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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 08:19

C'est l'estimation du nombre de nuitées perdues par l'industrie touristique française à cause du temps maussade de juillet.

 

Il faut relativiser ce chiffre : ce n'est que 2% du nombre de nuitées attendues, et ça n'a fait que réduire la progression attendue depuis 2010 (encore bien impactée par la crise), de +4 % à + 2%. On n'est donc pas dans une catastrophe nationale. C'est cependant ce genre de "petites nouvelles" qui permet de faire des réflexions sur l'impact social du climat.

 

Première chose : le mois de juillet n'a absolument pas été conforme aux prévisions saisonnières, qui tentent d'evaluer des "temps moyens" pour les 3 mois qui viennent. Les prévisions pour l'été, avec la sécheresse naissante, s'accordaient sur un mois de juillet plus chaud que la moyenne, et une pluviométrie incertaine mais dans l'ensemble plus sèche. Deux mois après, plus personne n'ose prononcer en public le mot de "sécheresse" , même si les nappes phréatiques continuent à être très basses à cause du déficit de précipitations hivernales, les précipitations de surface ont été nettement supérieures à la moyenne, et la température nettement inférieure. Les prévisions saisonnières sont donc encore loin d'être fiables. En réalité après quelques jours de prévisions, la nature chaotique de la météo reprend le dessus et aucune prévision ne s'est avérée être fiable. Les prévisions ne sont pas fiables à une semaine à cause des fluctuations à haute fréquence des distributions de température et de pression, elles ne sont pas fiables à quelques mois parce que nous ne savons pas encore identifier les grandes dynamiques donnant lieu à ces perturbations, elles ne sont pas fiables à quelques années parce que nous ne savons pas prévoir les oscillations océaniques genre La Niña/El Niño, elles ne sont pas fiables à 10 ans parce que c'est encore trop court. Mais on nous affirme qu'elles sont fiables à 30 ans , bien qu'on ait un facteur deux d'incertitude sur la sensibilité climatique et qu'on soit loin de comprendre les oscillations de longue période. Une question de bon sens surgit : sur quelle base a-t-on validé la fiabilité multidécennale, si aucune fiabilité n'a été avérée avant ? je suis prêt pour ma part à croire à cela ... mais pas à le croire juste sur parole ! alors, quel est l'argument fondamental justifiant que nos modèles deviennent fiables après plusieurs décennies ? 

 

Deuxième chose : on constate sans trop de surprises que les gens n'aiment pas trop le mauvais temps. Mais si le mois de juillet avait été chaud et sec comme prévu , evidemment ça aurait aggravé la sécheresse et on aurait certainement glosé bien plus sur le réchauffement climatique. Ce qui prouve que la réalité est complexe, et que les choses ne sont jamais ni blanc ni noir (je le précise au cas où certains douteraient que je puisse penser des choses pareilles ...). Mais le problème est que nous sommes souvent conduits à prendre des estimations globales, et à prendre des décisions qui sont, elles, binaires, telles que : devons nous oui ou non relancer la construction de centrales nucléaires? autoriser les gaz de schistes ? lever une taxe carbone ?

 

Se décider "objectivement" sur ces choses demanderait d'avoir une estimation objective et chiffrée d'un indicateur global qui nous permette de décider. Mais c'est en réalité extrêmement difficile, et même impossible pour plusieurs raisons. D'abord il s'agit souvent de pondérer des critères hétérogènes dont la valeur affective dépend des individus : la voiture est-elle globalement bonne ou mauvaise ? le fait de pouvoir partir en vacances rapidement à des centaines de km de chez soi, emportant enfants, bagages, la planche à voile, le chat (chose difficile à faire sans voiture ..) compense-t-il oui ou non le bruit, la pollution, les hérissons écrasés, etc.... ? personne n'a une vraie réponse à ça... c'est juste que la réalité des comportements indiquent ce que les gens estiment en moyenne. De même pour l'impact climatique : on peut craindre qu'un climat plus chaud réduise l'enneigement des stations de ski et défavorise l'industrie touristique d'hiver. Mais quid si elle diminue le nombre d'étés pourris et favorise celle d'été ? d'autant plus que diminuer la fréquentation des stations de ski en hiver peut être bénéfique pour la conservation du milieu naturel de nos montagnes, et augmenter le tourisme estival peut être dommageable pour le milieu marin , et réciproquement ...

 

et puis, comment tester l'impact positif de la diminution d'évènements défavorables ? si il est facile de compter des inondations qui arrivent dans certaines partie du globe, comment compter par exemple les inondations qui NE SONT PAS ARRIVEES dans d'autres parties , et qui seraient arrivées si le climat avait été différents ? quelqu'un a-t-il une source donnant la liste des catastrophes qui ne sont pas arrivées partout dans le monde, grâce à la variation de 0,5 °C depuis 30 ans ? (après tout, il est très improbable que la nature soit si méchante que toute variation ne produise QUE des résultats négatifs, non ?)

C'est d'autant plus difficile à faire quand il s'agit de prévoir à plusieurs décennies, parce que là il s'agit d'évaluer les impacts non sur la société actuelle, mais sur la société de la fin du siècle, ce qui suppose de la connaître. Qui aurait pu prévoir l'existence d'une industrie touristique du ski il y a 100 ans , par exemple ? Il ne me semble pas que le meilleur des climatologues soit capable d'un tel exploit. Or cela n'a aucun sens de faire des évaluations avec la société actuelle figée - ne serait ce que la croissance économique prévue dans les scénarios intensifs, par exemple, produirait un niveau de vie moyen sur la Terre supérieur à celui des américains actuels ! qu'on y croit ou pas (je n'y crois pas), c'est un autre problème, mais c'est bien évidemment absurde de continuer à imaginer des bengalis ou des gabonais vivant exactement comme maintenant , dans un tel contexte.

 

En réalité, tout cela procède vraisemblablement d'une illusion de contrôle très au delà de nos capacités réelles; l'évolution des sociétés s'apparente bien plus à l'évolution stochastique darwinienne qu'au déroulement d'un processus déterministe planifié. L'humanité s'est toujours adaptée "en temps réel" à ce qui lui arrivait, y compris des changements climatiques, y compris des changements climatiques qu'elle s'appliquait brutalement à elle-même , par exemple au cours des migrations européennes du XIXe siecle vers des pays de climat totalement différent. Bien évidemment, il y a des inconvénients à tout, bien sûr, le progrès technique a produit des pollutions, détruit des cultures traditionnelles, rompu des liens sociaux ancestraux - personne ne peut le nier. Mais l'évolution biologique produit la même chose : de nouveaux prédateurs, la disparition des espèces inadaptés, parfois des catastrophes massives "remettant à zéro " le système. On peut le reconnaitre - prétendre l'éviter à tout jamais relève d'une illusion de toute-puissance infantile qui sera toujours prise en défaut par les faits. On peut avoir le jugement qu'on veut sur la société industrielle, mais il se trouve qu'en réalité, la très grande majorité de ceux qui ont accédé à son confort n'ont aucune envie d'y renoncer, et si ils se plaignent de quelque chose, c'est le plus souvent de ne pas en avoir assez. Le jugement n'a jamais été formulé explicitement ni démontré objectivement (ce serait impossible). Il a juste été illustré en pratique par le seul comportement quotidien et les choix au jour le jour de chacun - incluant ceux qui la dénoncent le plus fort. 

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Published by climatenergie - dans Société
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commentaires

chria 02/08/2011 15:33


Petite correction :
"Concernant les opportunités du CC, c'est un sujet largement discuté. Pourquoi ne parler que des malheurs, et pas des choses - positives - qui peuvent arriver ? "


chria 02/08/2011 15:30


Bonjour.
Plusieurs points qui m'amènent à réagir, en tout bien tout honneur (en mode tartine) :

- le début du billet, on parle de l'impact du mauvais temps sur le tourisme pour un mois de juillet => ça finit en "impact social du climat".
Hum, si j'avais l'esprit mal tourné (et je l'ai), je dirais qu'on confond un peu météo et climat ici, d'autant plus que "le beau temps" est surtout un temps sans pluie ni nuage, soit un type de
temps précis, propice à des activités précises (tourisme, farniente, etc). Mais si climatiquement, on regarde l'évolution de l'ensoleillement et des températures depuis 60 ans, et bien les mois de
juillet sont de plus en plus propices aux activités touristiques...

- Ensuite, les modèles. Bref, on sait je crois tous ici ce que valent les prévisions météo à une semaine, à 15 jours (horizon de prédictibilité), à deux mois ou encore à quelques années... Mais en
termes d'impact social, quelle est la différence entre une prévision météo à 1 mois et un climat à 30 ans ?
Allez je ne ferais d'insulte à personne, la réponse est si évidente.
Bref à ce stade du billet on a aucune piste sur la question de base et on se perd déjà sur la question des modèles.

- La réalité est certes complexe : une saison d'hiver sans neige sauvée économiquement par les canons à neige (!) ; un printemps très chaud et très sec dont personne n'a pu profiter touristiquement
mais avec des conséquences sur l'eau et l'agriculture ; un mois de juillet pourri...
L'enchaînement de la météo fabrique du mauvais ou du bon pour nos activités ou nos produits (le vin, les fruits, un manteau neigeux naturel bien skiable, etc). Mais ce sont ces activités qui
définissent les conséquences bonnes ou mauvaises des enchainements météo. Sans ces activités, pas de problème, pas de risque...
En terme de climat, tout se passe sur du long terme, évidemment. Si les précipitations hivernales continuent de diminuer et les températures hivernales monter, c'est toute l'activité ski qui sera
remis en cause, et les dizaines de milliers d'emploi à la clé. Si les sécheresses perdurent au printemps, problèmes agricoles à répétition et modification des espèces à cultiver. etc, etc.

Et les réponses : s'adapter ? Mais comment ? Produire plus de neige artificielle, pomper plus d'eau, produire d'énergie pour compenser et maintenir des activités qui naturellement ne sont plus
adaptées au climat ?
Ou bien y aller en douceur, en concertation, en prévention, en anticipation ? Sans pour autant mettre en opposition adaptation et réduction des GES. Une taxe carbone n'aidera en rien la petite et
basse station de ski si on reprend un à deux degré...
Une question complexe amène des réponses complexes. Celui qui veut du direct et tout de suite, du binaire, entendra longtemps, et débattra jusqu'à la fin des temps sans que rien ne bouge.

Concernant les opportunités du CC, c'est un sujet largement discuté. Pourquoi ne parler que des malheurs, et pas des choses qui peuvent arriver ?
Gilles, votre exemple est intéressant sur le tourisme de montagne. Sauf que cela a déjà été calculé : En aucun cas, le tourisme d'été pourra remplacer les milliards qui sortent du ski... A part les
fanatiques, ici en montagne personne ne veut la disparition du ski : il doit être sûrement possible de concilier protection de l'environnement et tourisme. Bien sûr, l'un et l'autre perdent un peu,
mais il y a synergie. Les stations se lancent maintenant dans le durable (!). C'est un peu hypocrite, mais bon, par ex les producteurs de canons à neige ont fait d'énormes progrès pour consommer
moins, ils auraient pu ne rien faire, mais ils savent que maintenant leur image et celles des stations dépendent de leurs efforts environnementaux).
Bref tout cela est fort complexe, mais encore une fois on peut s'adapter, et oui Gilles l'homme s'adapte. Mais cela ne se fait pas comme cela grâce à mère nature : il faut des connaissances, des
concertations, des ajustements, etc. Les problèmes complexes peuvent se résoudre, encore faut-il ne pas se cacher la face devant les possibles. Les impacts du CC existent et existeront avec ou sans
GES, les nier c'est mal gérer, les prendre en compte c'est s'adapter.

Pour revenir sur le ski, l'intérêt n'était de prévoir l'apparition de cette activité de tourisme dans 100 ans, mais bien, aujourd'hui, de prendre en compte les mutations qu'elle subit.
Dans 100 ans, qui peut savoir où en sera cette industrie touristique ? Franchement, tout le monde s'en fout, dans 100 ans. Par contre un investissement se rembourse en 30 ans, donc sur30, on est
super demandeur, ainsi que les investisseurs.
Mais les modèles nous apprennent déjà que le climat de demain sera plus chaud avec plus de GES. Cette info nous sert aujourd'hui, elle a de la valeur pour aujourd'hui. Et on remercie les
climatologues de nous la donner, malgré les incertitudes.

Gilles, votre conclusion me convient, même si je ne vois pas bien le rapport avec le début du sujet. A vous lire j’ai toujours ce sentiment que vous cherchez à relativiser les impacts d’un CC, afin
de mieux faire comprendre l’importance des impacts énergétiques. Je trouve encore et toujours cette technique de com étrange, surtout quand les incertitudes de l’un et l’autre sont si proches
finalement.

Pour conclure, la société s'adapte, plus ou moins bien, plus ou moins vite.
Mais elle ne pourrait pas le faire si elle n'a pas assez d'information pour réagir.

On ne peut donc pas fustiger et relativiser les informations climatique, via les modèles et les scénarios de dans 100 ans, et en même temps croire les sociétés s'adaptent. A moins de croire que les
sociétés s'adaptent de façon spontanée, naturelle, quasi-divine...


René GRAU 30/07/2011 09:55


Enfin je vous rappelle que les controverses scientifiques (ou fusent des noms d'oiseaux) sont nombreuses. Sur l'instant, je me rappelle de la "fusion froide" ou de la "mémoire de l'eau" pour ne
prendre que les plus récentes. Le temps finit toujours par avoir raison d'un des 2 camps.


René GRAU 30/07/2011 09:44


Bjr, je vous livre mon analyse: l'augmentation avérée ou exagérée de la température globale d'ici à un siècle n'aura qu'un effet marginal sur les comportements humains actuels. Le seul paramètre
qui a une influence forte , c'est le prix. Qu'une matière ( au hasard, le pétrole...) vienne à augmenter fortement alors les utilisateurs cherchent immédiatement à économiser ou substituer cette
matière. Tout le reste est beaucoup de bruit pour si peu...


hema 30/07/2011 08:09


@Gilles et skept

J'ai trouvé sur ce site depuis peu quelques personnes que je comprends (enfin) et qui pensent, comme moi, que l'épuisement des énergies fossiles (qui est certain à échéance connue) est probablement
un problème plus urgent et plus mobilisateur que le RCA (qui reste complexe à comprendre). Alors que les lois de la physique et un esprit raisonnablement cartésien nous pousserait à l'inverse.

Alors j'en profite, et j'aurais quelques questions à vous poser qui me tracassent depuis un moment sans que personne, dans mon entourage, ne comprenne même de quoi je parle (alors y répondre,...)
pouvez vous m'aidez à éclaircir mes idées ?

1)Pourquoi, à votre avis, cet emballement politico-médiatique mondial sur le C02 et cette quasi "omerta" sur le Peak-Oil (un peu moins depuis 1 an toutefois) ? (alors même que la physique et un
esprit raisonnablement cartésien nous pousserait au contraire)

2)Une question plus technique et moins cruciale que la 1°. Il semble y avoir sur ce blog une flopée de scientifiques, j'aimerai avoir leur avis sur la théorie de Svensmark à propos de l'influence
des rayonnements cosmiques sur la formation de nuages et donc sur le climat, la théorie est très "poétique" voire séduisante, Svensmark semble sérieux et compétent, mais je suis un peu méfiant vis
à vis de ses principaux promoteurs. Tient elle la route d'un point de vue scientifique ? http://www.dailymotion.com/video/xcteyl_1-5-le-secret-des-nuages_news

3)euh...non , finalement puisque le blog a l'air de vouloir s'installer dans la durée, je vais en garder pour la suite,
au fil des billets.

Merci à Gilles pour cette initiative et à la plupart des commentateurs pour leur participation non polémique.

Cordialement