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Réflexions sur l'énergie, le climat, et l'avenir de l'humanité ....

Vendredi 29 juillet 2011 5 29 /07 /Juil /2011 08:19

C'est l'estimation du nombre de nuitées perdues par l'industrie touristique française à cause du temps maussade de juillet.

 

Il faut relativiser ce chiffre : ce n'est que 2% du nombre de nuitées attendues, et ça n'a fait que réduire la progression attendue depuis 2010 (encore bien impactée par la crise), de +4 % à + 2%. On n'est donc pas dans une catastrophe nationale. C'est cependant ce genre de "petites nouvelles" qui permet de faire des réflexions sur l'impact social du climat.

 

Première chose : le mois de juillet n'a absolument pas été conforme aux prévisions saisonnières, qui tentent d'evaluer des "temps moyens" pour les 3 mois qui viennent. Les prévisions pour l'été, avec la sécheresse naissante, s'accordaient sur un mois de juillet plus chaud que la moyenne, et une pluviométrie incertaine mais dans l'ensemble plus sèche. Deux mois après, plus personne n'ose prononcer en public le mot de "sécheresse" , même si les nappes phréatiques continuent à être très basses à cause du déficit de précipitations hivernales, les précipitations de surface ont été nettement supérieures à la moyenne, et la température nettement inférieure. Les prévisions saisonnières sont donc encore loin d'être fiables. En réalité après quelques jours de prévisions, la nature chaotique de la météo reprend le dessus et aucune prévision ne s'est avérée être fiable. Les prévisions ne sont pas fiables à une semaine à cause des fluctuations à haute fréquence des distributions de température et de pression, elles ne sont pas fiables à quelques mois parce que nous ne savons pas encore identifier les grandes dynamiques donnant lieu à ces perturbations, elles ne sont pas fiables à quelques années parce que nous ne savons pas prévoir les oscillations océaniques genre La Niña/El Niño, elles ne sont pas fiables à 10 ans parce que c'est encore trop court. Mais on nous affirme qu'elles sont fiables à 30 ans , bien qu'on ait un facteur deux d'incertitude sur la sensibilité climatique et qu'on soit loin de comprendre les oscillations de longue période. Une question de bon sens surgit : sur quelle base a-t-on validé la fiabilité multidécennale, si aucune fiabilité n'a été avérée avant ? je suis prêt pour ma part à croire à cela ... mais pas à le croire juste sur parole ! alors, quel est l'argument fondamental justifiant que nos modèles deviennent fiables après plusieurs décennies ? 

 

Deuxième chose : on constate sans trop de surprises que les gens n'aiment pas trop le mauvais temps. Mais si le mois de juillet avait été chaud et sec comme prévu , evidemment ça aurait aggravé la sécheresse et on aurait certainement glosé bien plus sur le réchauffement climatique. Ce qui prouve que la réalité est complexe, et que les choses ne sont jamais ni blanc ni noir (je le précise au cas où certains douteraient que je puisse penser des choses pareilles ...). Mais le problème est que nous sommes souvent conduits à prendre des estimations globales, et à prendre des décisions qui sont, elles, binaires, telles que : devons nous oui ou non relancer la construction de centrales nucléaires? autoriser les gaz de schistes ? lever une taxe carbone ?

 

Se décider "objectivement" sur ces choses demanderait d'avoir une estimation objective et chiffrée d'un indicateur global qui nous permette de décider. Mais c'est en réalité extrêmement difficile, et même impossible pour plusieurs raisons. D'abord il s'agit souvent de pondérer des critères hétérogènes dont la valeur affective dépend des individus : la voiture est-elle globalement bonne ou mauvaise ? le fait de pouvoir partir en vacances rapidement à des centaines de km de chez soi, emportant enfants, bagages, la planche à voile, le chat (chose difficile à faire sans voiture ..) compense-t-il oui ou non le bruit, la pollution, les hérissons écrasés, etc.... ? personne n'a une vraie réponse à ça... c'est juste que la réalité des comportements indiquent ce que les gens estiment en moyenne. De même pour l'impact climatique : on peut craindre qu'un climat plus chaud réduise l'enneigement des stations de ski et défavorise l'industrie touristique d'hiver. Mais quid si elle diminue le nombre d'étés pourris et favorise celle d'été ? d'autant plus que diminuer la fréquentation des stations de ski en hiver peut être bénéfique pour la conservation du milieu naturel de nos montagnes, et augmenter le tourisme estival peut être dommageable pour le milieu marin , et réciproquement ...

 

et puis, comment tester l'impact positif de la diminution d'évènements défavorables ? si il est facile de compter des inondations qui arrivent dans certaines partie du globe, comment compter par exemple les inondations qui NE SONT PAS ARRIVEES dans d'autres parties , et qui seraient arrivées si le climat avait été différents ? quelqu'un a-t-il une source donnant la liste des catastrophes qui ne sont pas arrivées partout dans le monde, grâce à la variation de 0,5 °C depuis 30 ans ? (après tout, il est très improbable que la nature soit si méchante que toute variation ne produise QUE des résultats négatifs, non ?)

C'est d'autant plus difficile à faire quand il s'agit de prévoir à plusieurs décennies, parce que là il s'agit d'évaluer les impacts non sur la société actuelle, mais sur la société de la fin du siècle, ce qui suppose de la connaître. Qui aurait pu prévoir l'existence d'une industrie touristique du ski il y a 100 ans , par exemple ? Il ne me semble pas que le meilleur des climatologues soit capable d'un tel exploit. Or cela n'a aucun sens de faire des évaluations avec la société actuelle figée - ne serait ce que la croissance économique prévue dans les scénarios intensifs, par exemple, produirait un niveau de vie moyen sur la Terre supérieur à celui des américains actuels ! qu'on y croit ou pas (je n'y crois pas), c'est un autre problème, mais c'est bien évidemment absurde de continuer à imaginer des bengalis ou des gabonais vivant exactement comme maintenant , dans un tel contexte.

 

En réalité, tout cela procède vraisemblablement d'une illusion de contrôle très au delà de nos capacités réelles; l'évolution des sociétés s'apparente bien plus à l'évolution stochastique darwinienne qu'au déroulement d'un processus déterministe planifié. L'humanité s'est toujours adaptée "en temps réel" à ce qui lui arrivait, y compris des changements climatiques, y compris des changements climatiques qu'elle s'appliquait brutalement à elle-même , par exemple au cours des migrations européennes du XIXe siecle vers des pays de climat totalement différent. Bien évidemment, il y a des inconvénients à tout, bien sûr, le progrès technique a produit des pollutions, détruit des cultures traditionnelles, rompu des liens sociaux ancestraux - personne ne peut le nier. Mais l'évolution biologique produit la même chose : de nouveaux prédateurs, la disparition des espèces inadaptés, parfois des catastrophes massives "remettant à zéro " le système. On peut le reconnaitre - prétendre l'éviter à tout jamais relève d'une illusion de toute-puissance infantile qui sera toujours prise en défaut par les faits. On peut avoir le jugement qu'on veut sur la société industrielle, mais il se trouve qu'en réalité, la très grande majorité de ceux qui ont accédé à son confort n'ont aucune envie d'y renoncer, et si ils se plaignent de quelque chose, c'est le plus souvent de ne pas en avoir assez. Le jugement n'a jamais été formulé explicitement ni démontré objectivement (ce serait impossible). Il a juste été illustré en pratique par le seul comportement quotidien et les choix au jour le jour de chacun - incluant ceux qui la dénoncent le plus fort. 

Par climatenergie - Publié dans : Société
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Commentaires

salut gilles

"Mais on nous affirme qu'elles sont fiables à 30 ans"

qui affirme çà, au fait?


"après tout, il est très improbable que la nature soit si méchante que toute variation ne produise QUE des résultats négatifs, non ?"


Pareil, le GIEC honni n'a pas, à ma connaissance, éludé certaines conséquences favorables du RC comme le réchauffement des terres arctiques (si on excepte la fonte du permafrost)
Par contre j'ai du mal à voir les conséquences favorables d'une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres ou d'une augmentation dramatique de la sécheresse dans les zones à climat méditerranéen.
Bon si on cherche bien on peut certainement trouver certaines villes qui vont voir leur potentiel touristique augmenter du fait de leur nouvelle situation en bord de mer, mais bon.
Concernant le niveau de la mer ce n'est pas qu'une élucubration de plus de savant fou car il semble qu'une telle élévation ait eu lieu à la mi-holocène.

Tu fais ce que tu veux, hein, c'est ton blog, mais si je peux me permettre tu simplifies un peu trop le problème pour faire passer ton message.
Un peu trop le symétrique de Huet, à mon humble avis.

Enfin disons que çà se voit un peu trop...
Commentaire n°1 posté par meteor le 29/07/2011 à 09h39

Qui affirme que les prédictions sont fiables à 30 ans ? 

bon, lisons par exemple ça :

http://www.skepticalscience.com/translation.php?a=15&l=12

Effectivement, quand on le lit, on lit bien que les modèles ne sont pas surs à 100 %. Mais le fond de l'argumentaire, c'est, si je comprends bien : OK, les modèles ne sont pas fiables à 100 %, mais ils le sont suffisamment pour justifier une action. 

C'est bien évidemment la deuxième partie de l'assertion qui est le point clé. Donc ;

a) sommes nous d'accord que c'est bien l'essentiel du message qui tend à être délivré par le GIEC ?

b) quelles sont les justifications réelles de cette assertion? sur quel critère a-t-il été conclu que les modèles sont suffisamment fiables pour justifier une action? 

 

je ne nie pas a priori cette possibilité. Je fais remarquer simplement que ça n'a rien d'une évidence, et qu'avant de l'affirmer, il faut le prouver. Si on avait dit au mois de mai "les modèles de prévisions saisonnières sont assez fiables pour justifier d'anticiper un été chaud et sec" (par exemple en investissant dans des capacités supplémentaires de camping, mais aussi en renforçant les moyens de lutte contre les incendies de forêt, ou que sais-je encore), on se serait juste planté. Affirmer qu'on a raison n'est pas une garantie qu'on ait raison. 

 

Deuxième chose , sur la montée des eaux. Tu remarqueras que je n'ai dit nulle part que le RC n'aurait aucun inconvénient ! j'ai juste dit que c'etait un problème complexe et multifactoriel. L'exemple de la montée des eaux va très bien illustrer cela. J'en parlerai un peu plus dans des posts futurs (j'en ai pas mal en projet !), mais voilà ce que j'aurai envie de dire

a) d'abord,une évidence, la montée actuelle des eaux n'est que de 3mm/an : plusieurs mètres à ce rythme là, ça prendrait 1000 ans. Faut donc déjà savoir de quoi on parle - est ce que tu parles d'une accélération d'un facteur 10 (pas vraiment visible sur les données...) , ou bien est ce que tu te projettes à 1000 ans dans le futur ? moi , me projeter à 1000 ans, je ne sais pas faire...

b) on n'a vécu nulle part une montée rapide des eaux MARINES dans la société moderne à ma connaissance... mais on l'a vécu, et bien plus rapide que ça, lors de la mise en route de grands barrages comme celui des Trois Gorges en Chine.  

Extraits ... :

"Déplacements prévus de plus de 1,8 million d'habitants sans aucune aide de l'État (précédent record de 300 000 habitants en Chine du Nord battu) avec l'engloutissement de 1300 sites historiques et archéologiques15, de plusieurs villes et de nombreux villages.

  • 40 % des personnes déplacées sont des citadins, relogés pour moitié dans de nouveaux quartiers en ville dans des appartements dont les immeubles ont été construits à la va-vite, alors que la plupart du temps, ils étaient logés dans de petites maisons.
  • 60 % sont des paysans relogés pour moitié au-dessus du réservoir avec des parcelles de la même superficie de 600 m2, mais dans des conditions de culture différentes : sols minces, en pente et à une altitude comprise entre 300 et 1 000 m. Ceci impliquant que leur agriculture traditionnelle, l'agrumiculture ne sera plus possible.
    • Par endroits, disparition de sites archéologiques qui doivent être réaménagés plus haut.
  • Risque pour 75 millions de personnes vivant en aval en cas de rupture du barrage, notamment pour la ville de Changsha et de Wuhan, qui comptent 9 millions d'habitants."

je ne me prononce pas si il fallait faire le barrage des Trois Gorges ou pas. Je me contente d'observer qu'à certaines occasions comme celles-ci, une communauté humaine a décidé, délibérément et en toute connaissance de cause, d'inonder 600 km^2 de terres, de déplacer près de deux millions de personnes, sans indemnité, de bouleverser un ecosystème, parce qu'elle a estimé (à tort ou à raison, encore une fois, ce n'est pas mon propos), que les avantages l'emportaient sur les inconvénients - les avantages étant bien sur l'énorme fourniture d'énergie à la population chinoise, dont on a estimé que les bénéfices compensaient largement les dommages. Tout ça pour illustrer comment mettre en avant UN SEUL aspect du problème peut totalement intervertir une conclusion globale.

c) dans le cas précis du problème que tu poses, la montée des eaux due au RC, et dans le cas où tu parles d'un modèle genre Rahmstorf prévoyant une accélération notable du processus, il faut réaliser une chose (je le traiterai plus en détail plus tard) : c'est ce modèle ne peut être valable que si il existe une constante de temps assez longue de réaction du système (avec une fonte massive des glaces terrestres). En effet si la montée des eaux réagissait rapidement à la température, on pourrait prendre le rythme actuel comme indicateur de la sensibilté : 3 cm/decennie à 0,15 °C, ça fait environ 20 cm par degré de réchauffement. Un peu difficile d'avoir plusieurs mètres à ce rythme.

Mais si il existe des constantes de temps longues accélérant significativement la montée , alors une conséquence est qu'il est déjà trop tard pour l'éviter.En effet le système est aussi long à freiner qu'à accélérer, et on a dejà dépassé la limite , même en stoppant totalement la production de CO2 , la montée de plusieurs mètres serait inévitable et il faudrait de toutes façons s'y adapter. On pourrait donc légitimement s'interroger de savoir si la meilleure chose à faire est de se priver de toute la puissance des fossiles et de lutter "à main nue" contre une montée des eaux mettons de 1 mètre, ou bien utiliser les fossiles pour s'y adapter, en prévoyant alors une montée peut etre supérieure, mais prévisible et aménageable. Après tout une fois que tu déménages, ça te coute pas plus cher de t'installer 1 mètre plus haut ou 2 mètres plus haut. C'est un peu simplifié mais ça prouve bien que les termes du choix ne sont nullement simples ....

 

Réponse de climatenergie le 29/07/2011 à 11h44
Je m'attache sans doute trop à la forme plutôt qu'à la lettre de tes écrits.
C'est peut-être une déformation intellectuelle (procédure) ou plus grave pour moi un manque de faculté d'interprétation.

Bref, sur la lettre donc, je ne lis nulle part que les modèles sont 100% fiables, que la sensibilité est de 3°C, ou qu'on est sûr qu'on aura tel ou tel scénario d'émissions.

Concernant le fait que tu reconnaisses qu'il y a des conséquences négatives, fort bien.
Mais je relevais, avant tout, le "QUE" dans ta phrase.

Quant au niveau de la mer, soit, il ne montre pas, bien au contraire, de signe d'une accélération de sa montée.

Mais c'est un exemple des conséquences supputées et je me demandais si tu y voyais un élément positif car çà m'avait échappé.

Maintenant, ce qu'il sera d'ici un siècle ou un millénaire, je n'en sais strictement rien.

Mais disons que je ne considère pas comme bénigne la POTENTIALITE d'une montée rapide due à collapse de la WAIS, pour ne citer que cet exemple.
Commentaire n°2 posté par meteor le 29/07/2011 à 12h52
euh je me suis emmêlé les pinceaux avec "forme" et "lettre"

oublions donc "forme"

voici donc mon commentaire rectifié:



Je m'attache sans doute trop à la lettre plutôt qu'à l'ESPRIT de tes écrits.
C'est peut-être une déformation intellectuelle (procédure) ou plus grave pour moi un manque de faculté d'interprétation.

Bref, sur la lettre donc, je ne lis nulle part que les modèles sont 100% fiables, que la sensibilité est de 3°C, ou qu'on est sûr qu'on aura tel ou tel scénario d'émissions.

Concernant le fait que tu reconnaisses qu'il y a des conséquences négatives, fort bien.
Mais je relevais, avant tout, le "QUE" dans ta phrase.

Quant au niveau de la mer, soit, il ne montre pas, bien au contraire, de signe d'une accélération de sa montée.

Mais c'est un exemple des conséquences supputées et je me demandais si tu y voyais un élément positif car çà m'avait échappé.

Maintenant, ce qu'il sera d'ici un siècle ou un millénaire, je n'en sais strictement rien.

Mais disons que je ne considère pas comme bénigne la POTENTIALITE d'une montée rapide due à collapse de la WAIS, pour ne citer que cet exemple.
Commentaire n°3 posté par meteor le 29/07/2011 à 13h04
Pour moi, il y a un consensus assez large sur les grands besoins des humains. C’est vrai pour la santé (moins de mortalité infantile et maternelle, moins de victimes des maladies infectieuses, plus de couverture médicale et d’espérance de vie), l’économie (moins d’extrême et grande pauvreté, bonne redistribution de la richesse produite par le travail et le capital), le social (moins d’exclusion, plus d’accès à l’information, aux biens et aux services d’une société), l’énergie (sécurité de l’approvisionnement, minimum d’accès pour tous), l’alimentation (moins de famines et de moins de carences, moins d’excès aussi), la politique (moins de dictature et d’oppression de l’individu), l’environnement (moins de dégradation des milieux, meilleure qualité de vie), le climat (moins de risque de RCA dangereux).

Je ne crois pas que beaucoup de gens soient hostiles à ces perspectives, même s’il y a beaucoup de désaccords sur le meilleur moyen d’y parvenir ou sur l’évaluation détaillée de chaque problème. En revanche, nous sommes inévitablement amenés à hiérarchiser nos priorités collectives en fonction du risque ou de la souffrance perçus, mais aussi des échelles de temps de l’action humaine. Personne ne dira à un affamé ou à un malade : comme le climat se réchauffera en 2100, je ne peux pas dépenser d’énergie pour t’aider maintenant. Personne ne dira non plus : je fais exprès de consommer un maximum d’essence car le plaisir du réchauffement futur est supérieur à la nuisance du coût de cette consommation. Nous convenons généralement que les risques réels sont prioritaires par rapport aux risques hypothétiques, comme les risques immédiats ne peuvent être sacrifiés aux risques futurs. Si l’on doit prendre une assurance pour une personne ou un bien, on commence par tous les risques à forte probabilité, et si l’on a les moyens, on ajoute d’autres risques moins probables. Mais on ne fait pas l’inverse, on n’assure pas son enfant contre la chute d’un arbre sans l’avoir auparavant assuré contre un accident de voiture. Nos arbitrages nous poussent pour le moment à consommer plus de fossile, car en l’état des énergies disponibles et des pratiques humaines, cela permet d’avancer sur plusieurs fronts (l’économie, le social, la santé, l’alimentation et bien sûr l’énergie). D’autres thèmes sont indépendants de l’énergie (la politique par exemple). Reste le climat et l’environnement, où le moindre usage fossile est préférable (du moins pour l’environnement, il faut comme condition que ce moindre usage fossile n’implique pas une hausse importante de l’emprise surfacique humaine, qui est un facteur très négatif pour les milieux).

Donc la question n’est pas les conséquences négatives / positives du réchauffement (actuel, futur), mais la nécessité d’envisager toutes les conséquences négatives / positives de nos actions présentes, dans différents domaines et à différentes échelles de temps, selon différentes probabilités affectées à chaque conséquence. C’est terriblement complexe. Néanmoins, il apparaît raisonnable de dire que la seule chose qui pourrait nous faire changer nos arbitrages, outre la limite géologique du fossile ou la hausse de son prix de marché, ce serait la très forte probabilité d’un réchauffement assez intense pour aggraver durablement (pour de nombreuses générations humaines) la situation économique, sanitaire, sociale et alimentaire (celle qui s'améliore au présent grâce au fossile). En fait, c’est à ce prix que Stern a obtenu les conclusions de son rapport : il lui a fallu prendre les hypothèses climatiques les plus pessimistes et ajouter un taux d’escompte très multiplicateur faisant que les problèmes d’une génération naissant en 2200 auraient pour nous quasiment la même importance en terme d’action que les problèmes de la génération présente ou venant juste après (ce qui n’est évidemment pas réaliste psychologiquement et politiquement).
Commentaire n°4 posté par skept le 29/07/2011 à 13h11
Et ma conclusion est : en terme de consensus social et de volonté politique, la question de l'énergie doit être reposée comme le moyen d'avancer sur tous les objectifs du développement, du climat et de l'environnement. Les humains doivent convenir qu'une de leur tâche collective les plus urgentes est de mettre au point des systèmes de production énergétique à coût équivalent ou inférieur au fossile, dont l'usage prioritaire sera de soulager ceux qui ont le plus besoin de cette énergie (et des productions qu'elle permet car l'énergie n'est qu'un moyen). Un tel but transcende les querelles et sort du blocage principal formé par l'opposition entre prévention climatique à long terme et développement humain à court/moyen terme. Jamais on ne mobilisera les gens par des messages négatifs, en leur disant qu'ils sont trop riches, trop gaspilleurs, trop insensibles, trop inconscients, trop polluants, etc. On peut le faire mais c'est peu efficace, perçu comme une contrainte moralisatrice, contourné quand on le peut, etc. Ce sont toujours des visées de progrès et des perspectives positives qui nous donnent l'envie de sacrifier et l'ambition de réussir. De même pour l'altruisme : trop lointain il devient abstrait, purement rationnel. Vous avez plus envie de payer une taxe carbone parce qu'on vous dit que vous êtes un salaud en ne pensant pas aux humains du 23e siècle ou parce que vous pouvez contribuer à fournir une électricité non fossile à 1 milliard d'humains qui en sont dépourvus d'ici trente ans? Pour moi, il n'y a pas photo sur l'efficacité relative de ce genre de messages et sur l'acceptabilité sociale qui en résulte.
Commentaire n°5 posté par skept le 29/07/2011 à 13h40
@Gilles et skept

J'ai trouvé sur ce site depuis peu quelques personnes que je comprends (enfin) et qui pensent, comme moi, que l'épuisement des énergies fossiles (qui est certain à échéance connue) est probablement un problème plus urgent et plus mobilisateur que le RCA (qui reste complexe à comprendre). Alors que les lois de la physique et un esprit raisonnablement cartésien nous pousserait à l'inverse.

Alors j'en profite, et j'aurais quelques questions à vous poser qui me tracassent depuis un moment sans que personne, dans mon entourage, ne comprenne même de quoi je parle (alors y répondre,...) pouvez vous m'aidez à éclaircir mes idées ?

1)Pourquoi, à votre avis, cet emballement politico-médiatique mondial sur le C02 et cette quasi "omerta" sur le Peak-Oil (un peu moins depuis 1 an toutefois) ? (alors même que la physique et un esprit raisonnablement cartésien nous pousserait au contraire)

2)Une question plus technique et moins cruciale que la 1°. Il semble y avoir sur ce blog une flopée de scientifiques, j'aimerai avoir leur avis sur la théorie de Svensmark à propos de l'influence des rayonnements cosmiques sur la formation de nuages et donc sur le climat, la théorie est très "poétique" voire séduisante, Svensmark semble sérieux et compétent, mais je suis un peu méfiant vis à vis de ses principaux promoteurs. Tient elle la route d'un point de vue scientifique ? http://www.dailymotion.com/video/xcteyl_1-5-le-secret-des-nuages_news

3)euh...non , finalement puisque le blog a l'air de vouloir s'installer dans la durée, je vais en garder pour la suite,
au fil des billets.

Merci à Gilles pour cette initiative et à la plupart des commentateurs pour leur participation non polémique.

Cordialement
Commentaire n°6 posté par hema le 30/07/2011 à 08h09
Bjr, je vous livre mon analyse: l'augmentation avérée ou exagérée de la température globale d'ici à un siècle n'aura qu'un effet marginal sur les comportements humains actuels. Le seul paramètre qui a une influence forte , c'est le prix. Qu'une matière ( au hasard, le pétrole...) vienne à augmenter fortement alors les utilisateurs cherchent immédiatement à économiser ou substituer cette matière. Tout le reste est beaucoup de bruit pour si peu...
Commentaire n°7 posté par René GRAU le 30/07/2011 à 09h44
Enfin je vous rappelle que les controverses scientifiques (ou fusent des noms d'oiseaux) sont nombreuses. Sur l'instant, je me rappelle de la "fusion froide" ou de la "mémoire de l'eau" pour ne prendre que les plus récentes. Le temps finit toujours par avoir raison d'un des 2 camps.
Commentaire n°8 posté par René GRAU le 30/07/2011 à 09h55
Bonjour.
Plusieurs points qui m'amènent à réagir, en tout bien tout honneur (en mode tartine) :

- le début du billet, on parle de l'impact du mauvais temps sur le tourisme pour un mois de juillet => ça finit en "impact social du climat".
Hum, si j'avais l'esprit mal tourné (et je l'ai), je dirais qu'on confond un peu météo et climat ici, d'autant plus que "le beau temps" est surtout un temps sans pluie ni nuage, soit un type de temps précis, propice à des activités précises (tourisme, farniente, etc). Mais si climatiquement, on regarde l'évolution de l'ensoleillement et des températures depuis 60 ans, et bien les mois de juillet sont de plus en plus propices aux activités touristiques...

- Ensuite, les modèles. Bref, on sait je crois tous ici ce que valent les prévisions météo à une semaine, à 15 jours (horizon de prédictibilité), à deux mois ou encore à quelques années... Mais en termes d'impact social, quelle est la différence entre une prévision météo à 1 mois et un climat à 30 ans ?
Allez je ne ferais d'insulte à personne, la réponse est si évidente.
Bref à ce stade du billet on a aucune piste sur la question de base et on se perd déjà sur la question des modèles.

- La réalité est certes complexe : une saison d'hiver sans neige sauvée économiquement par les canons à neige (!) ; un printemps très chaud et très sec dont personne n'a pu profiter touristiquement mais avec des conséquences sur l'eau et l'agriculture ; un mois de juillet pourri...
L'enchaînement de la météo fabrique du mauvais ou du bon pour nos activités ou nos produits (le vin, les fruits, un manteau neigeux naturel bien skiable, etc). Mais ce sont ces activités qui définissent les conséquences bonnes ou mauvaises des enchainements météo. Sans ces activités, pas de problème, pas de risque...
En terme de climat, tout se passe sur du long terme, évidemment. Si les précipitations hivernales continuent de diminuer et les températures hivernales monter, c'est toute l'activité ski qui sera remis en cause, et les dizaines de milliers d'emploi à la clé. Si les sécheresses perdurent au printemps, problèmes agricoles à répétition et modification des espèces à cultiver. etc, etc.

Et les réponses : s'adapter ? Mais comment ? Produire plus de neige artificielle, pomper plus d'eau, produire d'énergie pour compenser et maintenir des activités qui naturellement ne sont plus adaptées au climat ?
Ou bien y aller en douceur, en concertation, en prévention, en anticipation ? Sans pour autant mettre en opposition adaptation et réduction des GES. Une taxe carbone n'aidera en rien la petite et basse station de ski si on reprend un à deux degré...
Une question complexe amène des réponses complexes. Celui qui veut du direct et tout de suite, du binaire, entendra longtemps, et débattra jusqu'à la fin des temps sans que rien ne bouge.

Concernant les opportunités du CC, c'est un sujet largement discuté. Pourquoi ne parler que des malheurs, et pas des choses qui peuvent arriver ?
Gilles, votre exemple est intéressant sur le tourisme de montagne. Sauf que cela a déjà été calculé : En aucun cas, le tourisme d'été pourra remplacer les milliards qui sortent du ski... A part les fanatiques, ici en montagne personne ne veut la disparition du ski : il doit être sûrement possible de concilier protection de l'environnement et tourisme. Bien sûr, l'un et l'autre perdent un peu, mais il y a synergie. Les stations se lancent maintenant dans le durable (!). C'est un peu hypocrite, mais bon, par ex les producteurs de canons à neige ont fait d'énormes progrès pour consommer moins, ils auraient pu ne rien faire, mais ils savent que maintenant leur image et celles des stations dépendent de leurs efforts environnementaux).
Bref tout cela est fort complexe, mais encore une fois on peut s'adapter, et oui Gilles l'homme s'adapte. Mais cela ne se fait pas comme cela grâce à mère nature : il faut des connaissances, des concertations, des ajustements, etc. Les problèmes complexes peuvent se résoudre, encore faut-il ne pas se cacher la face devant les possibles. Les impacts du CC existent et existeront avec ou sans GES, les nier c'est mal gérer, les prendre en compte c'est s'adapter.

Pour revenir sur le ski, l'intérêt n'était de prévoir l'apparition de cette activité de tourisme dans 100 ans, mais bien, aujourd'hui, de prendre en compte les mutations qu'elle subit.
Dans 100 ans, qui peut savoir où en sera cette industrie touristique ? Franchement, tout le monde s'en fout, dans 100 ans. Par contre un investissement se rembourse en 30 ans, donc sur30, on est super demandeur, ainsi que les investisseurs.
Mais les modèles nous apprennent déjà que le climat de demain sera plus chaud avec plus de GES. Cette info nous sert aujourd'hui, elle a de la valeur pour aujourd'hui. Et on remercie les climatologues de nous la donner, malgré les incertitudes.

Gilles, votre conclusion me convient, même si je ne vois pas bien le rapport avec le début du sujet. A vous lire j’ai toujours ce sentiment que vous cherchez à relativiser les impacts d’un CC, afin de mieux faire comprendre l’importance des impacts énergétiques. Je trouve encore et toujours cette technique de com étrange, surtout quand les incertitudes de l’un et l’autre sont si proches finalement.

Pour conclure, la société s'adapte, plus ou moins bien, plus ou moins vite.
Mais elle ne pourrait pas le faire si elle n'a pas assez d'information pour réagir.

On ne peut donc pas fustiger et relativiser les informations climatique, via les modèles et les scénarios de dans 100 ans, et en même temps croire les sociétés s'adaptent. A moins de croire que les sociétés s'adaptent de façon spontanée, naturelle, quasi-divine...
Commentaire n°9 posté par chria le 02/08/2011 à 15h30
Petite correction :
"Concernant les opportunités du CC, c'est un sujet largement discuté. Pourquoi ne parler que des malheurs, et pas des choses - positives - qui peuvent arriver ? "
Commentaire n°10 posté par chria le 02/08/2011 à 15h33

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