. Le discours actuel des politiques montre hélas qu'on est loin d'une telle prise de conscience. On se contente d'agiter le mirage de la relance de la croissance, ou de se réfugier derrière l'idée que "la Science" trouvera une solution - les scientifiques se voyant assignés au rôle du sorcier amenant la pluie. Ce serait une bonne surprise si des solutions techniques à la pénurie des fossiles étaient trouvées, mais il paraît peu raisonnable d'y compter de façon certaine. 

Par climatenergie - Publié dans : Société
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Commentaires

"les scientifiques se voyant assignés le rôle du sorcier amenant la pluie"

C'est quand même leur boulot :-)
Commentaire n°1 posté par skept le 31/08/2011 à 17h17

à qui ? aux scientifiques ou aux sorciers ? :)

Réponse de climatenergie le 01/09/2011 à 23h33
l'équation:

moins d'énergie fossile = plus de loi de la jungle

est d'autant plus valable qu'on a un état faible qui "laisse faire"

Il faut donc, à mon avis, un état fort (dans le sens organisationnel pas fasciste) qui s'efforce de répartir au mieux la pénurie et qui dirige l'effort technologique dans le sens du bien commun.

Sinon c'est le retour à l'âge de pierre à peu près assuré.

Il y aura donc des choix à faire dans l'avenir court et moyen termes.
Commentaire n°2 posté par meteor le 01/09/2011 à 10h26
Il reste que l'on n'a pas vraiment de théorie claire de la crise en cours, notamment de sa dimension sociale. Par exemple, il se peut que les 20 à 30% non-qualifiés des sociétés développés soient structurellement condamnés à la paupérisation ou au chômage en situation d'économie mondialisée, car il se trouvera toujours une force de travail moins chère sur le marché mondial (hypothèse de Sapir et autres partisans de la "démondialisation"). Même les Chinois sont devenus "chers" pour certains, qui préfèrent délocaliser dans des pays encore moins développés (à minima salariaux industriels encore plus bas). Dans ce cas, on augmente les dépenses sociales (ce qui mène à la crise de la dette) et on libère du crédit facile cache-misère (crise de surliquidité et de créances toxiques). Je suis bien incapable de trancher, mais j'observe que les hypothèses ne manquent pas pour analyser ce qui se passe depuis 2007, sans que l'énergie soit le facteur de premier ordre (par effet inflationniste, il peut être un facteur secondaire d'accélération de l'endettement).
Commentaire n°3 posté par skept le 01/09/2011 à 13h54
Bonjour Gilles
J'ai quelques opinions en rapport avec le sujet que tu traites : je vais faire des posts séparés pour ne pas être trop long.
De mon point de vue les pauvres n'utilisent presque pas d'énergie car seul les plus riches peuvent profiter pleinement des "progrès".
Je voudrais l'illustrer par un seul exemple mais le fait est assez général. On suppose que l'on veut transporter une personne sur 100 km et on compare la marche à pied, la bicyclette, et l'automobile le tout sur une route sans péage. Les ordres de grandeurs des performances sont : 5 km/h pour la marche à pied, 15 km/h pour la bicyclette et 60km/h pour l'automobile (on n'est pas sur autoroute, il y a des feux et des villages). Il faudra donc 20h à pied, 6h 40' en bicyclette et 1h 40' en automobile. Par contre le coût d'un km en automobile n'est pas gratuit et est de l'ordre de 0.3€/km au minimum ce qui fait 30€ pour 100km. Le pauvre gagnant moins de 954€ par mois (de 140h environ) soit 6,80 de l'heure, il lui faudra travailler 4h 25' pour utiliser ce moyen de transport. On voit qu'il est mobilisé 6h 05 contre 6h 40 pour la bicyclette. En fait s'il gagne moins que le SMIC c'est qu'il ne travaille pas 100% du temps et il a donc plus de temps que d'argent disponible. Dans ces conditions il devrait normalement préférer le Vélo. On voit donc que les pauvres peuvent éventuellement profiter des progrès qui n'impliquent pas de consommation récurrente d'énergie mais pas des autres progrès.
Il ne faut pas sous estimer le vélo : par rapport à la marche à pied il fait gagner les 2/3 du temps et il faut ensuite atteindre la vitesse de la lumière pour gagner le dernier tiers. C'est aussi un engin de transport des marchandises : le Viêt-Cong a organisé sa logistique avec des vélos qui pouvaient chacun transporter 500 kg sur la piste Ho-chi-min : c'est la civilisation du vélo qui a battu les Etats Unis!
Commentaire n°4 posté par Rutily le 01/09/2011 à 18h04
Je crois que le pauvre se définit en fonction du salaire médian et non pas en fonction du salaire moyen.
Commentaire n°5 posté par Rutily le 01/09/2011 à 18h09
Bonjour Skept
Sur les relations entre le PIB et l'énergie j'ai 4 pages sur mon site qui traitent du sujet : la première est la suivante http://transition.wifeo.com/un-invariant-economique.php et il suffit de faire "page suivante" pour voir les autres.
J'ai essayé de travailler avec l'énergie totale consommée plutôt qu'avec du pétrole seulement mais cela marche moins bien. C'est sans doute parce que le pétrole est bien corrélé à la mobilité, que ce soit des personnes ou des marchandises, et que cette mobilité est essentielle pour permettre les échanges qui sont à la base de la spécialisation.
Mon approche a été de chercher des invariants et j'ai trouvé les relations suivantes:
1. Un baril de pétrole consommé génère en moyenne 2200 $ de PIB
2. Le PIB annuel moyen par tête calculé en heures varie de 3000 à 6000 heures et ne dépend que des inégalités : plus les inégalités sont grandes et plus le PIB moyen est élevé.
3. Les rendements sont décroissant dans la substitution de l'énergie par rapport aux travailleurs: chaque fois que l'on double la consommation on divise par deux le nombre de travailleurs, en valeur absolue il faut donc de plus en plus d'énergie pour remplacer de moins en moins de travailleurs. Il en résulte que les 2200$ ne sont qu'une moyenne entre des emplois de l'énergie très rentables et d'autre qui le sont beaucoup moins et qu'il est vraisemblable que la substitution s'arrête quand il y a égalité entre la dépense et les gains.
4. Le rapport entre le nombre d'heures investies dans du pétrole et le PIB converti en heures que celui-ci génère varie entre 1/16 et 1/24
Dans ces conditions si le prix de l'énergie augmente on devrait être plus pauvre car les emplois les moins rentables cesseront, ce qui diminuera le PIB pour un prélèvement accru. J'ai fait une simulation pour un baril à 360$ et cela entraîne une baisse de PIB comprise entre 20 et 50% suivant l'efficience énergétique du pays considéré : http://transition.wifeo.com/sortir-du-fossile-et-du-nucleaire.php
Commentaire n°6 posté par Rutily le 01/09/2011 à 20h03
En rapport avec ce billet, je vous signale, si vous ne le connaissez pas encore, le blog d'Olivier Berruyer
http://www.les-crises.fr/inegalites-revenus-france-5/
Commentaire n°7 posté par atmugh le 07/09/2011 à 12h47

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