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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 17:35

 

 

Bonjour à tous !

je me suis enfin convaincu de tenter de reprendre la rédaction de ce blog après une longue période d'interruption, en espérant que mes charges professionnelles m'en laissent le temps, et quelques lecteurs se manifesteront. Beaucoup de choses se sont produites depuis mon dernier post qui date de ... 2013. Ce sera l'occasion donc de nombreux billets (j'espère ) pour faire le point sur les évolutions de la situation énergétique et climatique.

Pour commencer et en sacrifice aux impératifs de la mode médiatique, je vais livrer quelques réflexions sur une personnalité ayant brutalement émergé dans le paysage de la communication climatique  : la jeune Greta Thunberg , adolescente suédoise de 16 ans s'étant fait connaître par son appel à la "grève de l'école" le vendredi, pour forcer les pays à tenir leurs engagements climatiques, avant de connaitre une célébrité fulgurante qui l'a menée à faire un discours à l'ONU et être reçue par les plus grands dirigeants de la planète.

Enormément de choses ont déjà été écrites sur Greta, qui soulève autant d'enthousiasme, confinant parfois à la sanctification,  que de détestation. Je ne vais pas écrire ici sur le "cas" Greta, sur lequel je pense tout a été écrit,  car ce n'est pas le fait qu'une adolescente élevée dans une famille très engagée dans les problèmes écologistes, souffrant d'un syndrome autistique, se sente investie d'une mission quasi messianique de sauver le monde qui est le plus surprenant. C'est plutôt le mouvement général d'adoration de la part de millions de personnes qui eux ne sont ni adolescents, ni autistes, mais qui se sont pris d'une passion dévorante pour cette jeune fille, la célébrant comme celle qui allait -enfin- sauver le monde.

Cette adoration peut en effet paraitre assez surprenante. Voilà plus de 30 ans que le GIEC a été créé. Il a déjà sorti 5 rapports complets et un nombre important de rapports spéciaux. Il a eu le prix Nobel de la paix. Il a conduit à la signature d'importants accords internationaux, dont le très célébré "accord de Paris" qui devait enfin engager les plus gros "pollueurs de la planète" (c'est le nouveau nom des pays industrialisés qui assurent à leur population un confort de vie bien au delà de tout ce dont l'humanité pouvait rêver avant l'ère industrielle) sur le chemin rédempteur de la réduction des gaz à effet de serre. Las, ce que nous dit le discours actuel, c'est en substance que tout cela a été à peu près inutile, et que sans une adolescente de 16 ans nous enjoignant "d'écouter les scientifiques", nous serions incapables de le faire. Greta n'a en elle même aucune compétence spécifique sur le climat ou l'économie. Elle semble elle-même peu encline à courir le risque d'un débat direct sur ces sujets. Elle n'est qu'une icône recueillant le discours ambiant qu'elle entend et le ressortant à la manière d'une adolescente émotive.

Mais pourquoi avons nous besoin d'une adolescente émotive pour motiver des centaines de gouvernements à suivre l'avis des scientifiques ? Qu'est ce qui a empêché jusque là de les suivre, et pourquoi le discours d'une adolescente devrait tout à coup lever les obstacles qui nous ont conduit à globalement ignorer tous les avertissements qui nous ont été pourtant abondamment prodigués depuis 20 ans ?

Il n'y a guère d'explication rationnelle à tout ceci, et donc, il ne peut y avoir que des explications irrationnelles. Greta n'est que ce qu'elle est, mais elle nous montre aussi ce que nous sommes : une société déboussolée qui n'arrive pas à déterminer dans quelle direction elle doit aller, où les injonctions de consommer "toujours moins" sont presque immédiatement suivies d'analyses anxieuses sur le possible redémarrage de la croissance, où les gilets jaunes réclament en même temps une baisse de la fiscalité carbone, une amélioration de leur niveau de vie, et une transition écologique, où les ministres de l'écologie, après nous avoir abondamment sermonnés sur la nécessité de la frugalité, se font prendre la main dans le sac aux vacances aux Maldives, dans leur propriété corse, ou savourant du homard dans leur ministère, et où un discours anxiogène nous met devant une équation impossible à résoudre entre la "fin du monde" et la "fin du mois".

Y a-t-il un indice plus clair que la popularité de Greta Thunberg pour montrer que la plupart des discours autour du climat et de l'énergie se font par des arguments affectifs et irrationnels, et que quoi qu'elle dise, personne n'est vraiment intéressé à comprendre et à examiner de manière scientifique les données du problème ? J'essaierai que ce blog contribue à remettre un peu de raison dans tout cela, en examinant d'un  regard critique les informations dont on nous abreuve chaque jour.

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commentaires

HollyDays 11/11/2019 23:05

Vous avez au moins un lecteur resté fidèle ! :-) (Même s'il m'a fallu un mois pour réaliser qu'il y avait un billet non lu dans une des sections peu consultées de mon lecteur RSS...)

Il y a encore 1 an et demi ou 2 ans, j'aurais été d'accord avec vous sur le fait qu'il est important de ramener de la rationalité et de l'explication scientifique sur le sujet. J'ai changé d'avis depuis, notamment depuis que j'ai lu le livre de George Marshall Le syndrome de l'autruche – Comment notre cerveau veut ignorer le changement climatique (dont je vous recommande chaudement la lecture !) Si donner des arguments rationnels et expliquer le problème suffisait à faire prendre aux gens et aux sociétés les mesures individuelles et collectives qui s'imposent, alors cela fait des décennies qu'on les aurait prises. L'histoire démontre le contraire, hélas, et de manière éclatante.

Il suffit même de regarder le cas des chercheurs parmi les plus en pointe dans l'un des nombreux domaines touchant au climat pour voir la contradiction flagrante opérer entre ce qu'ils savent et ce qu'ils font : on peut difficilement les accuser de ne pas avoir compris le problème, ses enjeux, son ampleur, ses échéances, puisque ce sont eux qui produisent les connaissances sur le changement climatique. Et pourtant, nombre d'entre eux continuent de prendre l'avion plusieurs fois par an (y compris pour raisons personnelles) ; de manger très régulièrement du bœuf, du veau, de l'agneau ; de prendre leur voiture pour faire des kilomètres et aller travailler tous les jours. Alors même qu'ils savent que c'est par de fortes réductions sur ces aspects précis de la vie qu'il faudrait commencer si l'on veut réduire sérieusement ses émissions de gaz à effet de serre.

Comprendre ne suffit pas pour agir. Pis : comprendre n'incite pas à agir. Or ce qu'il faut, d'abord et avant tout, c'est agir pour limiter le changement climatique à venir. Et que le plus possible de gens s'y mettent, et sérieusement.

Pourquoi n'agissons-nous pas ? La réalité, c'est que notre cerveau prend la plupart de ses décisions en utilisant sa part émotionnelle, et qu'il n'a recours à sa part rationnelle/analytique, plus précise mais beaucoup plus gourmande en temps, en énergie et en efforts, que si le cerveau émotionnel (impulsif, automatique, inconscient, et exploitant de nombreux raccourcis mentaux) arrive à la conclusion qu'il ne sait pas décider et qu'il ne peut pas décider. Et la réalité, c'est que le changement climatique ne relève d'aucun des quatre grands déclencheurs-clés auxquels les humains ont été façonnés à réagir par l'évolution des espèces : (1) ce qui est Personnel (c'est-à-dire qu'on peut identifier à des individus particuliers que l'on peut rattacher au problème, or le changement climatique, c'est la faute de tout le monde... donc la faute de personne) ; (2) ce qui est Abrupt (c'est-à-dire soudain, or le changement climatique s'étale sur des décennies) ; (3) ce qui est Injuste, Immoral ou Indécent (or quoi d'immoral, d'injuste ou d'indécent dans le fait de conduire sa voiture, de manger un steak de bœuf ou de chauffer son logement, fût-ce au fioul, au gaz ou au charbon ?) ; (4) ce qui se produit mainteNant (or les véritables conséquences du fait d'émettre maintenant des GES se produiront dans plusieurs décennies). (Vous noterez le moyen mnémotechnique pour mémoriser ces quatre déclencheurs-clés : en anglais, les initiales des mots Personal/Abrupt/Immoral/Now forment le mot PAIN.)

Si l'on veut que les gens agissent en faveur du climat, leur expliquer le sujet ne sert pas à grand chose : le message d'explication s'adresse au cerveau rationnel/analytique, mais le cerveau émotionnel, qui se trouve devant, filtrera le tout s'il ne trouve pas quelque chose qui lui correspond et lui convient. Si l'on veut que le message ait un réel effet sur la personne, il faut d'abord s'adresser à son cerveau émotionnel. Et ce à quoi le cerveau émotionnel, lui, est sensible, ce sont les récits. Le cerveau émotionnel a besoin de récits, et seuls les récits qui relèvent d'au moins un des quatre déclencheurs-clés que j'ai succinctement exposés ci-dessus le feront réagir, et seront susceptibles d'inciter la personne à réagir – par exemple, , s'identifier à une autre personne relève de l'un des quatre leviers que j'ai exposés ci-dessus : Personnel, même si le seul mécanisme d'identification ne suffit pas forcément pour inciter la personne à agir.

Pourquoi Greta Thunberg a-t-elle eu un tel effet ? Parce que son histoire offre un vrai récit, qui a parlé au cerveau émotionnel de millions de gens. Parce que des centaines de milliers de jeunes ont pu s'identifier à elle. A l'inverse, qui peut s'identifier au GIEC, nébuleuse bien obscure et impersonnelle pour à peu près tout le monde ? Dans la société civile, à part peut-être quelques personnes qui travaillent déjà dans le monde de la recherche scientifique, personne. (Et que le GIEC soit impersonnel, c'est bien compréhensible : l'apprentissage de la démarche scientifique passe précisément par le fait de laisser le plus possible de côté sa part émotionnelle et personnelle ! Et il ne faut pas voir une autre raison au fait que de très nombreux scientifiques soient aussi réticents à parler d'eux-mêmes et préfèrent de beaucoup parler de ce sur quoi ils travaillent. C'est pourtant quand ils parlent de leur parcours personnel qu'ils arrivent à toucher le plus les gens, voire à donner envie aux gens de faire ce qu'ils font.) Soit dit en passant, cette histoire d'avoir besoin de s'identifier à une personne physique particulière explique peut-être en partie pourquoi Al Gore a lui aussi reçu le prix Nobel en même temps que le GIEC. Mais sans vouloir être méchant vis-à-vis de lui, qui, au sein de la société civile, se sentant simple gens, peut s'identifier à Al Gore ? Son statut d'ancien vice-président US et de candidat à la présidence US exclut totalement la chose.

Je ne dis pas qu'il faille abandonner toute rationalité scientifique sur le climat. Ce que je dis (et ce que disent des psychologues comme Daniel Kahneman, Daniel Gilbert ou Joseph LeDoux), c'est que si l'on veut que les gens se mettent sérieusement à agir en faveur du climat, il va falloir mettre le contenu scientifique du climat à l'intérieur de récits susceptibles d'être acceptés par notre cerveau émotionnel parce que ces récits le satisfont. Et soyons clairs : quand on est de culture scientifique, c'est extraordinairement difficile, parce qu'on passe une bonne partie de notre formation de l'esprit à apprendre, non seulement à ne pas le faire, mais à condamner les pratiques qui relèvent du récit ou de la construction de récits et à les exclure du champ scientifique.

climatenergie 03/01/2020 23:25

Bonjour Hollydays
désolé j'ai aussi manqué la notification de votre commentaire !
je suis bien d'accord que la rationalité n'est pas suffisante pour se motiver vraiment. En revanche je ne suis pas du tout certain que l'irrationalité le soit plus.
Les religions ont fourni des millénaires de morale sur des arguments pas très rationnels. Certes elles ont fait beaucoup d'adeptes, mais combien ont suivi réellement les préceptes moraux, y compris parmi les clercs ?
C'est interessant d'ailleurs de se demander pourquoi, si ils étaient vraiment convaincus de ce qu'ils disaient.
Mais peut etre n'en étaient ils pas réellement convaincus ?
et peut -etre est ce la même chose pour le discours climatique ?